‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 8 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE I/. l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I/. l

bienveillantes pour les objets utiles à son espèce, et qui ne sent ou ne manifeste de FaversiGn que pour les objets funestes , n'a pour ennemis que les individus malfaisans, tandis qu'il a pour appuis tous ceux dont il est connu. Les passions bienveillantes, que nous pouvons nommer aussi sociales, produisent une multitude de jouissances, non-seulement'pour ceux qui les éprouvent, mais aussi pour tous ceux qui en sont l'objet. Les passions malveillantes ou anti-sociales, au contraire, sont pénibles pour ceux qui en sont possédés, comme pour ceux qui en sont les victimes ; et il y a ici réaction de peines , comme là réaction de plaisirs. Les peuples répriment l'orgueil par la haine , la cruauté par la vengeance , la perfidie par la méfiance, la bassesse par le mépris , et tous les vices par l'abandon.

Le perfectionnement des facultés humaines n'influe pas seulement sur le bien-être des individus , il influe aussi sur le nombre de la population. Un homme doué d'une bonne organisation physique, d'une intelligence étendue, et de mœurs pures, élève plus facilement une famille que celui qui ne possède pas les mêmes avantages, si toutes les choses sont égales d'ailleurs. La différence à cet égard est si grande , qu'il est impossible de s'en former une idée sans avoir comparé ensemble un nombre considérable de faits dont on trouvera plus loin l'exposition.

Il résulte de ce qui précède, que l'individu que nous désignons sous le nom d'homme, ne peut

pas être considéré comme un être tellement déterminé qu'on ne puisse en restreindre ou en étendre l'existence sans l'anéantir. Dans la science des nombres.* une quantité change de dénomination , par l'addition ou par la soustraction qu'on lui fait subir. Il n'en est pas de même de l'homme: son existence s'étend ou se restreint , sans qu'on suppose que l'identité de l'individu a été détruite; il suffit qu'on le désigne toujours par le même mot5 pour qu'on s'imagine qu'il est toujours exactement le même. C'est une illusion que j'ai déjà fait observer et que je dois reproduire ici , parce qu'elle a entraîné de grands philosophes et des écrivains célèbres dans les plus graves erreurs (i).

Ce qui constitue telle personne , ce ne sont pas seulement ses organes physiques, ce sont en outre ses facultés intellectuelles et ses facultés morales; ce sont ses idées , ses sentimens, ses affections; c'est, en un mot, toute son existence, telle que la nature, l'habitude ou l'éducation l'ont modifiée. Si, par l'exercice ou par les alimens dont il se nourrit, un homme ajoute quelque chose à ses organes matériels, on ne doute pas que ce qu'il y a ajouté ne fasse partie de luimême. S'il donne à quelqu'un de ses organes une qualité particulière, s'il en accroît la finesse, la souplesse, la force ou la dextérité, on ne doute pas davantage que cette qualité ne soit une partie

({) Voyez le tome I, liv. xi, ch. i , p. 278 et suiv.

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