III. — SPASMES DES VOIES GÉNITALES ET DES VOIES URINAIRES
SPERMATORRHÉE ET ASPERMATISME
Les spasmes des voies génitales et ceux des voies urinaires se traduisent par deux ordres de symptômes, suivant que la convulsion porte sur tes muscles des réservoirs ou sur ceux de leurs orifices. Dans le premier cas, les réservoirs se vident par suite de la contraction de leurs parois, d’où spermatorrhée et incontinence d’urines; dans le second, ces mêmes réservoirs ne pouvant se vider, du moins momentanément, à cause de l’obstacle apporté par le spasme des muscles constricteurs, il y a rétention du produit de sécrétion, aspermatisme et dysurie.
Spermatorrhée. — La spermatorrhée nerveuse ou spasmodique survient dans le jeune âge et d’ordinaire au moment de la puberté; c’est le cas d’un de mes malades, aujourd’hui âgé de vingt-sept ans, et qui est atteint de cette affection depuis l’âge de onze à douze ans. Elle débute le plus souvent par des pollutions nocturnes, sollicitées par des rêves érotiques, pollutions d’abord assez rares, mais qui ensuite augmentent de fréquence et finissent par se produire toutes les deux ou trois nuits, et même plusieurs fois chaque nuit; au bout d’un certain temps, surviennent des pollutions diurnes que provoquent le moindre attouchement ou même la simple vue d’objets pouvant éveiller des idées lascives. L’émission du sperme ayant lieu peu à peu, sans éréthisme nerveux, le malade n’a conscience d’aucune sensation voluptueuse, et c’est au réveil seulement qu’il s’aperçoit
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de l’accident qui l’a surpris pendant le sommeil. Fatigué, courbaturé, il éprouve de la pesanteur de tête, un certain état de vague et de trouble dans les idées, d’inaptitude aux travaux de l’esprit et du corps; puis son teint pâlit, ses yeux se cernent et perdent leur expression, il survient de ressoufllement, de la gêne de la respiration, et un certain degré de faiblesse et de petitesse du pouls. A ces symptômes s’ajoutent de l’anesthésie ou de l’hyperesthésie cutanée, partielle, mobile et passagère, de l’amblyopie, de la diplopie, des tintements et des sifflements d’oreilles, et fréquemment l’impuissance. Un de mes clients, homme robuste, herpétique, est atteint de pertes séminales depuis l’ûge de quinze ans; , marié à vingt-quatre ans, il n’a jamais eu d’enfants, et je sais par sa femme et par lui qu’il est absolument impuissant.
L’insomnie, la tristesse, les préoccupations de l’esprit sont des désordres fréquemment associés à la spermatorrhée. 11 en est quelquefois de même du vertige et d’un trouble de l’esprit récemment décrit sous le nom d'agoraphobie. Deux de mes malades, âgés, l’un de dixneuf ans, l’autre de vingt-deux ans, affectés de spermatorrhée, avaient une telle frayeur lorsqu’ils se trouvaient seuls dans la rue qu’ils étaient pris d’un tremblement général, de troubles vaso-moteurs se traduisant par de la pâleur ou de la rougeur de la face, le refroidissement des extrémités et des vertiges tels que, s’ils n’étaient soutenus, ils finissaient par tomber. Ces jeunes gens avaient fini par ne plus vouloir sortir ; l’un d’eux cependant consentait encore à quitter fappartement avec sa mère qui avait toute sa confiance, mais il ne se
TKAITÉ DE L’IIERDÉTISME.
serait pas décidé à sortir avec une autre personne. Un jour, me trouvant dans la rue avec lui, il refusa de marcher, prétendit qu’il était souffrant, que son cœur se rompait, qu’il allait mourir, qu’il fallait absolument qu’il s’arrêtât et reçût des soins. Ses mains étaient violettes et tremblantes, ses traits décomposés, il était véritablement effrayant.
