LIVRE III, CHAPITRE VII. 2 o
sous la même latitude que les nègres des îles Salomon.
Aucune des espèces que nous avons observées ne dévie donc des traits qui les distinguent^ ni par des moyens artificiels ; tels que des peintures, des compressions , des mutilations, ni par le moyen du froid ou de la chaleur ; sous toutes les latitudes et à tous les degrés d'élévation , les individus transmettent à leurs descendans les caractères distinctifs de leur espèce particulière. Les sciences ne nous ont point appris, et probablement elles ne nous apprendront jamais si les principales races que nous connaissons y appar* tiennent à autant d'espèces primitives , ou si elles sont dérivées d'une espèce unique. Elles peuvent encore moins -nous apprendre si l'espèce unique que l'on supposerait avoir existé, était semblable à telle espèce plutôt qu'à telle autre ; si, par exemple , les Ethiopiens sont des Caucasiens dégénérés , ou si les Caucasiens sont des nègres qu'une bizarrerie de la nature a rendus blancs. Les naturalistes divisent en plusieurs espèces tous les autres genres d'animaux, et se mettènt peu en peine de nous apprendre si toutes les espèces qu'ils classent sous le même genre, sont ou non dérivées d'une seule. Ils trouvent dans les variations qu'ils observent parmi certains animaux domestiques, comme les chiens,
p. ao6. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, t. ï j eh. a, p. 97, i5i et 1 53.
les chats , les lapins et les ânes, des raisons de croire à l'unité du genre humain ; mais celui qui chercherait chez d'autres animaux , chez les singes, par exemple, des raisons de croire à la pluralité des espèces parmi les hommes , leur paraîtrait un mauvais raisonneur. Ceux même qui n'admettent pas que des questions d'histoire naturelle ou d'astronomie puissent être toujours bien résolues par des connaissances théologiques, ne peuvent se résoudre à ignorer ce que les sciences ne sauraient leur apprendre. Leur orgueil se révolte à la pensée que le genre humain a pu se composer d'autant d'espèces primitives qu'ils comptent de variétés ; et que leur espèce , unique dans l'univers , n'a pas donné naissance à toutes les autres.
En exposant les caractères physiques qui sont particuliers à chaque race , et en examinant si ces caractères ont été produits par des moyens artificiels ou par l'influence des climats, je ne me suis point proposé de rechercher s'il a existé plusieurs espèces primitives , ou s'il n'en a existé qu'une seule. Cette question, que je ne crois pas susceptible d'être résolue par les sciences naturelles, et qui par conséquent n'est point, à mes yeux, une question philosophique, est étrangère à l'objet que je me propose. Ce que je veux, c'est de rechercher si les hommes de toutes les races sont susceptibles de perfectionnement ; si les mêmes causes produisent sur toutes des effets semblables, ou si elles peuvent arriver aux mêmes