‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 254 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XXXI

les atteintes qu'on a voulu porter à leur indépendance 9 caractères de modération et de courage dont peu de nations peuvent se vanter (4).

Les Japonais n'ayant jamais été ni conquérans, ni conquis , ne connaissent ni l'esclavage domestique , ni l'esclavage de la glèbe , et le trafic des esclaves leur fait horreur. Chez eux , chacun exerce métier qu'il lui plaît de choisir, et s'établit dans tel lieu de l'empire que bon lui semble. Leur gouvernement paie sur-le-champ tout ce qu'il leur achète ; il fait entretenir les grandes routes avec un soin extrême , et la prospérité du pays est telle que, suivant Thumberg, aucun autre ne peut l'égaler.

Les femmes du Japon jouissent d'une grande liberté , la polygamie est donc hors d'usage dans ce pays , quoiqu'elle ne soit pas formellement prohibée. Les enfans sont élevés avec douceur ; jamais ils ne sont maltraités ; on s'abstient même de leur. parler d'une manière dure. La douceur est si naturelle à ce peuple, qu'il était indigné de la manière brutale dont les Hollandais traitaient leurs domestiques. Ayant des habitudes de prévoyance et de frugalité, ils ne se livrent ni à la crapule ni à l'ivrognerie ; la famine leur est inconnue , et ils ne paraissent pas même sujets à éprouver des disettes. Les vices qu'engendrent ces deux calamités leur sont donc étrangers. Ayant été trompés par les Européens , ils sont devenus

(i)Thumberg, ch. zm.

circonspects à ieur égard; mais ils sont naturellement bons et confîans (4)*

Les Japonais ont des vices comme tous les peuples ; ils paraissent ne pas mettre à la chasteté des femmes non mariées la même importance que nous ; ils donnent à leur souverain et à ses officiers des marques de respect que nos mœurs réprouvent ; leur orgueil national est tins-exalté, quoiqu'il ne diffère peut-être de celui des autres peuples que parce qu'il est moins dissimulé ; mais, à tout prendre , ils jouissent d'une somme de liberté civile infiniment plus grande et ils ont des mœurs moins vicieuses qu'aucun des peuples du nord de l'Asie et même du nord de l'Europe (â).

Les habitans des îles Lieu- Kieu, qui paraisfent être de la même race que les Japonais ?. qui suivent les mêmes règles de police relativement aux

(1) Thumberg, ch. xi, xn et xm.

(2) Les lois pénales d'un peuple sont quelquefois un moyen assez juste d'apprécier ses mœurs et surtout celles des hommes qui les gouvernent. Ce moyen n'est cependant pas infaillible; et quand même il serait vrai què les lois pénales du Japon sont aussi sévères que l'a prétendu un voyageur, il ne s'ensuivrait pas que les mœurs de la masse de la population sont cruelles. Ces lois d'ailleurs sont sur quelques points moins sévères que celles d'aucun peuple de l'Europe. L'assassinat de leur prince qui est en même temps le chef de leur religion est puni de la mort simple; quand le coupable est

' convaincu , il reçoit une épée du magistrat et se frappe luimême. Que l'on compare ce procédé au supplice de Damiens et qu'on nous parle ensuite des mœurs atroces des Japonais.

Page 1