‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 273 sur 276 · LIVRE ill , CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE ill , CHAPITRE XXXIII

fruits, et qui peuvent les abandonner quand le terme de leur bail est expiré, On ne voit point en Perse , comme dans le nord de l'Asie et même de l'Europe , un prince donner des milliers de paysans à ses courtisans, comme il leur donnerait des troupeaux. Quoique soumis à certaines corvées , semblables à celles qui ont existé dans toutes les contrées de l'Europe , les paysans de Perse vivent assez à leur aise.

« Je puis assurer, dit Chardin, qu'il y en a d'incomparablement plus misérables dans les plus fertiles pays de l'Europe. J'ai vu partout des paysannes persanes avec des carcans d'argent , et de gros anneaux d'argent aux mains et aux pieds, avec des chaines qui leur pendent du cou sur le nombril, où sont passées tout le long des pièces d'argent, et quelquefois des pièces d'or. On voit de même des enfans parés avec des colliers de corail au cou. Ils sont bien fournis de vaisselle et de meubles ; mais , en échange de ces aises , ils sont exposés aux injures et quelquefois à des coups de bâton de la part des gens du roi et des visirs, quand on ne leur donne pas assez tôt ce qu'ils demandent , ce qui s'entend des hommes seulement; car, pour les femmes et les filles, on a des égards 'pour elles partout dans l'Orient , et il n'arrive jamais qu'on mette la main dessus (4). »

Les domestiques qui servent dans les maisons

(i) Chardin, tome V, ch. vi, 391 et 392.

des grands , ne sont point esclaves comme ils le sont dans le nord de l'Asie et de l'Europe , et ils reçoivent des gages très-élevés (4). Les artisans ne sont pas non plus des esclaves; ils travaillent ou se reposent quand cela leur convient, et mettent à leur travail le prix qu'il leur plaît (â).

Les Perses ne sont intolérans, ni envers les étrangers , ni envers ceux qui ne professent pas leur religion; ils sont, au contraire, très-hospitaliers ; ils accueillent et protègent les étrangers ; ils tolèrent même les religions qui leur paraissent abominables (3). Ils ne se sont jamais avisés de mettre des entraves à la liberté de changer de lieu; chez eux, chacun peut aller où bon lui semble, sortir du royaume ou y rentrer, sans que personne s'avise de lui demander un passeport^). Leur gouvernement n'a pas la prétention de se faire rendre compte de chacun de leurs mouvemens, de marquer chaque personne d'un signe particulier , et de classer parmi les suspects, ou même parmi les malfaiteurs , toute personne qui n'est pas revêtue du signe. Il n'y a que les hommes libres des climats froids et des climats tempérés de l'Europe , qui portent sur eux cette marque irrécusable de leur liberté.

Les mœurs générales de la masse de la popu-

(1) Chardin, tome IV, ch. xiv, p. 22.

(2) Ibid. t. III, ch. xi, p. /»3 1 et 4^2; tome IV, ch. xvn, p. 91 et 93.

(3) Ibid. , tome III, ch. xi, p. 408.

(h) Ibid., tome III, p. 272.

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