L’affection qui nous occupe a son analogue chez la femme et chez la jeune fille, et si elle y est moins connue, c’est sans doute parce qu’elle est plus difficile à observer. Une jeune fille de dix-neuf ans pour laquelle nous étions consulté, il y a six ans, avait comme les jeunes gens dont nous venons de parler la peur de la rue, car elle osait à peine sortir avec sa mère, et elle n’avait pas plus tôt mis le pied dehors qu’elle était prise de vertiges, de tremblements, de rougeur ou de pâleur du visage, et d’une profonde altération des traits. Sous l’influence des bains froids, des douches, du séjour à la campagne et de l’emploi du bromure de potassium, cette situation s’améliora notablement. Plus tard, cette jeune personne, s’étant mariée, alla mieux, mais ne fut pas totalement guérie, et n’eut pas d’enfants.
La similitude des phénomènes que je viens de signaler avec ceux que j’avais observés chez quelques jeunes garçons, éveilla tout d’abord dans mon esprit l’idée que ma malade avait des habitudes d’onanisme, d’autant plus qu’elle portait sur la face de nombreux boutons d’acné. J’engageai la mère à surveiller sa fille, mais je fus tout d’abord mal vu d’avoir eu un pareil soupçon. Néanmoins, plus tard, cette mère me déclara que sa fille avait des pertes blanches qui se manifestaient à flots sur-
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tout dans la nuit, maculant le linge et laissant une tache d’un blanc grisâtre; elle m’avoua même qu’elle considérait ces pertes comme analogues aux pertes séminales de riioipme, à cause de leur abondance, de leur intermittence et du moment où elles se produisaient, un peu avant les époques menstruelles. En cela, je fus entièrement de son avis, étant d’ailleurs à peu près convaincu que le soupçon d’onanisme que j’avais eu n’était pas justifié*.
Aspermatisme. — Les spasmes des canaux éjaculateurs ou de leurs orifices sont des désordres jusqu’ici peu ou pas étudiés, mais que les deux observations suivantes me paraissent démontrer.
Un industriel âgé de trente ans me fut adressé il y a quelques années par un de mes anciens camarades, médecin en province. Il se plaignait de différents malaises, et le motif qui l’amenait, c’est que, jeune encore,' marié depuis une dizaine d’années, il se trouvait dans l’impossibilité absolue d’avoir des rapports complets avec sa femme qu’il aimait beaucoup et de laquelle il désirait avoir des enfants. Il me raconta que l’érection se produisait facilement chez lui, mais
1 . La pollution n’est pas un phénomène très rare chez les jeunes filles adultes et chez les veuves. Sous l'inhuencc de rêves voluptueux, tels que celui de l’embrassement de l’homme, il s’écoule de la partie antérieure du vagin un liquide que les anciens appelaient sperme féminin. La sensation voluptueuse acquiert son maximum d’intensité pendant cette éjaculation qui est suivie d’un état de faiblesse et de lassitude, comme s’il y avait eu une véritable cohabitation. Un réveil complet ou incomplet succède à ce rêve voluptueux; mais le matin et quelquefois toute la journée, la femme se sent plus ou moins fatiguée, mal à l’aise et sans appétit.
TRAITÉ DE I/llERPÉTlSME.
que jamais dans ce moment l’éjaculalion n’avait été possible. Au contraire, dans la nuit, il avait quelquefois des rêves suivis de pertes séminales et, comme il était père d’une petite fdle, il attribuait la fécondation de sa femme à ce qu’il s’était approché d’elle au moment d’une éjaculation spontanée. Dans ce cas, il ne pouvait être question d’une malformation des canaux éjaculateurs qui auraient déversé leur contenu dans la vessie, puisque le sperme pouvait s’échapper au dehors, excepté au moment du rapprochement sexuel. S’agissait-il d’un rétrécissement organique de ces mômes canaux? En aucune façon, puisqu’il y avait émission d’un sperme véritable pendant le rêve. Une seule hypothèse était donc admissible, c’est qu’il se produisait au moment de l’excitation génésique un spasme des canaux éjaculateurs venant s’opposer à l’émission du liquide séminal. Or, ce malade avait tous les attributs de l’herpétisme; il était migraineux, hémorrhoïdaire, triste, inquiet, et présentait en même temps une acné du visage. ,
