LIVRE III, CHAPITRE VII
ce sont des peuples nombreux qui se composent de trois espèces ou variétés très-distinctes, de noirs, de basanés et de blancs. Les hommes des deux dernières espèces ont les traits aussi fins que les peuples d'Europe, quoique placés presque au-dessous de l'équateur (1).
Les peuples noirs qui habitent dans plusieurs îles du grand Océan, ne sont pas tous sous la même latitude; les traits des uns se rapprochent plus que les traits des autres des caractères qu'on croit plus particuliers à l'espèce éthiopienne ; mais ces traits ne sont pas plus prononcés chez ceux qui sont le plus près de l'équateur, que chez ceux qui en sont le plus éloignés ; on a vu , au contraire, que les habitans de l'ile Van-Diemen ont les cheveux laineux des noirs, tandis que ceux de la Nouvelle-Hollande, placés sous un climat plus chaud, ont les cheveux longs et lisses ; les habitans de la Nouvelle-Calédonie , quoique plus rapprochés de l'équateur que ceux de l'île de Van-Diemen d'environ vingt-un degrés, et paraissant par la couleur et la nature des cheveux appartenir à la même espèce, sont bien faits, forts et robustes ; ils ont, pour la plupart, les traits plus réguliers (â); tandis que ceux des Nouvelles-Hébrides, qui ne sont avancés que de deux degrés de plus que ceux de la Nouvelle- Calédonie, sont petits, ont les bras et les jambes
(1) Voy. Malte-Brun, Précis de la Géographie universelle , tome V, liv. xcm , p. 94 et 108.
(2) Cook, troisième Voyage , tome V, ch. 1, p. 1 et 2.
longs et grêles, le nez large et plat, les os des joues proéminens, le front très-court et quelquefois extrêmement comprimé, et ressemblent à des singes (/i); les liabitans des îles Salomon ont des traits moins irréguliers, quoique placés sous un climat plus ardent (â) ; enfin, les habitans de l'île de l'Amirauté diffèrent peu des Européens par la physionomie, quoique par la nature des cheveux et par la couleur du teint, ils appartiennent à l'espèce nègre (5).
Il résulte de ces faits que les peuples classés par des naturalistes sous la dénomination d'espèce éthiopienne se subdivisent en un très-grand nombre de variétés, qui diffèrent considérablement les unes des autres ; que si la couleur qui est commune à toutes , existe indépendamment du froid ou de la chaleur qu-'elles éprouvent, les autres traits qui les caractérisent, sont également indépendans du climat; que, par conséquent , l'histoire naturelle ne fournit aucune raison pour faire croire que. ces peuples ont une origine commune, je ne dis pas avec les espèces caucasienne, mongole, américaine ou malaie, mais même avec les tribus de nègres qui peuplent l'Afrique. Ces peuples, qui sont répandus sur le grand Océan, et qu'on trouve également noirs sous tous les degrés de latitude, ne diffèrent pas
(1) Forster, deuxième Voyage de Cook, tome IV, ch. m. p. 97. — Cook, deuxième Voyage, tome IV, ch. m, p. 128.
(2) Labillardière , tome II, ch. xiv, p. 275 et 276.
(3) Labillardière, tome I, ch. vu, p. 254-