‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 261 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXXII. ^tj · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXII. ^tj

t-il en Chine aucune restriction à la liberté de la presse : nulle précaution , nulle mesure antérieure à la publication , n'y prévient l'émission de la pensée. Chacun peut , à ses risques , publier ce qu'il juge utile , et la profession d'imprimeur y est plus libre que ne l'est ailleurs le plus commun des métiers (4). La crainte des châtimens suffit sans doute pour réprimer la licence et restreindre la liberté ; mais cette crainte , dont ne se contenteraient pas tous les gouvernemens , est moins contraire à la liberté que les mesures avilissantes auxquelles se soumettent r sans murmure , des peuples qui prétendent que c'est en Asie que le despotisme est relégué (2).

La polygamie et la réclusion des femmes sont admises en Chine : les femmes sont livrées à des hommes qu'elles n'ont jamais vus. On pourrait

(i) Barrow, Voyage en Chine, ch. viïï, p. 181 et 182.

(2 ) « En Chine, dit Barrow, la presse est aussi libre qu'en Angleterre, et chacun peut exercer la profession d'imprimeur ; ce qui est une chose singulière, et unique peut-être , dans un gouvernement despotique. » Voyage en Chine , t. II, ch. vin, p. 180.

Je suis loin de refuser le titre de gouvernement despotique au gouvernement chinois ; cependant , lorsque c'est par opposition à leurs propres gouvernemens que des Européens lui donnent cette qualification , il est impossible de ne pas se rappeler le mot de ce gentilhomme canadien qui, à demi nu, n'ayant ni propriété ni industrie , et ne sachant vivre que de chasse, disait, en parlant d'un Indien, bon cultivateur et propriétaire, d'une bonne ferme : Je vais dîner chez Thomas; c'est le meilleur de tous les sauvages.

dire que les termes sont égaux entre les époux , puisque les hommes acceptent des femmes qu'ils ne connaissent pas ; mais , en cas d'erreur de part ou d'autre, il est clair que le désavantage est toujours du côté de la faiblesse (A). En Chine comme en Perse , avant de conclure un mariage, les deux parties savent quelle est la personne qu'ils doivent épouser'; elles ne se décident que sur les rapports qui leur sont faits de leur âge et de leurs qualités. Suivant Chardin, les rapporteuses ont tant d'exactitude , qu'on est plus instruit après les avoir entendues , que si l'on avait vu soi-même la personne. Comme les facultés intellectuelles des femmes sont comptées pour peu de choses , et comme la réclusion est une garantie suffisante de leur vertu , il est bien probable que les inconvéniens qui résultent de cette manière de procéder, ne sont pas aussi graves qu'ils nous le paraissent. Il est beaucoup de pays où l'on ne fait pas plus de cas de l'intelligence des femmes qu'en Chine , où l'on est moins assuré de leur chasteté , et où l'on ne les connaît pas mieux, quoiqu'on soit admis à les voir. A tout prendre, il y a peut - être autant d'époux trompés , dans les pays où les sexes jouissent de la fréquentation la plus libre, que dans les états asiatiques (2).

(1) Barrow, Voyage en Chine, tome I, chap. iv, p. 2i5 et 246.

(2) Grosier, De la Chine, tome V, p. 270. — Il semble, dit Chardin , que cette façon d'épouser une femme sans l'avoir vue auparavant, ne devrait produire que des mariages mal-

Page 1