‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 264 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXXII. 5o · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXII. 5o

sol , oïi trouve trois populations différentes : les Hollandais } conquérans et maîtres ; les indigènes, esclaves conquis ou achetés, et des Chinois qui sont venus s'y établir, et qui peuvent abandonner le pays. Les Hollandais, si actifs, si industrieux dans leur pays natal, ont, dans l'île de Java, toutes les habitudes et tous les vices des conquérans : ils en ont l'oisiveté, l'orgueil, l'insolence, la prodigalité, le luxe et surtout la cruauté. Il n'existe de différence entre eux et une armée conquérante qu'en ce qu'ils ont joint le calcul et l'avidité du commerce aux vices propres à tous les conquérans. Les esclaves et la population asservie sont lâches, indolens, paresseux; il en faut une multitude pour exécuter ce que ferait une seule personne libre avec facilité (4 ) . Les Chinois, qui ne sont ni des vainqueurs, ni des vaincus, et qui n'ont ni l'orgueil des premiers, ni la bassesse des seconds, exécutent tous les travaux. Ces hommes industrieux cultivent la terre, fournissent les marchés de végétaux, de volaille et de viande ; ils recueillent le riz , le poivre, le café et le sucre nécessaires à la consommation et à l'exportation. Ils font le commerce

(i) Thumberg , Voyage en Afrique , en Asie et au Japon , ch. vin, p. 222 et 228. — Cook, premier Voyage, tome IV, liv. m, ch. xii, p. 345 et 346. — Dentrecasteaux, Voyage à la recherche de La Pérouse, tome I, ch. vu, p. 1 55 et 109, et ch. xxï, p. 471. — Labillardière , tome II, ch. xv, p. 3 12 et 3i3. — Mac-Lcod, ch. ix, p. 3o5 et 323. — Raynal, 1. 1, liv. 11, p. 419, 432 et 446.

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dans l'intérieur et sur les côtes ; ils servent de courtiers, de facteurs et d'interprètes aux Hollandais et aux naturels. Us afferment et perçoivent les impôts et les revenus les uns des autres; en un mot , ils exercent toutes les professions (i ). A Batavia, les Chinois sont maçons, charpentiers, tailleurs, cordonniers, marchands en détail et courtiers ; ils font tout ce qui exige des soins et de la peine; sans eux, les Hollandais courraient risque de mourir de faim. Les mêmes hommes qui se distinguent par leur activité et par leur amour pour le travail, se font remarquer par leurs mœurs paisibles et par leur honnêteté (â).

Les habitans des Célèbes , qui vivent sous l'équateur, sont agiles, robustes, industrieux, et ont beaucoup de courage. D'autres peuples situés sous la même latitude et dans les mêmes parages, tels que les Papous , les habitans de Céram et des îles de Mindanao , se distinguent, sinon par leur civilisation , au moins par leur énergie et leur audace (5). Enfin, les peuples de l'Asie qui habitent le plus près de l'équateur , ceux de la presqu'île de Malaca , en sont aussi les plus courageux et les plus énergiques. « Ces barbares, dit Raynal , enchérissent sur leurs anciennes mœurs, où le fort se faisait honneur d'attaquer le faible :

(i) Voyage dans la partie méridionale de l'Afrique et aux Indes, tome I,p. 36 de l'introduction.

(ï) Voyage en Chine , tome I, ch. iv, p. 297.

(3) Raynal, Histoire philosophique , tome I,liv. 11, p. 35o.

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