LIVRE III, CHAPITRE VI
quelqu'une des autres. Leurs traits et leur physionomie restent aussi invariables sous les latitudes les plus élevées , que les traits et la physionomie propres à l'espèce caucasienne sous la zone torride (4).
L'espèce américaine ou cuivrée, quoique moins nombreuse que la plupart des autres , est, répandue sur un territoire plus vaste que celui
(i) Les peuples compris sous la dénomination d'espèce éthiopienne, se subdivisent en une multitude de races différentes ayant chacune des caractères-particuliers qui se transmettent par la génération , et sur lesquels le climat paraît n'avoir aucune influence. Les nomades Tibbos et Tuaryks sont les seuls que le plus ou le moins de chaleur affecte. « Ils offrent, dit M, de Humboldt , un phénomène physiologique bien remarquable ; car quelques-unes de leurs tribus sont, suivant la nature du climat , blanches, jaunâtres ou presque noires, mais sans avoir les cheveux crépus ni les traits nègres. » Tableaux de la Nature, tome I, page 101.
On a prétendu, en Amérique, qu'un nègre, nommé Henri Moss , était devenu blanc, et que #ses cheveux étaient devenus lisses et châtains comme ceux des Européens. On ne dit pas si son nez devint aquilin, si ses lèvres s'amincirent, si sa figure devint perpendiculaire, si son cerveau se développa. M. de Larochefoucault Liancourt parle de cette transmutation, dans son Voyage aux États-Unis, tome V, pages 124, 525 et 526 ; et Volney assure avoir vu, non le fait , mais un procès-verbal authentique de la transformation ; Tableau du climat et du sol des États-Unis , tome II , page 437. Voltaire était persuadé qu'à aucun âge les indigènes d'Amérique n'avaient de barbe ; et il fondait sa croyance sur des attestations juridiques d'hommes en place. Dictionnaire philosophique, au mot Barbe.
sur lequel se trouvent les autres espèces : elle occupe un million et demi de lieues carrées, depuis les îles de la terre de Feu jusqu'au fleuve Saint-Laurent et au détroit de Bering. Ainsi , on la trouve dans des contrées que leur éloignement de Féquateur rend presque glaciales ; dans les montagnes les plus élevées et par conséquent les plus froides, comme dans les vallées les plus profondes, exposées au soleil le plus ardent. Si le teint, qui est un des caractères distinctifs des espèces, était un effet du froid ou de la chaleur du climat, on trouverait en Amérique des peuplades de toutes les nuances , depuis le blanc le plus éblouissant jusqu'au noir le plus foncé. Mais les faits sont ici peu d'accord avec un tel système : les variations de couleur qu'on observe parmi les peuplades américaines , n'ont aucun rapport avec la température dans laquelle ces peuplades se trouvent. Sous toutes les latitudes et à tous les degrés d'élévation , elles portent la couleur qui distingue leur espèce, celle du cuivre plus ou moins foncée, depuis le rouge jusqu'au brun (4).
Les habitans delà terre de Feu, exposés, pendant tout le cours de Tannée , au froid le plus rigoureux , et les Patagons, qui sont leurs plus proches voisins, sont d'une couleur cuivrée ou
(1) Ulloa, Discours philosophiques, tom. II, D. 17, pag. 3, 4 et 5. — Alexandre de Humboldt , Voyage aux régions équinoxiales, liv, ni , ch. ïx , tome III , pag. 277 et 278.