‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 36 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE VI

Le teint de l'espèce caucasienne varie avec la température de l'atmosphère, pour les personnes qui restent exposées au grand air. Les Maures qui habitent les côtes de Barbarie, ont le teint plus foncé que les habitans du Portugal et de l'Espagne ; ceux-ci plus que les Français , et les Français plus que les Allemands et les Anglais (i). Ces différences sont le produit incontestable de l'air et de la lumière ; tel Allemand, qui vivrait en Espagne y prendrait le teint d'un Espagnol , et tel Espagnol qui vivrait parmi les Allemands, prendrait le teint des peuples d'Allemagne. Tant que les naturalistes se sont bornés à observer superficiellement ces phépomènes, et tant qu'ils n'ont connu des peuples noirs que dans la partie la plus brûlante de l'Afrique , il est naturel qu'ils aient attribué la différence de couleur à la différence de climat ; mais aussitôt que les faits ont éj;é soumis à une observation plus réfléchie, et que le nombre s'en est multiplié , il n'a plus été possible de conserver la même opinion.

L'action de l'air, de la chaleur, de la lumière, si puissante sur l'individu , est sans influence sur sa postérité. Les enfans d'espèce caucasienne naissent blancs sous toutes les latitudes et à tous les degrés de température , et ils demeurent tels jusqu'à ce que l'action de l'air ou de la lumière ait plus ou moins modifié leur teint. Il n'y a

(1) H y a même à cet égard beaucoup d'exceptions individuelles.

aucune différence de couleur entre l'enfant d'un Algérien , l'enfant dTun Espagnol et celui d'un Suédois ou d'un Russe. Les enfans des créoles anglais , qui naissent entre les tropiques , présentent exactement la même couleur que ceux qui reçoivent le jour dans la Grande-Bretagne. Les descendans des Espagnols dans l'Amérique du sud 3 ont le teint aussi beau que ceux qui ne sont jamais sortis du territoire espagnol , peutêtre même l'ont-ils plus blanc, lorsqu'ils ne s'exposent pas aux rayons du soleil. Les enfans des Hollandais qui naissent à côté des Cafres , sont aussi blancs que ceux qui naissent à Amsterdam. Non-seulement l'influence du climat n'affecte pas la couleur de l'espèce, mais elle n'affecte pas même l'individu tout entier ; les parties du corps qui restent couvertes ont autant de blancheur chez les peuples du Midi, que chez les peuples du Nord; elles paraissent même en avoir davantage, par le contraste qui existe entre elles et celles auxquelles l'action du soleil a imprimé une teinte plus ou moins basanée (4).

(i) De tous les peuples connus, les Arabes du Désert sont ceux dont la race s'est conservée la plus pure : jamais ils n'ont été asservis ; jamais ils ne se sQnt mêlés à d'autres races ; ils habitent aujourd'hui sur le même sol qu'ils habitaient dans les siècles les plus reculés ; ils ont les mœurs qu'ils avaient dans les temps les plus antiques dont l'histoire ou la tradition fassent mention ; et cependant , quoique placés sous un ciel brûlant et exposés au grand air, ils n'ont pris ni la couleur, ni les cheveux, ni les traits des Éthiopiens ; suivant J. Bruce, plusieurs de leurs femmes sont, au

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