LIVRE III, CHAPITRE XII. j8l
et des Romains, les inventions étales productions des peuples les plus anciennement civilisés de l'Afrique et de l'Asie ; que, depuis une époque qu'il est impossible d'assigner, et qui remonte de beaucoup au-delà de trois mille ans, ils possédaient le fer et savaient le travailler ; qu'ils avaient de plus que les Américains , une multitude d'animaux domestiques, tels que le cheval, le bœuf et d'autres ; qu'ils possédaient les grains sur lesauels se fonde la subsistance d'une grande partie du genre humain , tandis que les Américains ne possédaient que le maïs; si , dis-je, l'on fait attention à toutes ces circonstances et aux progrès que les Européens ont faits depuis trois siècles , on jugera que le climat de la zone torride n'avait pas été moins favorable au développement des facultés intellectuelles de l'espèce américaine , que le climat du nord ne l'avait été au développement intellectuel de la population russe , plongée alors dans une complète barbarie, et inconnue des nations les plus éclairées de la terre.
Mais nous ne devons pas oublier que ce sont des peuples de même espèce , placés sous différentes zones, qu'il s'agit de comparer, et non des peuples qui appartiennent à des espèces différentes. Quelle était donc la civilisation des habitans du Mexique, de la Nouvelle-Grenade, du Pérou et des rives du Mississipi, au moment où ils furent conquis par les Espagnols ? La destruction de la partie éclairée de ces deux peuples fut
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si complète, qu'il est impossible de«sa voir aujourd'hui , d'une manière exacte , en quoi consistaient leurs connaissances. Les descendans des hommes qui échappèrent à la destruction , ne savent pas, même par tradition, quels furent les arts, le gouvernement, la religion de leurs ancêtres. Ils sont, à cet égard, suivant M. de Humboldt , aussi ignorans que le seraient, dans trois siècles y les arrière-petits-neveux de nos laboureurs les plus pauvres et les moins instruits, s'ils étaient réduits en servitude, et si quelque grande catastrophe avait fait disparaître toute la partie éclairée de la population , et anéanti tous les ouvrages qui renferment le dépôt de nos connaissances (4). Il ne reste donc , pour connaître le développement intellectuel auquel étaient parvenus les Américains , que les monumens qu'ils ont laissés ; et les témoignages de leurs conquérans , témoignages dont il faut toujours se méfier.
A l'époque de la conquête ou pour mieux dire de la destruction des peuples du Mexique et du Pérou , ces peuples étaient déjà fort avancés dans les arts et dans quelques sciences. Ils possédaient des villes considérables , des grandes routes , des aquéducs; ils avaient des connaissances en arithmétique et même en astronomie. Ils possédaient
(i) Alexandre de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales , liv. n, ch. v, tome IT , p. 377 et 378. et tome III ,. liv. ni, ch. ix, p. 259 et 260.