LIVRE HI, CHAPITRE XXX
des esclaves, rien ne peut l'obliger à déroger à sa naissance. Les prières, les promesses , les menaces, les coups de fouet ne sauraient le contraindre au travail ; né pour vivre aux dépens des hommes de son espèce, tout autre moyen d'existence est en horreur à ses yeux et lui paraît pire que la mort. Les nègres qui ne sont pas nés dans les classes aristocratiques , ont eux-mêmes reçu de leurs possesseurs tous les préjugés particuliers à ces classes ; ils travaillent pour eux dans les colonies européennes comme sur les côtes d'Afrique. Dans les occasions où ces nobles esclaves refusent de travailler , on voit d'autres esclaves tomber à genoux et supplier les colons , leurs maîtres, d'ajouter à leur tâche la tâche du seigneur captif ; et ils continuent à témoigner au noble personnage le même respect que s'il était dans son pays (4).
Les grands sont quelquefois vendus par leurs supérieurs, ou par ceux de leurs égaux qui les ont vaincus 5 mais à leur tour ils vendent les hommes qui se trouvent sur leurs terres. Le commerce d'hommes , depuis surtout que les chrétiens d'Europe y prennent part, est trèsconsidéré sur les côtes d'Afrique. C'est la seule marchandise que les grands de race nègre puis sent donner en échange de celles que les Européens leur apportent. Un grand, qui se laisserait
(1) J.-G. Stedraan, Voyage à Surinam et dans l'intéricut de la Guyane, tome III, ch. xxv, p. 73 et 7/1.
déchirer à coups de fouet , plutôt que de s'avilir à cultiver la terre , s'honore en faisant le métier de vendre des êtres humains ; c'est au premier prince du sang que sont exclusivement dévolues les nobles fonctions de courtier (4 ).
La facilité avec laquelle les trafiquans d'esclaves en chargent leurs vaisseaux sur les cotes d'Afrique , prouve que les nobles noirs vendent leurs serfs avec plus de facilité que ne le dit le voyageur qui nous a donné la description de leur gouvernement. Les princes par qui ces ventes sont faites., ne se font pas illusion sur le sort réservé aux personnes mises en vente ; car, dans l'opinion de ces peuples , les Européens n'achètent des hommes que pour les manger (â). Quand un roi veut vendre un nombre considérable d'esclaves aux trafiquans chrétiens , il fait une invasion dans un de ses propres villages, massacre ceux des habitans qui résistent, met aux fers ceux qui pourraient se sauver par la fuite, et laisse les autres en liberté jusqu'à ce que le moment de les livrer soit arrivé (3).
Les parens ont sur leurs enfans un pouvoir sans bornes ; ce pouvoir ne cesse pour les femmes que lorsqu'elles se marient , et alors elles deviennent la propriété de leurs maris. Leur vo-
(1) L. Degrandpré, tome I, ch. in, p. 197.
(2) Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, tome I , ch. in, p. 143. — Degrandpré, tome II, chap. iv, p. 5/,, 55 et 56.
(S) Mollien, tome I, ch. il, p. 47 et 48.