LIVRE III , CHAPITRE XXXIÏ. 5oi
fondre avec la nation conquise (i ) ; que 3 malgré les nombreuses armées du gouvernement, il se forme des troupes de voleurs si formidables , qu'ils menacent les villes les plus populeuses (â); que, sans raisonner sur le droit de changer leur gouvernement, plusieurs d'entre eux se plaisent à regarder un pareil changement comme propre à améliorer leur condition ; qu'ils sont enclins à prendre part aux révoltes qui se manifestent fréquemment tantôt dans une province et tantôt dans une autre (5); que la simple déclaration des droits de l'homme pourrait produire chez eux de la fermentation , parce qu'ils sont susceptibles d'impressions fortes et disposés aux entreprises; qu'il existe parmi eux des hommes dont les principes ont pour base la haine de la monarchie, et qui ont l'espérance de la renverser (A) ; enfin que quelques pirates chinois inspirent la terreur dans toutes les provinces méridionales, et y font craindre une insurrection générale (5).
Les Chinois, qui habitent pour la plupart un climat variable et tempéré, sont actifs et labo-
(1) Macartney, tome III, ch. n, p. i34.
(2) Barrow, tome III, ch. xn, p. 76.
(3) Macartney, tome III, ch. m, p. 173.
(4) Ibid.9 tome III, ch. m, p. 171.
(5) Krusenstern, Voyage autour du monde, t. II, ch. xxiii, p. 370 et 37 j. — La maxime générale d'obéir au prince, dit Macartney, pourrait bien ne pas tenir dans toutes les ames contre la nouvelle doctrine du droit sacré et du devoir de résister à l'oppression. » Tome III, ch. m, p. 174.
rieux (4); mais l'activité paraît s'accroître à mesure qu'on avance vers la ligne équinoxiale. À Ting-Hai, à moins de trente degrés de l'équateur , l'industrie et l'activité régnent dans toute la ville, les hommes passent d'un air occupé dans les rues ; personne ne demande l'aumône ; tout le monde , sans exception , paraît se livrer au travail (â). L'activité des Chinois est la même entre les tropiques : à Macao leur industrie est sans cesse agissante. Les Portugais, qui possèdent cette île à titre de conquérans , ont pour le travail l'aversion qui se manifeste chez les nobles de toutes les espèces ou de toutes les couleurs. Quand ils ne peuvent pas vivre d'impôts , ils vont dans les rues, la tête haute et l'épée au côté, demander noblement l'aumône; mais c'est la conquête, et non la chaleur du climat, qui les a faits gentilshommes (3). A Manille, où l'on voit des Chinois par milliers , ils sont sans cesse agissans , à côté des paresseux Espagnols (£).
Les colonies hollandaises placées presque sous l'équateur offrent un contraste plus frappant encore. Là, sous la même latitude et sur le même
(1) Barrow, Voyage en Chine, t. III, ch. xn, p. 68 et 79.
(2) Macartney, tome II, ch. 1, p. 5o.
(3) « Il n'est pas très-rare, pour un Anglais qui se trouve à Macao , d'être accosté par un Portugais portant un habit rapé , une bourse à cheveux , une épée et demandant l'aumône. » Macartney , Voyage en Chine et en Tartane , t. IV, çh. 11, p. 174 et 175.
(/,) Mac-Leod, Voyage de V Alceste, ch. vu, p. 22^