LIVRE HI", CHAPITRE XXIX
évkent avec soin toutes les habitations où ils sont assurés que réside le maître ; Tartinée et la ruse, ressource* ordinaires des âmes faibles, sont les moyens qu'ils emploient et les seuls guides qui les accompagnent dans leurs expéditions (A). »
Les Boschismans sont assujettis à des privations plus longues encore que celles qu'éprouvent les Hottentots , surtout dans les temps où leurs forces sont affaiblies ou ne sont pas encore développées : alors leur principale nourriture se compose de fourmis. Souvent j'ai vu avec peine, dit Sparrman , quelques-uns de ces pauvres vieillards fugitifs épuiser sur ces monticules endurcis le reste de leurs forces, pour n'y trouver , lorsqu'ils sont enfin brisés, qu'un animal usurpateur, qui, après s'être glissé dans le nid , a mangé les ' fourmis et consommé leurs provisions (â). Ces hommes, comme les animaux qui vivent de proie , supportent la faim pendant un temps trèsconsidérable ; mais, quand ils peuvent se rendre maître d'une pièce de gros gibier , ils mangent une quantité prodigieuse de viande. S'ils sont
(1) Levaillant, premier Voyage, tome II, p. 3o5 et 3o6. — Ce voyageur croit, comme Kolbe, que les Boschismans, dont il n'a vu que trois qui traversaient une montagne opposée à celle sur laquelle il était, ne son? que des esclaves déserteurs de la colonie ; cette opinion est démentie par d'autres voyageurs plus instruits.
(2) Sparrman, tome II, ch. vin, p. 22. — Levaiilant , premier Voyage,\tome II, p. 220 et 222.
obligés de rejeter une partie des alimens qu'ils ont pris^ parce que la capacité de leur estomac n'est pas en proportion de la ^oracité de4 leur appétit, ils se remettent à manger pour remplir le vide qui s'est opéré (i).
Les Boschismans sont en état de guerre avec tous les peuples qui les environnent ; mais ce sont les colons hollandais qui sont pour eux les ennemis les plus dangereux. Souvent, les colons et même les autres peuplades qui environnent les Boschismans, dit Péron, font une chasse sur ces malheureux , et tuent sans pitié comme sans remords tous ceux qu'ils trouvent. Les Hollandais conservent cependant quelquefois les jeunes enfans , pour les élever à garder leurs troupeaux ; mais ils prétendent que jamais , même quand ils sont élevés chez eux, ils ne peuvent leur faire perdre leurs premières inclinations vagabondes (2). ( •
Ces peuples sont sans courage; lorsqu'ils sont surpris , les plus intrépides cherchent leur salut
(1) Péron, Voyage de découvertes aux terres australes , tome II, liv. iv, cïiap. xxxiii, pag. 3io. — Sparrman, tome I, ch. v, p. 264 et 265.
(2) Voyage de découvertes aux terres australes, tome II, liv. iv, chap. xxxin, p. 3 1 o et 3 1 x . — Péron croit que la manière dont les colons traitent ces enfans est la cause de leur attachement à la vie sauvage; et il rapporte à l'appui de cette opinion un fait qui paraît décisif. Si ce voyageur philosophe eût eu le temps d'étudier les mœurs des colons, ce qui pouf lui n'était qu'un doute se fût changé en certitude.