LIVRE III, CHAPITRE IX
les plus grands , sans approcher des habitans des îles des Navigateurs (4 ).
Ainsi , les hommes qui, dans le grand Océan, sont placés le plus près de l'équateur, sont les plus grands, les mieux constitués , les plus vigoureux , en un mot les plus beaux ; et à mesure qu'on avance vers Fun ou l'autre pôle, on trouve que les hommes dégénèrent. Il n'est pas possible de suivre la gradation sur l'Océan comme sur le continent américain; les îles innombrables •dont une partie de ces mers est couverte, sont presque toutes placées entre les tropiques. Pour continuer nos observations, il faut franchir, du côté du sud , un intervalle de près de treize degrés , et un intervalle de près de quarante degrés du côté du nord. De ce côté-ci, il faut passer des îles Sandwich aux îles Aleu tiennes dans la mer du Kamtchatka ; et de celui-là, des îles* de Pâques à la Nouvelle-Zélande, et à l'extrémité du sud de la Nouvelle-Hollande. Si la différence d'un climat à l'autre est grande, celle qui existe entre les populations ne l'est pas moins ; dans l'échelle des proportions des forces humaines, il y a presque aussi loin des indigènes du port Jackson , ou de la terre de Yan-Diemen , aux
(i) Cook, premier Voyage, liv. n, ch. x, tome III, p. 3i i et 3i3. — Dans un combat à la manière anglaise, engagé entre un matelot de Cook et un indigène, le premier a eu l'avantage ; mais cet avantage peut être attribué autant à l'adresse qu'à la force. — Cook, deuxième Voyage, tome I, ch. vin, p. 4^4 et 4^5.
indigènes des îles des Navigateurs, qu'il y a loin, dans l'échelle des distances , de l'équateur à l'extrémité australe de la Nouvelle-Hollande. Il faut observer cependant que les hommes de cette dernière contrée appartiennent à une espèce différente.
Les indigènes de la terre de Van-Diemen , placés entre le quarante-unième et le quarantetroisième degré de latitude australe , sont d'une taille moyenne qui varie entre cinq pieds deux pouces et cinq pieds quatre pouces. Ils ont ,* comme les habitans de la terre de Feu, les épaules et la poitrine larges; mais, comme eux, ils ont les extrémités grêles et faibles, le ventre gros, saillant* et comme ballonné. Ils ont les bras et les jambes si grêles, qu'ils s'étonnaient de voir ceux des hommes de l'équipage français. La 'faiblesse de leurs membres correspond à leur mauvaise constitution; lorsqu'ils ont voulu lutter contre des matelots ou des officiers de la marine française, ils ont été facilement renversés (1). Ils ont les poignets aussi faibles que les reins ; dans les expériences qui ont été faites sur eux au moyen du dynamomètre , les mieux constitués ont été de beaucoup inférieurs aux Français
(i) Cook, troisième Voyage, liv. ch. vi, tomèl, p. 198, a34 et 236. — Dentrecasteaux, Voyage à la recherche de la Pcrouse, tome I, ch. 11, p. 240. — Péron, Voyage de découvertes aux terres australes , tome I , liv. m, ch. xm, p. 280 et 281,