CHAPITRE XI
Des causes générales du développement physique de l'homme.
Il résulte des faits rapportés dans les deux derniers chapitres; que les hommes les plus rapprochés des pôles, ou placés sur les montagnes les plus élevées et les plus froides, sont en général les moins nombreux, les plus faibles, les plus mal constitués; que les hommes d'une taille, moyenne habitent généralement les pays tempérés ; et que c'est entre les tropiques, sur les terres les plus fertiles, dans l'atmosphère la plus pure, qu'on trouve les hommes les plus vigoureux et les plus grands.
On rencontre, il est vrai, quelques populations faibles dans des pays chauds ou tempérés ; mais à aucune des extrémités du globe ou sur des montagnes très-élevées, on ne trouve des hommes grands et forts, à moins qu'ils n'aient le moyen de se soustraire aux rigueurs du climat , et de se procurer les alimens ou les vêtemens que leur pays ne peut fourni* .
Il ne faudrait pas conclure de ces faits que l'action directe de la chaleur sur l'homme suffît
pour développer ses organes physiques et pour lui donner une grande force, et qu'un certain degré de froid est un obstacle invicible à son développement ; ce serait un système un peu moins éloigné de la vérité que le système contraire, mais il ne vaudrait cependant pas beaucoup plus.
Le climat, en restreignant ce mot au sens naturel qu'il a, en le prenant pour le degré de latitude, n'indique pas le degré de froid ou de chaleur qui existe dans un pays déterminé. On peut trouver, dans toutes les parties du monde, le froid de la Sibérie ; il ne s'agit pour cela que de parvenir à un certain degré d'élévation. En partant du pied des Alpes et en s'élevant jusqu'au sommet, on passe successivement dans toutes les températures. En Amérique, quand on part du pied des montagnes et qu'on s'élève jusqu'à une certaine hauteur, on passe de la zone torride*à une zone glaciale, sous le même degré de latitude. Les productions du sol changent à mesure qu'on s'élève : sous la même latitude, on rencontre les plantes qui ne croissent que dans les pays brûlans, et celles qui, dans nos climats, ne croissent que sur le sommet des Alpes (i).
L'élévation çlu sol n'est pas la seule circon-
(i) « Nulle part, dit M. Alexandre de Humboldt, on ne reconnaît mieux l'ordre admirable avec lequel les différentes tribus de végétaux se suivent comme $ar couches , les unes au-dessus des autres, qu'en montant depuis le port de la Vera-Cruz vers le plateau de Perote. C'est là qu'à chaque pas