LIVRE III, CHAPITRE XXXI
animés aujourd'hui par une fureur inexplicable de périr ou de se faire tuer , ils vont avec un bateau de trente hommes aborder nos vaisseaux, et quelquefois ils les enlèvent. Sont-ils repoussés , ce n'est pas du moins sans emporter avec eux la consolation de s'être abreuvés de sang. Un peuple à qui la nature a donné cette inflexibilité de courage, peut bien être exterminé, mais non soumis par la force ("1). » Il est juste d'observer que ces derniers peuples sont classés au nombre de ceux qui appartiennent à l'espèce malaie.
Les voyageurs qui parlent des mœurs domestiques des Chinois , en rendent un compte ,peu favorable; mais leurs rapports sont démentis par ceux des missionnaires, et l'on ne voit pas bien d'ailleurs comment des hommes qui ont été tenus en charte privée , ont pu en juger ; enfin ils ne sont pas toujours d'accord avec eux-mêmes (â).
(i) Histoire philosophique des deux Indes , tome I, liv. r, p. 176 et 177.
(î) Ils disent, par exemple, que la propriété y est mal garantie, et ils assurent en même temps que, sur un territoire qui a huit fois l'étendue de la France, on ne voit pas un coin de terre en friche ( Macartney , tome II , ch. in, p. 202, et tome IV, ch. 11, p. 1 17 ) , et que « les Chinois sont tellement accoutumés à regarder une ferme comme leur propriété, tant qu'ils continuent à en payer la rente , qu'un particulier de Macao a couru risque de perdre la vie pour avoir voulu augmenter les rentes de ses fermiers chinois. » (Barrow, t. II, chap. vin, p. 189. ) — Ils-disent que leurs lois sont trèsbonnes en théorie qu'ils ont des maximes remplies de sagesse, mais que leurs mœurs sont vicieuses; et ils assurent ,
On accuse les Chinois de manquer de bonne foi dans leur commerce avec les Européens ; et à cet égard les témoignages sont loin d'être d'accord. Il semble que, dans beaucoup de cas, les voyageurs ont ajouté plus de foi aux rapports qui leur ont été faits, qu'à leur propre expérience. « Nous eûmes, ditBarrow, des preuves convaincantes et répétées de la sobriété, de l'honnêteté, de l'attention et de la délicatesse de nos équipages et de tous les Chinois qui nous approchaient (\). » Est-il beaucoup d'étrangers qui puissent faire un tel éloge de la population de Paris et de Londres ?
Macartney a observé que les Chinois pouvaient se livrer à un travail modéré pendant une plus longue durée de temps que la plupart des Européens des classes inférieures. 11 a cherché la cause de ce phénomène , et il a cru la voir dans la supériorité d'éducation et de mœurs des premiers. On leur donne de bonne heure , dit-il , de meilleures et de plus saines habitudes; ils restent plus long-temps sous la direction de leurs parens. Ils sont pour la plupart sobres ; ils se marient jeunes; ils sont moins exposés aux tentations du libertinage, et moins sujets à contracter des mala-
cn même temps , que là tout ancien proverbe a autant de force qu'une loi. ( Barrow, t. I, chap. iv, p. 26y.) — Comment donc les lois sont-elles sans force? Comment la conduite est-elle en contradiction avec les maximes ? (i) Barrow, tome I, ch. II, p. et i35.