‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 34 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE VI

d'hommes qui apporteraient, en venant au monde, la couleur qu'on aurait imprimée à leurs ancêtres ; qu'en donnant artificiellement à tel ou tel organe une certaine forme, on parviendrait, avec le temps, à faire naître des hommes qui posséderaient et transmettraient à leurs descendans la forme désirée ; ainsi, l'on a cru , non que les indigènes du continent américain se peignaient en rouge parce qu'ils naissaient cuivrés, mais qu'ils naissaient cuivrés parce que leurs ancêtres s'étaient peints en rouge : Volney rapporte à l'influence de causes analogues le teint et les formes extérieures des noirs (4).

L'expérience , loin de confirmer ces opinions, prouve, au contraire, qii'elles n'ont aucun fondement : elle démontre que l'action des causes extérieures n'exerce aucune influence sur les descendans des hommes qui y sont soumis. Presque tous les habitans des îles de l'Océan Pacifique s'impriment dans la peau des couleurs ineffaçables. Ces couleurs ne tiennent pas seulement à l'épiderme, elles sont introduites^au moyen

(i) J'observe, dit ce savant voyageur, que la figure des nègres représente précisément cet état de contraction que prend notre visage lorsqu'il est frappé par la lumière et une forte réverbération de chaleur. Alors le sourcil se fronce la pomme des joues s'élève , la paupière se serre , la bouche fait la moue. Cette contraction qui a lieu perpétuellement dans le pays nu et chaud des nègres, n'a-t-elle pas dû devenir le caractère propre de la figure ? Voyage en Syrie ci en Egypte, tomel, p. 74.

cTinstrumens aigus, dans le tissu même de la peau. En général , l'opération commence à s'exécuter avant la puberté ; les femmes y sont assujetties comme les hommes. Nous ignorons depuis quelle époque cet usage est mis en pratique 5 mais on peut croire qu'il remonte aux temps les plus reculés. Il se trouve , en effet , dans presque toutes les îles , et il est probable qu'il y a été apporté au moment où elles se sont peuplées. Dans aucune, cependant, les enfans ne naissent tatoués ; à chaque génération l'opération xloit être faite, comme si elle n'avait jamais eu lieu sur les générations précédentes.

La réduction que les Chinois font éprouver aux pieds de leurs filles par une compression artificielle, ne se transmet jamais d'une génération à l'autre. Les hommes et les femmes caraïbes , dont la tête a été artificiellement aplatie dès leur naissance , engendrent des enfans avec les proportions qui caractérisent leur espèce ; ils ne peuvent les rendre semblables à eux-mêmes qu'en lejir faisant subir la même compression (1). Lès indigènes du nord-ouest de l'Amérique, qui se font sous la lèvre inférieure une large ouverture à laquelle ils donnent l'apparence d'une seconde bouche , ne transmettent pas , par la génération , cette difformité à leurs deScendans (â). Les indi-

(i) De Humboldt, Voyage aux, régions équinoxiales. (i) La Pérouse, tome IV, pages 54 et 55. — Fleurieu- Voyage du capitaine Marchand, tome II, ch. iv, p. /r8

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