‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 269 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XXXIII. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXIII. 5i

chose. S'ils se plaignent devant un magistrat d'un outrage excessif, et s'ils veulent exprimer le plus haut degré d'aggravation ; ils disent : 77 a fait le wi avec moi (4). Quoiqu'ils jugent leurs rois par les faits qui se passent sous leurs yeux, et qu'ils ne cherchent à se faire illusion ni sur la nature ni sur les conséquences de leur gouvernement , ils admettent, comme point de religion, qu'ils leur doivent une obéissance pleine et entière, et qu'il ne leur est permis de résister que lorsque c'est la religion elle-même qui leur en fait un devoir; ils reconnaissent en principe que les ordres du roi son tau-dessus de toutes les lois humaines. « Ainsi, dit Chardin , le fils doit être le bourreau de son père, ou le père de son fils, lorsque le roi lui commande de le faire mourir; mais ils tiennent, d'une autre part , que ses ordres sont au-dessous du droit divin (2).

Ces maximes ne sont pas des doctrines de convention qu'on récite sans y croire ; elles sont le résultat d'une conviction profonde. Les prêtres les impriment dans les esprits, parce qu'elles

(1) Voyage en Perse, tome V, ch. i , p. 21g et 220.

(2) Si le roi commande à un homme de tuer son père ou son fils, cet homme doit obéir, car il n'est pas contraire au droit divin de tuer son père, quand le roi le commande ; mais s'il ordonne à un prêtre de rendre un bien usurpé, il ne doit pas être obéi , car le droit divin défend à l'Eglise de rendre au propriétaire le bien qu'elle possède, même quand elle l'a reçu d'un usurpateur : telle est la morale religieuse des prêtres de Perse. Chardin, tome V, ch. 1 et v, p. 219 et 38i.

forment la base de leur puissance , et qu'elles ne peuvent pas être tournées contre eux. Du moment , en effet , qu'il est admis que les volontés du prince sont subordonnées à la volonté des prêtres , il est de l'intérêt de ceux-ci qu'elles soient supérieures à tout le reste. Parmi les grands , les sages eux-mêmes regardent les rois, non-seulement comme les ministres de la justice , mais en quelque sorte comme les oracles de la justice divine elle-même. C'est le principe de la fatalité , porté aussi loin qu'il peut s'étendre ; ce principe leur donne cette inconcevable résignation aux volontés royales, qu'ils manifestent dans toutes les circonstances. S'il arrive que leur roi les condamne à périr, ils attendent sans murmurer l'arrêt de leur mort; et quand on le leur apporte, ils aident souvent eux-mêmes à l'exécution (4).

Ayant appris , de la bouche de leurs prêtres , que leurs rois leur ont été donnés par la Divinité , et que la volonté royale n'a rien au-dessus d'elle, si ce n'est la volonté divine dont les prêtres sont les interprètes , on ne doit pas être étonné si les grands s'honorent du titre d'esclaves du roi; aussi c'est un titre qu'on ne donne qu'aux troupes qu'on veut flatter, et aux gens élevés à la cour ou nés dans les emplois (â). Le titre de sujet, indiquant un homme conquis , est une qualifica-

(«) Chardin, Voyage en Perse, tome IX, p. 97 et 98. (2) Ibid., tome III, ch. xn, p. /»35.

Page 1