‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 65 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII

ché à des fibres grossières 1 et un penchant irrésistible à l'ivrognerie (i).

Un climat ou un pays tempéré donne à l'homme de l'inconstance dans ses manières , dans ses vices et dans ses vertus , et plus de sensibilité pour les plaisirs et pour les peines.

Un climat chaud prive l'homme de force , lui abat l'esprit, le prive de courage, d'imagination, de sentiment généreux , le porte à la contemplation, à la paresse et à l'orgueil, le rend méfiant, soupçonneux, rusé, faux, vindicatif, lui donne une sensibilité excessive aux plaisirs et aux peines, le porte à l'amour et à la jalousie , lerendstationnaire dans sa religion , dans ses mœurs et dans ses lois; enfin, ce climat lui fait une nécessité de l'esclavage.

Si ce système est vrai , tous les peuples placés sous une certaine latitude , sont condamnés par la nature elle-même à vivre éternellement dans le vice, le crime, l'ignorance et la misère. C'est en vain qu'on tenterait de porter chez eux la lumière : une puissance à laquelle ils ne sauraient se soustraire , les rend incapables de mieux voir ou de mieux se conduire. Les peuples situés dans les climats tempérés d'Europe, d'Amérique et d'Asie, sont condamnés par la même puis-

( i ) Gibbon, à l'exemple de Montesquieu, considère comme un effet du climat la haute stature attribuée par Tacite à quelques peuples germains : The Bistory ofthe décline and fall qf the roman empire . vol. I , ch. ix, p. 348.

sa<ce à changer éternellement de mœurs, de lois et d'opinions ; à passer alternativement du vice à la vertu, de la vertu au vice, des lumières à l'ignorance, de l'ignorance aux lumières, du despotisme à la liberté , de la liberté au despotisme. Les peuples placés sous un climat froid, sont les seuls auxquels la nature soit décidément favorable. §

La première difficulté qui se présente lorsqu'on veut vérifier par l'application l'exactitude de ce système, est de savoir quelles sont les limites des trois climats qui produisent des effets si différens. Pour des peuples qui vivent entre les tropiques , dans les lieux peu élevés au-dessus du niveau de la mer, l'Italie, l'Espagne et le Portugal sont des pays tempérés , si même ce ne sont pas des pays froids ; mais , pour les Russes , ce sont des pays chauds. Les habitans des îles Salomon , de Quito , de Sumatra , pourraient s'imaginer, en lisant Y Esprit des Lois , que les Italiens , les Espagnols et les Portugais ont un grand corps et peu de vivacité ; mais les Russes, en faisant la même lecture , doivent croire que ces mêmes peuples n'ont ni courage , ni imagination , ni génie , et qu'ils sont aussi immuables dans leurs manières que les abeilles et les castors. Les mots froid et chaleur, appliqués à la sensation que produit sur nous l'atmosphère , sont des mots relatifs, dont la valeur n'est déterminée que par nos liabitudes. La température qu'un habitant de la Syrie trouverait glaciale .

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