LIVRE III, CHAPITRE V. 6l
un autre individu semblable , mais d'un sexe différent. Nous ne voyons pas , en effet b que l'union d'un individu d'espèce caucasienne à un individu d'espèce éthiopienne, produise des individus tantôt blancs et tantôt noirs , ou des individus tachetés, comme cela arrive parmi les animaux. Les enfaiîs qui naissent d'une telle union ont une couleur uniforme qui tient le milieu entre les deux espèces ; il faut ? pour produire un individu de race pure, que le père et la mère appartiennent à la même race ; et ce phénomène suffirait pour prouver combien est peu concluante l'analogie qu'on tire d'un genre d'animaux à un autre (4).
(i) Cette erreur, qui consiste à juger des lois auxquelles îa nature humaine est soumise, par les lois que suivent des animaux d'un genre tout différent , est une erreur fort commune; elle sert de base, ainsi qu'on le verra ailleurs, à un grand nombre des sophismes de J.-J. Rousseau.
« Dans l'homme, dit M. de Humboldt, les déviations du type commun à la race entière portent plutôt sur la taille > sur la physionomie , sur la forme du corps que sur la couleur. Il n'en est point ainsi chez les animaux, où les variétés se trouvent plutôt dans la couleur que dans la forme. Le poil des mammifères, les plumes des oiseaux, et même les écailles des poissons, changent de teinte, selon l'influence prolongée de la lumière et de l'obscurité , selon l'intensité de la chaleur et du froid.
«Dans l'homme, la matière colorante paraît se déposer dans le^système dermoide par la racine ou le bulbe des poils, et toutes les bonnes observations prouvent que la peau varie de couleur par l'action du stimulus extérieur, dans les individus, et non héréditairement dans la race entière. «Voyage aux régions équinoxiales, t. III, liv. m, p. 366 et 367.
Une autre raison a déterminé Lawrence à penser que toutes les espèces d'hommes sont des variétés d'une espèce primitive- c'est le grand nombre d'espèces qu'il faudrait admettre dans la science , si l'on reconnaissait qu'il en existe plus d'une. Chacune des variétés devrait, dit-il, être divisée en plusieurs autres , et le nomî>re en serait si grand que l'esprit en serait accablé. Je ne saurais comprendre ce raisonnement : je ne vois point comment la difficulté de classer un certain ordre de faits ou de s'en rendre compte , pourrait être une preuve de l'existence de tel ou tel phénomène. Cette difficulté prouverait tout au plus les bornes de notre esprit, l'imperfection de nos méthodes, le peu de certitude de nos connaissances; mais elle ne prouverait rien de plus. La formation de cinq espèces primitives n'est pas un phénomène moins inconcevable que la formation de vingt ; la formation d'une seule est un mystère aussi impénétrable que la formation de cent. Les sciences ne peuvent à cet égard nous donner aucune connaissance ; car nous ne devons mettre au rang des connaissances ni de, vagues conjectures, ni de fausses analogies. Du moment qu'il nous est impossible de rien savoir sur la filiation des peuples, la question de l'unité ou de la multiplicité des espèces n'est plus qu'une question de méthode. La meilleure solution eft celle qui donne à l'esprit le plus de facilité pour embrasser un certain ordre de faits, mais nulle classification ne saurait nous expliquer des faits que la nature nous a cachés.