LIVRE III, CHAPITRE XII
peuplades. L'occupation principale de chacune d'elles était l'agriculture : elles cultivaient le maïs , des haricots , des citrouilles , des mani ou mandubi (eocachides), des patates et des mandiocas (manioc ou camanioc). Lorsque la récolte était faite , elles la déposaient dans un grenier commun; c'était là le fond de leur subsistance. Les peuplades qui étaient situées près des rivières et des fleuves se livraient à la pêche , d'autres à la chasse ; mais elles ne donnaient à l'une ou à l'autre de ces occupations que le temps dont elles pouvaient disposer après* avoir cultivé leurs ternes (4).
D'autres peuples des rives de l'Orénoque avaient à peu près le même genre de vie. « Au lever du soleil , dit Depons, tous les Indiens otomaques capables de travailler se rendaient chez leurs capitaines respectifs qui désignaient ceux d'entre eux qui devaient aller, ce jour-là , à la pêche ou rechercher des tortues , ou à la chasse du sanglier , selon la saison. Un certain nombre . était aussi destiné, dans le temps des semailles ou de la récolte, aux travaux des champs, dont les fruits se déposaient dans des greniers publics, pour être répartis par le chef. Jamais les mêmes Indiens n'allaient deux jours de suite aux travaux-^).»
(1) Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, tome II, ch. x et xi, p. 56, 67, 173 et 174.
(2) Depons , Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme, tome I, ch. iv, p. 295. — Cette communauté de biens
l88 TRAITÉ DE LÉGISLATION.
Les Garibes s'adonnaient également à l'agriculture. Lorsque des établissemens européens ont été formés dans leur pays, ils ont servi d'intermédiaires aux Hollandais et aux Espagnols pour faire le commerce. Ils cueillaient, sur l'indication des premiers, les baumes, les résines, les gommes , les huiles , les bois , qui pouvaient entrer dans le commerce. Ils recevaient en échange des marchandises européennes, et allaient les revendre dans les colonies espagnoles (i).
Un missionnaire s'étant avancé, dans le dernier siècle, sur le territoire des Indiens indépendans, jusque dans le pays de Moqui, traversé par le rio de Yaguesila, fut étonné d'y trouver une ville indienne avec deux grandes places, des maisons à plusieurs étages, et des rues bien alignées et parallèles les unes aux autres^).
11 existe, sans doute, entre les tropiques , des peuples qui sont encore très-bas dans l'échelle de la civilisation ; mais il est douteux si ces peuples #
qui annonce l'enfance de la civilisation , est cependant démentie par Robertson, dont le témoignage pourrait balancer au moins celui d'Azara et de Depons si la même communauté n'avait pas été également constatée chez les indiens du.Nord. Robertson's Hîstory of America, vol. IL, note 35, p. 396.
(1) Depons, Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme, tome III, ch. xi^ p. 3 18.
(2) De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, tome II, liv. m, ch. vin, p. 409.