LIVRE JII, CHAPITRE XXXII
pire qui surpasse de plus de cent dix-sept millions d'ames, toute la population de l'Europe, Je nombre des condamnés à une peine capitale s'élève rarement au-dessus de deux cents dans un espace de temps assez long-; que tous leurs procès sont revisés dans la capitale de l'empire; enfin, que si le trône est héréditaire dans la famille régnante , le prince peut toujours choisir pour son successeur celui de ses enfans qui lui paraît le plus digne de gouverner (4).
La liberté des cultes est plus entière en Chine que dans aucun lieu du monde, sans en excepter les Etats-Unis d'Amérique. On n'y connaît nulle religion dominante; le gouvernement ne paie ni n'encourage aucun prêtre; nul impôt n'est établi en faveur d'aucun clergé. Chacun travaille ou se repose les jours qu'il lui plaît , sans avoir à cet égard d'autre règle que ses besoins et ses opinions personnelles. Les temples sont ouverts chaque jour, et l'on prie quand. on le juge utile. On ne professe pas une opinion religieuse pour faire sa cour à la puissance; l'empereur a sa reli-
(i ) De la Chine, ou description générale de cet empire, rédigée d'après les mémoires de la mission de Pékin, par l'abbé Grosier, troisième édition.- — Krusenstern, Voyage autour du monde, tome II, ch. xxïv, p. 4^°- — Barxow, Voy. en Chine, tome II, chap. vin, p. 193 et 196. — Macartney, tome IV, chap. \, pag. 3i, 32, 44> 4$, 60 et 61; tome II, ch. iv, p. 377, et tome III, ch. 11, p. i34 et i35. — Barrow, Voyage dans la partie méridionale de l'Afrique, tome II,
Ch. V, p.
ginon ; les mandarins ont la leur ; la majorité du peuple a la sienne ; chacun paie les ministres de son culte , s'il le trouve bon, les chrétiens comme les autres. Les prêtres ne sont point fanatiques; ils ont des mœurs pures et régulières , et ne jouissent que de la considération qui s'attache au mérite personnel (4).
Les Chinois , comme tous les peuples de la terre, ont connu les persécutions religieuses : toutes les fois que le gouvernement a cru devoir accorder une protection particulière à une religion, il s'est trouvé , dans cette religion , des hypocrites ou des fanatiques qui lui ont persuadé qu'il était de son intérêt et de son devoir de proscrire toutes les autres ; alors on a vu des disputes , des querelles, des massacres ; les prêtres du parti dominant ont égorgé leurs adversaires, renversé leurs temples; mais, depuis que la dynastie des Tatars s'est établie , aucune religion n'ayant reçu de , marques particulières de sa faveur, elles ont toutes vécu d'accord (â).
Lorsque, chez un peuple , il règne une liberté complète d'opinions religieuses , on peut raisonnablement croire que la liberté de penser est fort peu gênée , sur toutes les matières du moins qui ne touchent pas le gouvernement. Aussi n'existe-
(1) Macartney, Voyage en Chine, tome III, ch. iv, p. 266 et 268; tome II, ch. iv, p. 307 ; tome IV, ch. 11 , p. 173. — Barrow, Voyage en Chine, tome II, ch. vin , p. i85 ; ch. x, p. 3ïo et 33i. — Mac-Leod, ch. \i, p. 194 et 195.
(2) Barrow, Voyage en Chine, tome II, ch. x, p. 3îo.