Un autre malade, âgé de vingt-huit ans, grand, maigre et déjà chauve, étant venu me consulter pour un chancre syphilitique, m’apprit qu’il avait contracté cette affection lorsque pour la première fois il avait essayé de voir une femme, que jusqu’alors il s’était abstenu, parce qu’il savait que chez lui l’éjaculation était impossible, et que c’était là une circonstance très malheureuse, attendu qu’il désirait beaucoup se marier et avoir des enfants. Comme le précédent, il était sujet à des pertes séminales, et avait l’érection facile. En même temps que je le traitai pour son dvmcre, je le soumis à l’emploi du bromure de potassium, des bains froids, etc. Ce traitement resta
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sans résultat; néanmoins, deux ans plus tard, mon malade vint m'annoncer avec une joie réelle qu’il était parvenu à éjaculer à la suite d’une excitation artificielle, mais qu’il n’aVait pu réussir autrement. Ainsi, dans ce nouveau cas, rien ne vient légitimer l’existence d’une anomalie ou d’un rétrécissement des canaux éjaculateurs, et l’on est forcément conduit à admettre qu’il se produit, au moment de l’érection déterminée par l’excitation génésique, un spasme des voies spermatiques \
Spasme DE la vessie. — Le spasme de la vessie est l’effet ordinaire d’une excessive sensibilité de la membrane muqueuse de ce réservoir et d’une excitabilité réflexe e.xa- ^gérée. Il s’observe chez les jeunes gens nerveux, et se déclare vers l’âge de sept à huit ans, quelquefois plus tôt. Désigné sous le nom d' incontinence nocturne de l'urine, cet accident consiste dans l’émission involontaire du liquide urinaire; il se manifeste toutes les nuits et quelquefois à plusieurs reprises dans le courant de la même nuit, pendant plusieurs années, puis il disparaît le plus souvent à l’époque de la puberté ou un peu plus tard. Il se rencontre, chez les herpétiques dont l’excitabilité nerveuse est très prononcée, dès l’enfance; il est plus commun toutefois chez la femme hystérique et chez les épileptiques.
Un accident qui appartient d’une façon plus spéciale à l’herpétisme, bien qu’il soit également commun dans la goutte et la gravelle, c’est le spasme du col vésical.
1. Comparez : Hicquet. — Observât, d’aspermatisme {Bull, de l’Acad. de méd. de Belgique, 1861, sér. 2, t. IV, p. 482. — Schülz, De l’aspermatisme (Gaz. hebd. de méd. et de cliir., 1863, p. 93).
■*c TRAITÉ DE L’HERDÉTISME.
Généralement désigné sous le nom de cystite du col, ce spasme, dont nous avons déjà parlé plus haut (voy. Gystalgie) parce qu’il a pour point de départ un excès de sensibilité de la membrane muqueuse de l’orifice vésical, survient aux différents âges de la vie, et consiste dans des besoins fréquents d’uriner. Un rétrécissement spasmodique pouvant aller jusqu’à l’oblitération de l’orifice vésical se produit avec ou sans douleur au moment de la miction, et de là des modifications du jet de l’urine et quelquefois son interruption subite, circonstances qui peuvent faire croire à tort à un rétrécissement uréthral ou à un calcul vésical ; une sensation pénible ou douloureuse accompagne la fin de l’opération.
Vaginisme. — Le spasme de la vulve, affection commune dans l’hystérie, se rencontre aussi dans l’herpétisme. Je l’ai observé plusieurs fois dans le cours de cette maladie, chez de jeunes mariées, et même chez des femmes ejui avaient eu des enfants, tantôt en même temps que des érosions ou des fissures des lèvres, tantôt en l’absence de toute lésion appréciable. Mais qu’il y ait ou non des lésions, il importe de savoir que la condition du vaginisme est, avant tout, l’exagération de l’excitabilité réflexe du système nerveux, car autrement, la plupart des femmes, étant exposées aux déchirures de la muqueuse, auraient du vaginisme, ce qui n’a pas lieu. Ce spasme a pour caractères une sensibilité très vive de toute la circonférence ou d’un point seulement de l’oritice vulvaire et une contraction douloureuse qui survient lorsque cette partie se trouve
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excitée, surtout au momeiit de l’acte génital. La contraction est telle que le toucher est pénible et l’examen au spéculum difficile. Dans beaucoup de cas, les rapprochements sexuels sont absolument impossibles; aussi la stérilité est-ellequelquefois la conséquence du vaginisme. Cette affection néanmoins finit en général par s’améliorer, et d’ailleurs elle peut être passagère et laisser quelques intervalles pendant lesquels le coït complet parvient à s’effectuer sans trop de douleurs.
