‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 95 sur 276 · LIVRE III y CHAPITRE XII. l · texte numérisé non relu

LIVRE III y CHAPITRE XII. l

l'Amérique équinoxiale, la Terre-Ferme et les rives de l'Orénoque , sont aujourd'hui dans un état presque entièrement sauvage. Quelques-uns, comme les Maqui tains et les Makos , ont des demeures fixes, se livrent à l'agriculture , vivent des fruits qu'ils cultivent , ont de l'intelligence et des mœurs douces ; mais c'est le plus petit nombre (1).

Les Guaranis, qui habitent à l'embouchure de l'Orénoque et qui appartiennent à une nation jadis nombreuse , n'ont jamais pu être asservis par les Espagnols. Ils ont trouvé un refuge sur les arbres placés à l'embouchure du fleuve, dans des îles qui sont complètement inondées pendant les six mois que dure la saison des pluies, et qui, pendant les autres six mois, sont couvertes par la marée deux fois par jour (â). Pour y former leurs habitations , ils tendent des nattes d'un tronc à l'autre à une grande élévation ; ils en couvrent une partie avec de la glaise , afin de pouvoir y allumer le feu qu'exigent les soins du ménage; et là , ils établissent leurs familles, au milieu d'un nuage d'insectes qui les a garantis des soldats et des missionnaires espagnols (5), Les Guaranis ,

(1) DeHumboldt, Tableaux de la nature, 1. 1, p. 62.

(a) Depons, Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme, tome I, ch. iv, p. 309 et 3n.

(3) « La diversité et la multitude d'insectes dont il se forme un nuage qui couvre ces îles, les rendent inhabitables pour quiconque n'y a pas vu le jour. Cette incommodité en a éloigné jusqu'ici l'es missionnaires. » Depons, t. I, p. 3io et 3n.

dit M. de Humboldt, doivent leur indépendance physique, et peut-être aussi leur indépendance morale , au sol mouvant et tourbeux qu'ils foulent d'un pied léger y et à leur séjour sur les arbres ; république aérienne où l'enthousiasme religieux ne conduira jamais un stylite américain (i).

Ce peuple n'a pas d'autre industrie que la pêche , la fabrication des hamacs et des instrumens qui lui sont nécessaires pour prendre le poisson. Il fréquente les villages espagnols qui sont au nord et au sud de l'Orénoque, où il va échanger une partie des produits de son industrie contre d'autres produits dont il a besoin. Ayant du poisson en abondance, pouvant échanger ce qu'il ne consomme pas contre d'autres denrées, et étant à l'abri de l'oppression, il est un des peuples les plus gais de ce continent, et ne trouble point l'ordre chez ses voisins qui se disent civilisés. Cette population est de beaucoup au-dessus de celle qui , en Chine , vit sur les fleuves et sur les rivières ; elle est même au-dessus des Indiens de la même race que les Espagnols ont réduits en villages ; puisqu'elle n'a pas moins d'intelligence, qu'elle a des mœurs plus pures , et qu'elle est mieux pourvue des choses nécessaires à la vie.

La nation des Guaranis , une des plus répandues dans l'Amérique méridionale au temps de la conquête, était divisée en une multitude de

( 1 ) Tableaux de la nature, tome I, p. 3 9 et ko.

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