‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 89 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XI. If · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XI. If

repos, celui où la végétation est dans un travail continuel.

Quel est donc celui de ces trois pays le plus favorable au développement du genre humain ? Il est évident que l'homme ne saurait vivre dans les pays que nous avons appelés froids, si dans la belle saison il ne formait point de provisions pour l'hiver, et si, lorsque les grands froids arrivent, il n'avait aucun moyen artificiel de se procurer delà chaleur. Les Kamtchadales, ayant que les Russes leur eussent appris à se former de moins mauvaises habitations, passaient l'hiver sous terre et y vivaient de poisson desséché. Ils ne se conservaient pas au moyen de l'intempérie de leur climat, mais en parvenant à s'y soustraire; ils se' formaient sous terre, s'il est permis de s'exprimer ainsi, un climat tempéré. Si les provisions qu'ils avaient faites au moyen de la pêche étaient insuffisantes, ils y suppléaient en tendant des pièges à des animaux; mais les animaux eux-mêmes ne pouvaient être communs , puisqu'ils manquaient de moyens de subsistance.

Dans les pays tempérés où les peuples n'ont fait presque aucun progrès dans la civilisation , comme étaient plusieurs contrées de l'Amérique il n'y a pas fort long-temps, le nombre de la population est toujours réduit à ce que le pays peut nourrir pendant l'hiver; mais ici les subsistances sont moins rares et de meilleure qualité que dans les pays qui n'ont que trois mois de

végétation. L'homme, sans doute, ne peut pas se nourrir des végétaux qui commencent à pousser dès le printemps et qui se conservent pendant l'hiver, même sous la neige ; mais d'autres animaux s'en nourrissent, et il se nourrit lui-même d'animaux. La saison étant moins rigoureuse, il est moins obligé de se tenir enfermé ; il peut se livrer pius aisément à la chasse et à la pêche; les lacs et les rivières sont moins long-temps gelés , et la glace est plus facile à rompre. Enfin , pendant la belle saison, la terre peut lui fournir pendant plus long- temps une plus grande quantité de végétaux. Cela nous explique comment , en partant de l'extrémité septentrionale de l'Amérique, et en s'avançant vers l'équateur jusqu'à la Louisiane, on trouve des hommes qui sont toujours plus nombreux et mieux constitués. \ •

Un pays chaud où la végétation est toujours en activité, offre à la population toutes les ressources de la chasse et de la pêche, et ces ressources sont les mêmes presque pendant tout le cours de l'année. Il offre, de plus, des productions végétales qui se renouvellent sans cesse, et qui fournissent soit à l'homme, soit aux animaux dont il se nourrit, des alimens, sinon abondans, répartis au moins d'une manière moins inégale pendant les diverses saisons. La prévoyance qui consiste à distribuer pendant tout le cours de l'année les produits de quelques mois, est ici moins nécessaire à l'homme : la nature elle-même s'est

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