‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 30 sur 276 · LIVRE îfl, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE îfl, CHAPITRE V

homme d'espèce malaie ne peut-il pas croire avec autant de raison qu'il appartient à l'espèce primitive, et que toutes les autres sont, des dégradations de la sienne ? Des individus d'espèce caucasienne ont pu produire, dit-on, des individus de variété éthiopienne, africaine ou malaie; mais si cela a pu arriver, îe contraire a pu arriver aussi , et je ne vois pas sur quoi l'on se fonderait pour admettre une supposition plutôt que l'autre. Chaque espèce ou variété peut faire, pour prouver l'ancienneté de son origine, les mêmes raisonnemens qu'on a faits pour l'ancienneté de la variété ou de l'espèce caucasienne. Il est vrai qu'on a observé que des peuples du Caucase se sont répandus sur des contrées fort éloignées; mais toutes les autres parties du monde étaient-elles désertes lorsque ces migrations ont commencé? Qui nous apprendra si ces peuples, qui, suivant notre manière de voir, forment la plus belle espèce, tiennent leur beauté de leur organisation primitive, ou s'ils la tiennent d'un perfectionnement qu'ils ont acquis dans les lieux mêmes qu'ils habitent ? Les plus beaux individus de l'espèce malaie que l'on connaisse; sont ceux qui occupent les îles Marquises ; en est-ce assez pour supposer que c'est dans ces îles que l'espèce a pris naissance?

Le genre d'orgueil qui s'éteint le dernier dans l'esprit de l'homme, est l'orgueil de race : un homme peut renoncer à l'orgueil individuel , à l'orgueil de famille, même à l'orgueil de nation;

mais l'orgueil de l'espèce n'est pas si facilement abandonné ; c'est à ce sentiment qu'il faut attribuer nos systèmes sur la formation et la division des peuples. Pour sentir combien sont faibles les fondemens sur lesquels ces systèmes reposent, on n'a qu'à faire des systèmes semblables sur des genres où l'orgueil esf désintéressé, sur des genres différens du nôtre. Qu'on se demande, par exemple, si tous les ours descendent d'une souche commune; si les noirs sont une dégénération des blancs, ou si ceux-ci sont un perfectionnement de ceux-là; si les noirs sont tels parce qu'ils ont passé d'un climat tempéré dans un climat chaud ; si les blancs, ont acquis leur blancheur parce qu'ils ont abandonné des climats chauds pour vivre dans des climats froids ; on sentira que ces questions^ sur l'état primitif des espèces , ne sont pas des questions que les sciences puissent résoudre ; parce que, pour en donner la solution, il faudrait connaître des faits dont nous n'avons encore aucun moyen de nous assurer, et qu'on ne peut suppléer aux faits qui nous manquent, par de vagues conjectures ou de prétendues possibilités (4).

(i ) «r Les peuples qui ont la peau blanche , dit M. Alexandre

de Humboldt, commencent leur cosmogonie par des hommes blancs. Selon eux , les nègres et tous les peuples basanés ont été noircis ou brunis par l'ardeur excessive du soleil.

» Cette théorie , adoptée par les Grecs , quoique non sans contradiction , s'est propagée jusqu'à nos jours. Buffon a redit en prose ce que Théodectes avait exprimé en vers deux

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