CHAPITRE VI
De l'invariabilité des caractères qui distinguent les diverses espèces entre lesquelles le genre humain se partage , et particulièrement de la couleur.
Les populations diverses qui occupent le continent américain, et les autres parties du monde où les nations européennes ont formé des colonies, éprouvent des embarras et sont exposées à des dangers qu'on n'avait pas aperçus jusqu'à nos jours. Composées d'un mélange de diverses races qui se haïssent ou se méprisent, et qui se distinguent les unes des autres par des caractères évidens , elles ne peuvent admettre en pratique cette réciprocité de droits et de devoirs, que nous considérons comme une des bases de notre civilisation , et sans laquelle il ne saurait exister de paix durable, entre des hommes condamnés à vivre ensemble. Chaque espèce, selon qu'elle est plus ou moins nombreuse ou qu'elle reçoit plus ou moins de puissance de ses relations avec d'autres peuples , est ou se croit dans l'alternative d'opprimer les autres ou d'être opprimée par elles ; elle craint que le relâchement de la servitude domestique, civile ou politique, ne soit
pour elle le signal de l'asservissement ou de l'extermination .
Si l'unité du genre humain était un fait constaté par les sciences ; s'il était démontré que les différences qui nous frappent entre les diverses races d'hommes , ont été produites par des agens extérieurs ; si l'expérience nous avait appris, par exemple,' qu'elles sont les résultats de la température de l'atmosphère, de la nature du sol, delà qualité des alimens ou d'opérations artificielles, les inconvéniens et les dangers dont je viens de parler seraient passagers ; tous les hommes placés sous le même climat et sur le même sol, étant soumis à l'action des mêmes causes , le temps ramènerait chaque population à l'unité que les émigrations ou les transplantations forcées auraient rompue ; mais , si les différences étaient indépendantes de l'action des causes extérieures, si elles tenaient à des différences d'espèce ou d'origine, le temps , loin de porter remède au mal, ne servirait qu'à l'aggraver ; il faudrait alors aviser à d'autres moyens d'établir l'harmonie entre les diverses espèces dont chaque population se compose dans certaines parties du globe.
Plusieurs écrivains, ont pensé que pour modifier l'espèce, il suffisait de modifier des individus pendant un certain nombre de générations ; ils ont cru, par exemple, qu'en imprimant sur un homme et sur une femme une certaine couleur, et en répétant la même opération sur leurs descendans, on finirait par produire une race