LIVRE m 9 CHAPITRE V
Lawrence croit que toutes les races qui existent sont des variétés de la race caucasienne; il se fonde sur ce que Ton observe des variétés analogues parmi les animaux que l'homme a réduits en état de domesticité. Cette manière de raisonner est peu concluante ; premièrement, toutes les races d'hommes viveat en état de société, et chacune peut considérer toiîtes les autres comme dee variétés d'elle-même avec autant de raison que la race caucasienne. En second lieu, les animaux que l'homme a soumis à son empire ne sont libres ni dans le choix de leurs alimens, ni dans le choix de leurs habitations, ni dans le choix des individus de leur espèce avec lesquels ils s'associent. Il faudrait, pour que l'analogie fût
mille ans avant « que les nations portent la livrée des climats qu'elles habitent. »
» Si l'histoire avait été écrite par des peuples noirs , ils auraient soutenu ce que récemment des Européens même ont avancé , que l'homme est originairement noir ou d'une couleur très-basanée , qu'il a blanchi dans quelques races par l'effet de la civilisation et d'un affaiblissement progressif, de même que les animaux, dans l'état de domesticité, passent d'une teinte obscure à des teintes plus claires.
» Dans les plantes et dans les animaux , des variétés accidentelles, formées sous nos yeux, sont devenues constantes , et se sont propagées sans altération. Mais rien ne prouve que, dans l'état actuel de l'organisation humaine, les différentes races d'hommes noirs, jaunes , cuivrés et blancs, lorsqu'elles restent sans mélange, devient considérablement de leur type primitif, par l'influence des climats, de la nourriture, et d'autres agens extérieurs. » Voyage aux régions équinoxiales, liv. III, ch. ix , p. 367 et 36g.
exacte, que les hommes fussent soumis à des êtres d'un genre supérieur à eux-mêmes \ et qu'ils fussent assujettis comme le sont les animaux domestiques. En troisième lieu, les variétés observées parmi ces animaux résultent principalement, suivant Lawrence lui-même, de la différence de climat, dltlimens et de soins; et il reconnaît qu'aucune de ces causes ne produit le même effet sur les hommes. En quatrième lieu, de ce que tel genre d'animaux est susceptible d'éprouver telle variation , on ne peut pas conclure que des êtres d'un genre tout différent sont susceptibles d'éprouver une modification semblable, et surtout qu'ils Font éprouvée. Lors même qu'il serait établi que les choses ont pu arriver de telle manière, on ne pourrait tirer la conséquence qu'en effet elles sont arrivées ainsi, qu'après avoir prouvé qu'elles n'ont pas pu arriver autrement. Enfin, des millions de naissances nous prouvent la constance avec laquelle les espèces se perpétuent et se conservent pures ; mais nous ne connaissons aucun fait duquel nous puissions conclure que deux individus de race caucasienne peuvent engendrer un nègre, ou deux nègres un individu de race caucasienne.
La procréation d'un blanc par deux noirs, ou d'un noir par deux blancs, serait déjà un phénomène fort extraordinaire , et cependant ce phénomène ne suffirait pas pour produire l'une ou l'autre des deux variétés 5 il faudrait de plus