‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 3 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I

second, dans l'aptitude que l'exercice leur a donnée d'exécuter certaines opérations. Un homme qui se trouve doué , en venant au monde , d'une bonne constitution physique ; qui est élevé sous une température douce et dans une atmosphère pure; qui se nourrit d'alimens sains etabondans; qui se livre à un exercice modéré, et n'a l'esprit troublé d'aucune crainte , acquiert, en général, une organisation physique aussi parfaite que sa nature le comporte. La force de ses organes, leur exacte proportion les uns à l'égard des autres , leur aptitude à remplir les fonctions diverses auxquelles la nature les a destinés , ou à exécuter les diverses opérations auxquelles l'étude et l'habitude peuvent les rendre propres ^ en constituent la perfection.

Ce premier genre de perfectionnement ne se rencontre quelquefois que dans quelques-unes des parties : un homme peut avoir quelqu'un de ses organes internes vicié, tandis que ses organes externes sont bien constitués ; il peut avoir l'organe de la vue ou celui de l'ouïe excellent , tendis qu'il n'existe aucune proportion entre ses membres ; enfin , quoique les diverses parties de l'homme exercent les unes sur les autres une certaine influence, elles se fortifient ou s'affaiblissent rarement dans une proportion exacte.

Le second genre de perfectionnement dont les organes physiques de l'homme sont susceptibles consiste à exécuter diverses opérations plus ou moins utiles , soit à l'individu lui-même , soit à

ses sembiables. Ce genre de perfectionnement s'évalue par les avantages qui en résultent pour l'individu, pour sa famille , pour l'humanité. Un homme peut exercer ses organes à se rendre habile dans l'art de la pêche , de la chasse , de l'agriculture , dant la fabrication de certains objets , ou dans les beaux-arts. La perfection qu'il leur donne est en raison de la rapidité avec laquelle il exécute les opérations auxquelles il se livre, de la variété des objets qu'il a la capacité de produire, de la valeur de ses produits, ou des avantages qui en résultent.

Ces deux genres de perfectionnement influent plus ou moins l'un sur l'autre. Un homme doué d'une bonrfe organisation physique , a plus d'adresse et de force que celui dont l'organisation est défectueuse ; il peut se livrer à de plus longs et de plus pénibles travaux ; il peut faire de plus longues études et acquérir par conséquent plus d'habileté. Nos organes physiques sont les premiers instrumens que la nature met au service de notre intelligence , et il est évident que plus ces instrumens ont de perfection , plus il est facile d'en tirer un parti avantageux. D'un autre côté, plus nous exerçons chacun de nos organes, plus nous en augmentons la force, la souplesse et la finesse.

Cependant , quoique ces deux genres de perfectionnement exercent l'un sur l'autre une influence réciproque , ils existent rarement chez le même individu dans une égale proportion.

Page 1