‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 246 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXX

de la côte occidentale d'Afrique , sur une étendue de près de quarante degrés de latitude; et il n'y est probablement pas moins ancien que dans les états de l'Europe (1).

Ces rois , ces ministres , ces grands d'espèce nègre , ne sont ni moins fiers de leurs titres et de leur naissance , ni moins jaloux de leurs prérogatives que ne le sont les personnages correspondans qui existent chez les peuples des autres espèces ; mais la même similitude ne se trouve pas dans les circonstances extérieures. Le monarque de Loango est un nègre qui ne porte point de vêtemens, qui marche pieds nus, qui habite une hutte de paille, qui s'asseoit par terre et mange avec les doigts. Ses ministres, ses grands vassaux , ne sont pas mieux pourvus et ne vivent pas mieux que lui; mais cela n'affecte en aucune manière leur dignité, ni leur importance ; le pouvoir, les rangs, les distances, ne sont pas moins réels.

Ayant fait connaître l'organisation sociale ou la distribution des pouvoirs des peuples qui habitent la côte occidentale de l'Afrique, depuis le cap Nègre jusqu'au désert de Sahara , il faudrait exposer maintenant quelle est la manière dont ces pouvoirs sont mis en usage. Le chef général use -t-il de son autorité sur ses grands vas-

(i) L. Degrandpré , tome I, ch. i et iï, p. 52 ei suivantes, — G. Mollien, tome I, ch. m, p. 148. — J. Matliew's Voy» to the river Sierra-Leone, lett. v, p. 74.

saux et sur les hommes de ses domaines , d'une manière cruelle ? Les grands vassaux traitent-ils leurs subordonnés et leurs serfs avec plus d'humanité que les grands de race malaie ne traitent les leurs?

Les mœurs des peuples d'espèce éthiopienne ont été observées en Afrique , avec moins de soin et de persévérance que les peuples d'espèce malaie des îles du grand Océan. Les voyageurs qui les ont visités , ont eu, en général, moins d'instruction , et ont été moins nombreux. Les faits qui nous sont connus sont, par conséquent, en plus petit nombre et n'ont pas la même certitude. Nous en possédons cependant assez pour nous faire juger de l'état moral de la population.

Ces peuples , comme ceux des îles du grand Océan, sont divisés en diverses classes; ils ne reconnaissent d'autres distinctions que celles de la naissance ; leurs richesses consistent en terres, et les terres n'appartiennent qu'aux grands. De là nous pouvons tirer la conséquence que tous les travaux utiles sont méprisés et rejetés sur les classes inférieures , et que le fils d'un conquérant d'espèce nègre ne croirait pas moins s'avilir que le fils d'un conquérant d'espèce malaie ou d'espèce caucasienne, s'il se livrait à quelque genre de travail. C'est, en effet, ce qu'on observe dans les colonies d'Amérique où l'esclavage est établi; si un noble d'espèce nègre , vendu par son suzerain ou pris à la guerre, se trouve au nombre

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