‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 274 sur 276 · LIVRE Ilî, CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE Ilî, CHAPITRE XXXIII

lation , sont de beaucoup supérieures à celles des hordes qui parcourent les plateaux les plus élevés ou qui résident dans les montagnes les plus hautes de l'Asie ; elles sont même supérieures aux mœurs qui existaient au dix-septième siècle dans les états les plus civilisés de l'Europe. « J'attribue la police que l'on tient dans les exécutions en Europe j dit Chardin , à la grande quantité de scélérats qui s'y trouvent ; comme , au contraire , le peu de régularité qu'on observe en Orient dans le jugement et dans l'exécution des criminels, aux mœurs de ce pays-là , qu'on peut dire humaines. En effet j l'on est si dépravé chez nous , que si l'on ne traitait pas les coupables plus rudement qu'en Perse , les villes et la campagne deviendraient autant de coupe-gorges où , comme en Mingrelie, chacun, par la crainte qu'il a de son voisin, serait obligé de coucher demi-vêtu , et son épée entre ses bras. On n'entend parler presque jamais en Perse, d'enfoncer les maisons, d'y entrer à vive force, et d'y égorger le monde. On ne sait ce que c'est qu'assassinat, que duel, que rencontre, que poison. Dans tout le temps que j'ai été en Perse, où j'ai fait tout mon séjour à la ville capitale, ou à la suite de la cour, ou bien en d'autres grandes villes , je n'ai vu exécuter qu'un seul homme, de manière qu'à celui - là près , tout ce que je puis rapporter des supplices de ce pays - là nest que par ouï dire (4). »

Il est vrai que la polygamie n'est prohibée à

(i) Voyage en Perse, t. VI, ch. xvii, p. 99 et 100.

aucune classe de la société , et elle est pour les individus des deux sexes qui la pratiquent ou qui y sont soumis , une source de vices y de crimes et de malheurs ; mais , soit par raison , soit par nécessité, les hommes qui appartiennent à la grande masse de la population n'ont en général qu'une femme ; dans les rangs ordinaires de la société et chez les paysans , les femmes sont traitées avec douceur et ne sont exposées à aucun mauvais traitement , même de la part des grands et des employés du gouvernement. f

Au nord de la Perse existent des peuples qui, par l'élévation du sol encore plus que par le degré de latitude sous lequel ils se trouvent placés, vivent sous un climat comparativement froid. Ces peuples n'ont pas plus d'activité , de courage y d'industrie, de mœurs que les peuples placés sous une latitude moins élevée ; ils sont au contraire les peuples les plus paresseux , les plus pauvres , les plus sales et les plus vicieux de ces pays. Chardin vit en Perse une ambassade de ces peuples ; et on lui raconta , dit-ii , des choses prodigieuses de la disette de leur pays , et de leurs vilaines mœurs. L'ambassadeur et sa suite étaient des gens de mauvaise mine, mal vêtus et ayant Fair de brigands. Ils se tenaient si salement dans le palais où on les avait mis , ajoute-t-il , que cela n'est pas croyable; à la réserve de la chambre de l'ambassadeur, tout était plein d'ordures et faisait mal au cœur (i).

(i) Chardin, tome VIII, p. 176 et 177.

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