LIVRE III, CHAPITRE II. if
de lui-même, comme l'élasticité donnée à telle pièce de métal fait partie de tel ressort. Si, par l'étude , il accroît le nombre de ses idées , s'il donne de la force ou de l'étendue à ses affections, pourquoi ces affections ou ces idées ne seraient-elles pas aussi bien une partie de luimême qu'aucune de ses facultés physiques ? N'estil pas évident que tout ce qui accroît en nous la puissance de sentir , de penser , d'agir , donne de l'étendue à notre existence, puisque nous n'existons que par nos sensations , nos pensées , nos actions ?
Ainsi , depuis l'instant où l'homme commence à se former, jusqu'à celui où il commence à décliner , son existence peut se développer d'une manière graduelle dans chacune des parties dont elle se compose; elle peut se développer dans les organes physiques, dans les facultés intellectuelles et dans les facultés morales. Le développement de chacune de ses facultés accroît la capacité qu'il a de sentir , c'est-à-dire la capacité qu'il a d'éprouver des plaisirs ou des peines. On a vu précédemment comment chacun des développemens qu'il reçoit , est suivi d'un avantage ; or, un homme ne peut avoir la capacité d'éprouver une jouissance , sans être par cela même capable d'éprouver une douleur correspondante. Le même sentiment qui nous fait prendre part aux plaisirs des personnes qui nous sont chères, nous fait prendre part à leurs peines.
Les diverses parties de l'homme peuvent s'é-
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teindre de la même manière et dans le mémo ordre qu'elles se développent. Quelquefois la destruction commence par les organes physiques ; d'autres fois ce sont les facultés intellectuelles et morales qui s'éteignent les premières ; d'autres fois aussi toutes les facultés s'éteignent en même temps et d'une manière graduelle. Comme il est impossible de déterminer d'une manière exacte l'instant précis où chacune des parties intérieures ou extérieures de l'homme s'éteint, on ne voit la mort que dans la cessation complète de toutes les fonctions vitales. Mais la vie n'est pas moins divisible que la matière ; elle peut cesser dans un grand nombre de parties de l'homme, avant que d'avoir cessé dans toutes. Un soldat reçoit une blessure grave ; il subit une amputation : voilà une partie de lui-même qui n'existe plus ; il a perdu sans retour un de ses organes physiques. A la suite de l'opération une fièvre violente se déclare ; ses facultés intellectuelles s'altèrent ; les idées qu'il avait disparaissent de son esprit ; il devient incapable d'en former de nouvelles : voilà une autre partie de l'individu qui a cessé d'exister , ou qui est frappée de mort. L'extinction de ses facultés intellectuelles ne lui laisse aucun souvenir de ses parens, de ses amis, de sa patrie ^ ni même de ses ennemis; ses sentimens d'affection ou de haine s'éteignent à leur tour : c'est encore une partie de l'homme qui meurt, avant qu'il cesse d'être tout entier. Chaque partie de l'individu, en un