‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 60 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE VIII. Il · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII. Il

causes avant de s'être bien assuré de l'existence des résultats.

On ne saurait mettre raisonnablement en doute l'action exercée sur l'homme par les choses au milieu desquelles la nature l'a placé ; mais toutes les choses n'exercent pas sur lui la même influence j toutes n'opposent pas à son action sur elles une égale résistance. Il en est un grand nombr^ sur lesquelles il peut agir ; il en est d'autres sur lesquelles il n'a aucun moyen d'action , et qui exercent cependant sur eux une grande puissance . La plupart des peuples peuvent , par exemple , modifier le sol sur lequel ils sont placés ; mais aucun d'eux n'a le pouvoir de changer la nature de l'atmosphère ou le cours des saisons. La température de l'atmosphère , outre Faction qu'elle exerce directement sur l'homme, en exerce une très - puissante sur presque tous les produits du sol.

Des écrivains ont attribué une influence immense à l'action qu'exerce directement sur l'homme la température du climat ; ils ont pensé que cette influence se faisait remarquer dans ses organes physiques, dans le développement de son intelligence , dans la nature et la force de ses passions , enfin dans toute son existence ; d'autres ont, au contraire, prétendu que cette influence était nulle.

Montesquieu semble avoir fixé à cet égard l'opinion populaire ; son jugement n'a point entraîné celui de tous les hommes instruits; de

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grands écrivains, d'illustres sa vans n'y ont vu qu'une funeste erreur ; mais cette erreur n'a été détruite ni par les attaques d'Helvétius, ni par les plaisanteries de Voltaire , ni par les raisonnemens de Volney ; il est encore un grand nombre de personnes , même parmi les gens instruits, qui considèrent les institutions et les mœurs des peuples comme le produit du climat qu'ils habitent : cette opinion est devenue en quelque sorte jm préjugé populaire.

L'opinion de Montesquieu sur les effets du froid et de la chaleur n'est pas née, comme on pourrait le croire, de l'examen approfondi des faits; c'est un système qu'il a trouvé dans le voyage de Chardin, qui lui-même l'avait emprunté à d'autres et à l'appui duquel il a rapporté quelques faits, sans beaucoup se mettre en peine si ces faits étaient des conséquences du principe qu'il leur attribuait , ou même s'ils n'étaient pas en opposition avec une multitude de faits contraires. L'identité entre les systèmes des deux écrivains est si frappante, même dans les détails, qu'il suffit de les placer l'un à côté de l'autre pour être convaincu que le philosophe n'a rien ajouté au voyageur (i).

(i) Si nous faisions l'histoire de la plupart des fausses opinions qui gouvernent les hommes, nous trouverions qu'elles sont nées presque toutes, non-seulement avant que les faits qui auraient dû en étr<>, la base eussent été observés , mais avant même qu'il eût été possible, de les connaître. C'est ainsi que l'opinion sur l'influence des climats émise d'abord par Hip-

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