LIVRE III, CHAPITRE VI
res. En" effet, si l'on en excepte la maigreur des membres , qui s'observe également chez les deuxpeuples, ils n'ont presque rien de commun, ni dans leurs mœurs, leurs usages, leurs arts grossiers , ni dans leurs instrumens de chasse ou de pêche, leurs habitations , leurs pirogues, leurs armes, ni dans leur langue, ni dans l'ensemble de leur constitution physique ; la forme du crâne, les proportions de la face, etc. Cette dissemblance absolue se reproduit dans la couleur ; les indigènes de la terre de Diemen sont beaucoup plus bruns que ceux de la Nouvelle-Hollande. Elle se reproduit même dans un caractère que tout le monde s'accorde à regarder comme le plus important de ceux qui servent à distinguer les diverses races de l'espèce humaine ; je veux parler de la nature des cheveux : les habitans de là terre de Diemen les ont courts , laineux et crépus ; ceux de la Nouvelle-Hollande les ont droits, longs et raides (4).
« Comment concevoir qu'une île de soixante lieues au plus , qui se trouve repoussée jusqu'aux confins de l'hémisphère oriental , et séparée de
(i) Il y a, à cet égard^ des exceptions que Péron paraît n'avoir pas connues. Labillardière , Voyage à la recherche de La Pérouse, tome I , chapitre v, page 176. C'est particulièrement au nord de la Nouvelle-Hollande , c'est-à-dire, dans la partie la plus éloignée de la terre de Van-Diemen, qu'on trouve une race de nègres à cheveux laineux. Dampier, Nouveau Voyage autour du monde, tome II , chapitre xvi, page 141.
toute autre terre connue par des distances de cinq, huit, douze et même quinze cents lieues , puisse avoir une race d'hommes absolument différente 'de celle du vaste continent qui l'avoisine? Comment concevoir cette exclusion de tous rapports , si contraire à nos idées sur les communications des peuples et sur leurs transmigrations ? Comment expliquer cette couleur plus foncée , ces cheveux crépus et laineux dans un pays beaucoup plus froid (i). »
Tous les individus classés sous le nom d'espèce ou de variété éthiopienne, conservent donc , sous tous les climats et dans toutes les températures, la couleur qui est un de leurs caractères distinctifs. On ne voit, dans aucun pays , des individus de cette espèce prendre la physionomie ou engendrer des enfans qui appartiennent à
(1) Péron , Voyage de découvertes aux terres australes, tome II, livre iv, chapitre xxviii, section 1 , pages i63 et jô^. — Labillardière , Voyage à la recherche de La Pérouse, tome II, chapitre x , pages 33 et 34* — L- Freycinet , Voyage de découvertes aux terres australes, livre 11, chapitre ix, page — De Paw, qui écrivait avant la découverte de la plupart des îles de l'océan Pacifique, a prétendu, comme Buffon, que la différence de la température des climats avait produit les différences de couleur qu'on observe entre les peuples d'espèce éthiopienne et ceux d'espèce caucasienne. « Il n'existe nulle part des nègres, dit-il, sinon dans les pays excessivement chauds du globe : il n'y en a point hors des bornes de la zone torride. » Recherches philosophiques sur les Américains , tome I , première partie, section 11, page 178.