LIVRE III , CHAPITRE VI
présente le moins de variétés. Répandus dans toutes les parties du grand Océan, ils occupent depuis la Nouvelle-Zélande jusqu'aux îles Sandwich, une étendue de soixante degrés de latitude ou de douze cents lieues, et, depuis l'île de Pâques jusqu'aux Nouvelles-Hébrides, une étendue de quatre-vingt-trois degrés de longitude ou de seize cent soixante lieues de l'est à l'ouest; c'est de toutes les espèces celle qui est répandue sur la surface la plus étendue. Toutes les peuplades qui appartiennent à cette espèce, ont à peu près le même teint, parlent des dialectes de la même langue, et, à quelques exceptions près, cultivent les mêmes végétaux, élèvent les mêmes animaux, pratiquent les mêmes arts, observent la même religion; il n'existe de différences entre elles que celles qui sont le produit d'un peu plus ou d'un peu moins de civilisation.
La couleur qui distingue cette espèce, varie depuis une légère teinte tannée, comme celle des Espagnols, jusqu'au brun foncé approchant du noir. Les habitans de la Nouvelle-Zélande n'ont pas tous le même teint ; quelques-uns sont jaunâtres ou olive; d'autres sont d'une couleur trèsfoncée, sans être cependant aussi noirs que les indigènes de l'île de Van-Diemen (A). Les habitans de l'île de Pâques ont le tèint basané, mais moins foncé que ceux de la Nouvelle-Hollande.
(i) Anderson, troisième voyage de Cook, liv. i , ch. vin, tome I, p. 3io,et 32i. — Dentrecasteaux , Voyage à la recherche de La Pérouse.
quoique beaucoup plus rapprochés de l'équateur (4). Le teint des habitans des îles des Amis varie selon que les individus s'exposent plus ou moins à l'action du soleil. Chez le plus grand nombre, le teint est plus foncé que le cuivre brun ; plusieurs ont le teint jaunâtre, et quelques femmes approchent de la couleur des Européens (2). Ceux de ces peuples dont le teint est
(1) Cook, deuxième Voyage, tome III, ch. in, p. 140. — Rollin, Voyage de La Pérouse, tom. IV, p. 19 et 20.
(2) Cook, troisième Voyage, Hv. 11, chap. x, tome III, pag. 90.
Labillardière dît que les femmes qui se tiennent constamment à l'abri du soleil, ont le teint tres-blanc.{ Voyage à la recherche de La Pérouse, tome II, ch. xn, p. 117.) Mais son témoignage se trouve en opposition avec celui des nombreux voyageurs qui ont visité ces lies. Les îles Sandwich, placées à la même distance de l'équateur que les îles des Amis, sont soumises à la même influence. Les habitans des unes et des autres, appartenant à la même espèce, doivent par conséquent être d'une couleur égale, lorsqu'ils se trouvent dans les mêmes rangs. J'ai vu, en Angleterre, le chef de la première de ces îles, ainsi que sa femme et les personnes de leur suite ; et, loin de trouver leur teint très-blanc, je l'ai trouvé olivâtre, ou d'un brun très-foncé. On ne peut pas croire cependant que le soleiUles eût plus noircis que les femmes observées par Labillardière. Si, au lieu de comparer le teint des femmes des îles des Amis, au teint des hommes baSanés qui les environnaient, ou au teint des matelots de l'équipage, ce voyageur l'eût comparé au teint de la plupart des Européennes, il est douteux qu'il l'eût trouvé très- blanc. Cook dit qu'il vit chez ces peuples trois individus d'une blancheur parfaite; mais, ajoute-t-il, je présume que leur couleur est plutôt une maladie qu'un