CHAPITRE XXXIII
Des rapports observés'entre les moyens d'existence des diverses classes de la population , et l'état social de quelques peuples d'espèce mongole, de l'occident et du centre de l'Asie»
La Perse nous présente un phénomène analogue à celui que nous venons d'observer en Chine : ce sont deux classes d'hommes qui appartiennent originairement à la même espèce , mais qui se sont trouvées dans des positions différentes. D'un côté sont les descendans des hommes qui , les premiers 9 s'approprièrent le sol en le cultivant : de l'autre , les descendans des hordes qui se précipitèrent des montagnes et les subjuguèrent. Les premiers exercent les arts et cultivent la terre ; les seconds , absorbent la meilleure partie de leurs produits ; ils remplissent les emplois publics y commandent les armées , et composent la cour du monarque.
Les caractères physiques des chefs de cette partie de la population ont changé par des alliances avec des femmes d'espèce caucasienne; mais les caractères moraux n'ont pas subi la même altération ; l'armée est sans cesse recrutée dans les montagnes du centre de l'Asie. La po-
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pulation industrieuse est donc constamment soumise à des hommes dont les idées et les habitudes morales ne se forment que dans des contrées incultes et froides. Cette distinction était nécessaire pour faire comprendre la différence qui existe entre les mœurs des diverses classes de la population»
La Perse n'a pas été toujours ce qu'elle est aujourd'hui : plusieurs parties des déserts qui sont maintenant inhabités , étaient jadis cultivées et renfermaient une population industrieuse. Les guerres que les habitans ont eues à soutenir contre des étrangers, ont commencé la ruine de ce pays, et ce sont les soldats d'un lieutenant d'Omar et la religion de Mahomet qui l'ont complétée.
Le gouvernement de la Perse , comme celui de la Turquie , n'a pour principe que la conquête : tous les pouvoirs se trouvent donc concentrés dans les mains du chef de l'armée ; mais comme toute force peut être détruite par une force contraire, les conquérans ont fait intervenir un second pouvoir pour consolider leur possession : ils se sont dits les délégués et les ministres de l'Être suprême. Les Perses n'ont point créé de fictions sur les effets que produit la puissance de leurs princes : loin de supposer que leurs rois ne peuvent faire mal , ils disent , au contraire , qu'ils sont naturellement violens et injustes , et qu'il faut les considérer comme tels ; dans leur langage, se rendre coupable d'injustice et de violence , on faire le roi , c'est exactement la même