‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 244 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXX

vaux. Il existe , chez eux , deux sortes d'esclaves : *. les uns qui tiennent à la terre , comme ceux de notre régime féodal ; les autres qui sont attachés au service de la personne, et qui sont mis au rang des objets mobiliers. Ni les uns ni les autres n'ont rien en propre : leur maître considère comme sa propriété tout ce qu'ils acquièrent. Il les oblige à le suivre à la guerre; et s'ils s'échappent, il les réclame auprès des autres grands , sur les terres desquels ils se sont retirés. La guerre est quelquefois nécessaire pour en obtenir la restitution.

Les princes nés et les maris des princesses ont eux-mêmes des grands vassaux sur lesquels ils exercent le même pouvoir dont ceux-ci jouissent à l'égard de leurs esclaves ; ce pouvoir est modifié par la puissance que possèdent ces vassaux, et probablement aussi par la crainte de les voir se placer sous la protection d'un autre maître.

Enfin, le roi prétend avoir sur tous les grands, de quelque ordre qu'ils soient , les princes nés exceptés , un pouvoir sans limites ; mais cette prétention n'est admise que lorsqu'elle est soutenue par une force suffisante. Les grands lui résistent quand ils jugent que son pouvoir devient abusif ; cependant , comme chacun d'eux peut espérer d'arriver au pouvoir suprême , ils respectent des prérogatives qui, quelque jour, peuvent leur appartenir. Plusieurs de ces grands vassaux ont une si haute importance , qu'ils ne rendent foi et hommage au chef général qu'en lui envoyant un prince de. leur sang , et qu'ils pren-

nent eux-mêmes le titre de roi du pays sur lequel ils dominent ; tels sont ceux de Cabende, Malembe et Mayombe. L'émissaire du roi, ou grand vassal de Cabende, prend le pas sur tous les au* très dans les cérémonies; car les grands de l'espèce nègre ne sont pas moins pointilleux sur les règles de l'étiquette que les grands des autres couleurs.

Les grands d'espèce éthiopienne comme ceux d'espèce caucasienne , ont rendu le pouvoir héréditaire , et le transmettent par ordre de primogéniture ; mais plus jaloux que les princes des autres races de conserver la pureté de leur sang, ou moins confians dans la vertu des princesses, ils pensent que la noblesse ne se transmet que par les femmes. Ainsi, les enfans d'une femme de sang royal sont toujours princes, quel que soit leur père; mais les enfans d'un prince ne prennent jamais d'autre rang que celui que leur donne leur mère. Les infidélités des princesses ne sont donc jamais des affaires d'état, chez les peuples de cette espèce ; quand l'enfantement est un fait non contesté, la légitimité ne peut être un sujet de doute pour personne.

Le roi jouit de la prérogative de distribuer à ses vassaux immédiats tout terrain qui n'est pas occupé, privilège qui appartient, en général, à tout chef d'une armée conquérante. Au moyen des terres dont il dispose , et d'un certain nombre de serfs qu'il prend dans ses domaines particuliers , il forme des apanages pour les princes

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