‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 35 sur 276 · LIVRE III, GHAPITBE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, GHAPITBE VI

vidus de quelques tribus africaines , qui, par des incisions , produisent sur certaines parties de leur corps des élévations artificielles , ne sont pas encore parvenus à modifier leur race par des moyens semblables (i). Presque tous les peuples d'espèce américaine, une partie de ceux qui appartiennent à l'espèce malaie , et les Orientaux d'espèce caucasienne , s'épilent une partie du corps avec beaucoup de soin ; mais cet usage est sans influence sur la constitution physique de leurs descendans. Dans presque tous les pays , les femmes se percent les oreilles pour y suspendre divers ornemens , et nous ne connaissons aucun exemple d'enfant né avec les oreilles percées. Enfin , quelle que soit la persistance avec laquelle nous mutilons certains animaux, nous ne sommes point parvenus à en affecter l'espèce. Les chevaux et les chiens auxquels ô*n a coupé la queue ou les oreilles , n'engendrent que des individus semblables à ceux qui n'ont pas subi cette opération.

L'opinion de Buffon et de quelques autres naturalistes qui attribuent les différences caractéristiques des espèces à des moyens artificiels ; qui croient, par exemple, que le teint olivâtre de l'espèce mongole , et le teint cuivré de l'espèce

et 49 Cook , troisième Voyage, tome V, liv. 4, ch. v?

(1) Henri Sait, Voyage en Abyssin ie,.tom. I, ch. i, p. 5o. Degrandpré, Voyage à la côte occidentale d'Afrique, tome II, ch. iv, p. 38 et 3g.

américaine , ont été produits en grande partie par leur saleté ou par la fumée de leurs huttes , non-seulement n'est pas fondée sur l'expérience mais se trouve démentie par elle. Ceux de nos ouvriers qui travaillent dans les mines ou dans les forges , les charbonniers et les ramoneurs , engendrent des enfans aussi blancs que ceux des personnes les plus propres. Si les causes dont parle Buffpn produisaient les effets qu'il leur attribue , une partie des Européens seraient aussi noirs que des Ethiopiens. Il est vrai que ce grand écrivain attribue à plus d'une cause les variétés qu'on observe parmi les hommes : suivant lui > le climat est l'agent qui contribue le plus à la production de ces variétés ; mais on va voir que cet agent prétendu n'a pas l'effet qu'on lui attribue , et que les rayons du soleil , en modifiant le teint de l'individu , n'affectent pas plus l'espèce, que ne l'affecte le tatouage des habitans des îles du grand Océan.

Les diverses couleurs du teint sont au nombre des caractères qui servent à distinguer les espèces ; mais ces caractères ne sont pas les seuls. Les nègres pourraient avoir le teint des Européens , et en différer encore sous beaucoup d'autres rapports. Or, les naturalistes qui cherchent à expliquer la différence de teint par la différence de climat, laissent sans explication toutes les autres différences. Elles sont cependant assez nombreuses pour caractériser les espèces ? et pour nous empêcher de les confondre.

Page 1