‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 262 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XXXII

Montesquieu attribue à la chaleur du climat la polygamie et la réclusion des femmes en Asie ; mais } outre que la plus grande partie du territoire de la Chine est sous un climat tempéré, les femmes sont plus esclaves à mesure qu'on approche davantage des climats froids. L'empereur de la Chine ne peuple son sérail qu'au moyen des femmes qui lui sont volontairement livrées par leurs propres parens ; tandis que le Khan des Tatars choisit celles qui lui conviennent, et que, suivant le rapport fait à l'ambassadeur anglais , nulle fille ne peut se marier avant qu'il n'ait été examiné par des eunuques si elle est digne du sérail (i). En Asie, la polygamie, la servitude des femmes et la castration existent sous les climats les plus froids comme dans les pays les plus chauds, et partout elles sont suivies des mêmes conséquences. Dans l'empire chinois, comme en Perse et dans tous les pays où la pluralité des femmes a lieu, elle n'est qu'un luxe étranger à la masse de la population. Les femmes dans les rangs inférieurs de la société , ne sont point récluses, et elles se livrent à de fort rudes travaux (â).

Les Chinois, suivant Barow, sont le peuple le

heureux ; mais cela n'est point , et même l'on peut dire, en général , que les mariages sont plus heureux dans les pays où l'on épouse les femmes avant de les avoir vues, que dans ceux où elles sont vues et fréquentées. » Tome II, p. 238.

(1) Macartney , Voyage en Chine et en Tartarie, tome V . ch. m, p. 34i et 342.

(2) Barrow, tome I, ch. iv, p. 248 et 25o.

plus timide et le plus lâche qui soit sur la surface de la terre : ils remercient le magistrat qui les châtie , et baisent le bambou qui les frappe ; le seul acte de tirer une épée ou de présenter un pistolet suffit pour les faire tomber en convulsion . Il est bien possible , en effet, qu'un peuple auquel tous les arts et toutes les habitudes de la guerre sont étrangers , ne soit pas doué de ce genre de courage si commun parmi les peuples de l'Europe. Nous voyons parmi nous des multitudes d'hommes que l'aspect d'un officier de police, ou la menace d'un magistrat civil , font trembler de tous leurs membres, et qui n'oseraient dire leur pensée en présence de deux témoins. S'ils étaient jugés par les habitans d'un pays libre, ils seraient considérés comme les plus lâches et les plus vils des hommes • mais qu'on les place devant une batterie et que leur chef leur ordonne d'aller se faire tuer, ils y iront. Ces divers genres de courage et de lâcheté , ne sauraient être des productions du climat ; puisqu'on les trouve à la fois sur le même sol ; les Tatars qui gouvernent ne sont pas moins exposés à l'influence du climat que les Chinois qui sont gouvernés ?

Il est difficile d'ailleurs de se persuader que cette lâcheté reprochée à la population de la Chine, soit bien réelle , ou que du moins elle soit générale , lorsque les mêmes voyageurs qui nous en parlent, nous disent qu'on ne doit guère s'attendre que la dynastie tatare se maintienne assez long-temps sur le trône pour se con-

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