IV. — SPASMES ou AFFECTIONS SPASMODIQUES DES VOIES DIGESTIVES
Ces désordres ont pour siège ordinaire les parties ' animées par des muscles de la vie animale, et se rencontrent de préférence aux deux extrémités du tube digestif, quoiqu’ils affectent aussi l’estomac et l’intestin.
Œsopiiagisme. — Ce nom sert à désigner la contraction plus ou moins forte et durable de l’œsopbage ou du pharynx en l’absence de toute altération physique pouvant rétrécir ou oblitérer ces conduits.
L’invasion de cet accident est en général subite ou brusque ; les malades sentent le bol alimentaire arrêté par un obstacle qui, suivant son siège et son étendue, rend la déglutition difficile ou impossible. Ils éprouvent en même temps une vive douleur, une sensation de boule, et sont en proie à une anxiété parfois très vive, avec rougeur ou lividité du visage et profonde altération des traits. Ce spasme a une intensité variable : quelquefois les substances solides sont avalées avec peine, les liquides seuls parviennent à passer; d’autres fois, les
TRAITÉ [)E L’HERPÉTISME.
aliments parcourent toute la longueur de l’œsophage, mais une convulsion brusque les ramène jusque dans la bouche, ou bien ils sont arrêtés dans le pharynx et ne vont pas au delà. Ges différents symptômes peuvent mettre sur la voie du diagnostic, mais le cathétérisme de l’œsophage est le seul moyen de le rendre certain.
Les boissons chaudes et les boissons froides, les aliments solides sont les causes occasionnelles ordinaires de cet accident, manifestation commune de l’hystérie, mais qui parfois aussi se rencontre chez des personnes simplement herpétiques.
Spasme stomacal. — L’existence d’un spasme du pylore n’est pas chose parfaitement établie dans l’herpétisme; cependant il semble que la lenteur des digestions coexistant dans certains cas avec une dilatation passagère de l’estomac soit l’indice de la contraction du muscle pylorique. Quant aux vomissements nerveux ou spasmodiques si communs dans l’hystérie, ils sont rares chez les herpétiques ; quelques faits me permettent de croire qu’ils s’y rencontrent.
Spasme anal. — Le spasme du muscle constricteur de l’anus est une affection d’autant plus commune dans l’herpétisme que cette maladie est fréquemment accompagnée d’un flux hémorrhoïdaire, sinon d’une congestion anale. Subordonné dans quelques cas à l’existence d’une fissure ou d’une érosion des bords de l’anus, ce spasme est, dans d’autres cas, indépendant de toute érosion ou plaie périphérique. 11 se manifeste au moment de la défécation à laquelle il peut s’opposer, et est accompagné parfois de sensations pénibles diverses, surtout
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à la suite des garde-robes qui sont habituellement composées de matières dures et rouillées. J’ai vu plusieurs cas'de ce genre, et en ce moment même je soigne un malade tout à la fois migraineux, bémorrhoïdaire et hypochondriaque qui éprouvait autrefois des douleurs tellement vives au moment de la défécation, qu’un chirurgien dut rompre son sphincter. Aujourd’hui, bien qd’il n’ait plus de spasme, il est pris, peu de temps après ses garde robes, de sensation de cuisson, de picotements et de douleurs plus ou moins vives avec irradiation du côté du ventre, de la prostate et du col de la vessie. Ces crises douloureuses déterminent un anéantissement complet qui le met dans l’impossibilité de travailler et de s’occu- ' per de ses affaires ; mais de plus, elles sont parfois tellement vives qu’il lui semble sentir une déchirure et qu’il est convaincu d’avoir une plaie à l’anus, quand en réalité celle partie est simplement le siège de quelques bourgeons hémorrhoïdaires congestionnés.
§ 3. — Désordres vaso-moteurs.
Le tissu musculaire des vaisseaux n’est pas plus que celui des viscères à l’abri des affections spasmodiques ; lui aussi est exposé à des actions nerveuses directes ou réhexes qui jettent un trouble plus ou moins profond dans les circulations locales, et de là des lésions diverses : Hyperhémies, hémorrhagies, hydropisies et hypercrinies.