HYPERHÉMIES
Isolée OU associée à riiémorrhagie, l’hyperhémie est dans riierpétisme un accident commun, subordonné à un désordre de l’innervalion, et tantôt lié à une névralgie, exemple- la congestion des paupières dans la prosopalgie, tantôt indépendant de toute espèce de douleur, mais intermittent à la manière de la plupart des fonctions qui se rattachent au système nerveux, la menstruation particulièrement.
Un type de l’hyperhémie herpétique est la fluxion hémorrhoïdairc tellement commune parmi nos malades qu’elle existe dans près de la moitié des cas. Cette fluxion anale est passagère, plus ou moins douloureuse et, pour ainsi dire, toujours accompagnée d’un sentiment de prurit, de cuisson et de chaleur. Semblables fluxions affectent quelquefois les fosses nasales, la membrane muqueuse du pharynx, celle des bronches, et la peau ellemême; de là des hyperhémies nasales, pharyngiennes, bronchiques, pulmonaires, etc. Un homme de cinquante ans, autrefois migraineux et aujourd’hui infirme par suite de l’altération de la plupart de ses articulations (arthri tes sèches), accusait des liémorrhoïdes fluenles, et se plaignait d’éprouver en outre à la nuque des poussées congestives désagréables par les sensations diverses dont elles -étaient accompagnées. Chaque mois en effet, apparaissait à la région postérieure et supérieure du cou, un peu au-dessous de la racine, des cheveux, une large plaque rouge, avec élévation de la température locale, saillante, prurigineuse et gênante au point que ce malade
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demandait à en être débarrassé. Cette plaque s’effaçait au bout de quelques jours, et revenait ensuite à la façon des fluxions hémorrhoïdaires. Les bronches et les poumons sont exposés sans aucun doute à des désordres semblables.
La connaissance de l’iiyperhémie en question a une grande importance si l’on considère que la plupart des hémorrhagies commencent par des phénomènes congestifs; aussi je regrette de ne pouvoir m’appesantir davantage sur ce sujet. Plus loin, j’aurai l’occasion de parler d’un autre genre d’hyperhémie, également très commun dans riierpétisme, et qui dépend non plus d’un trouble de l’innervation vaso-motrice, mais d’une lésion matérielle des parois des artères.
Les hémorrhoïdaires sont, comme on sait, exposés à des douleurs de tête et h des troubles digestifs passagers se produisant tantôt en même temps que la fluxion anale, tantôt dans son intervalle. Ces désordres, qui se rencontrent encore chez quelques femmes nerveuses au moment ou dans l’intervalle des époques menstruelles, ne sont, sans doute, que l’effet d’une congestion sanguine vers la tête et l’estomac.
IL — HÉMORRHAGIES.
Les hémorrhagies qui se rapportent à l’herpétisme sont moins fréquentes que les hyperhémies; mais comme elles échappent plus difficilement à l’observation, il en résulte qu’elles passent sans peine pour être communes. Les membranes muqueuses sont leur siège habituel; celles des parties supérieures, fosses nasales, pharynx et bronches, dans le jeune âge; celles des parties in-
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fcrieures, voies inlesLinalcs et urinaires, dans la vieillesse.
Epistaxis. — Vers l’age de quinze à dix-huit ans l’herpélique, comme le goutteux, est fréquemment atteint d’épistaxis plus ou moins abondantes qui se renouvellent tous les mois, ou seulement aux changements de saison, et sont précédées ou accompagnées de pesanteur de tête, de douleurs, de picotements et de cuisson dans les fosses nasales. Ces épistaxis laissent à leur suite un soulagement manifeste; mais, si elles se répètent trop souvent, elles occasionnent un certain degré d’anémie qui peut se continuer pendant longtemps et n’être pas toujours sans gravité. C’est à cette même époque, d’ailleurs, que se montre la chlorose, affection commune dans l’herpétisme, et sans doute influencée par les désordres nerveux propres à celte maladie. L’épistaxis se produit encore vers l’age de cinquante ans; c’est ainsi qu’il y a peu de jours, j’ai eu à combattre une affection de ce genre qui s’est montrée à des intervalles irréguliers pendant plus d’un mois.
Hémoptysie. — A partir de dix-huit ou vingt ans surviennent quelquefois des hémoptysies dont la répétition ne manque pas d’effrayer les familles et le médecin, qui, souvent à tort, redoutent une maladie de poitrine.
L’auscultation et la percussion, en nous renseignant sur l’état des poumons, permettent d’arriver au diagnostic de ces hémorrhagies vaso-motrices ou essentielles des auteurs, qui, soigneusement étudiées, présentelaient sans aucun doute des caractères différents des
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hémoptysies de la tuberculose pulmonaire. Ce même accident se rencontre encore, mais rarement, chez des personnes âgées. Un homme de quarante-huit ans est venu me consulter un jour pour une hémoptysie abondante survenue tout à coup dans une nuit à la suite d’un repas copieux. Trouvant les poumons sains, je rassurai ce malade, qui était très effrayé, et comme je reconnus qu’il était migraineux, hémorrhoïdaire, je n’hésitai pas à diagnostiquer une hémorrhagie névropathique. Depuis lors, cette hémorrhagie ne s’est jamais reproduite; les poumons sont absolument normaux.
IIÉ.AIATÉMÈSE ET ENTÉRORRiiAGiE. — L’hématémèse est sans doute quelquefois aussi l’effet d’un trouble vaso-moteur lié à l’herpétisme, mais jusqu’ici aucun fait certain ne peut l’établir. L’hémorrhagie intestinale, celle du rectum principalement, est un accident dont l’origine névropathique ou herpétique ne peut être mise en doute. Un de mes internes vint un jour me demander conseil pour son père,âgédequarante-huitans, etqui depuis environ deux ans avait chaque mois une entérorrhagie qui lui faisait craindre un cancer de l’intestin. L’absence de tout signe physique et surtout la bonne mine du malade ne tardèrent pas à me rassurer; et comme d’ailleurs cette hémorrhagie était intermittente, comme elle revenait par accès dans l’intervalle desquels la santé restait parfaite à part un léger degré d’hypochondrie, et enfin comme elle se trouvait toujours accompagnée, sinon précédée, de malaise, de pesanteur et de douleur, je pensai qu’il s’agissait d’une hémorrhagie névropathique, liée à l’herpétisme. Le malade, sec et nerveux, avait eu antérieurement des érup-
TlîAITÉ DK L’IIERDÉTISME.
lions prurigineuses et des douleurs arliculaires : il fut soumis à la mcdicai.ion bromiirée dont il se trouva très bien; depuis cinq ans, il n’a plus perdu de sang et jouit d’une santé parfaite.
Hémorrhagie anale. — Les hémorrhagies de l’anus sont, comme celles qui précèdent, soumises à l’influence du système nerveux. Connues dans l’espèce sous le nom d’hémorrhoïdes fluentes, elles existent chez les deux tiers environ des herpétiques, surviennent vers la fin de la période d’accroissement, et constituent un accident qui peut devenir sérieux s’il n’est bien dirigé, mais qui dans le cas contraire est sans doute plus utile que dangereux.
Cet accident a été observé dans tous les temps : les anciens le connaissaient, car Hippocrate a écrit un livre particulier sur les hémorrhoïdes, et celles-ci occupent dans la médecine indienne une place considérable sous le nom d’arsas. Le médecin de Cos faisait provenir le flux sanguin des veines et reconnaissait que ces vaisseaux étaient le siège des tumeurs hémorrboïdales, dont il décrivit plusieurs formes, entre autres la forme murale; il regardait tout à la fois comme cause et comme produit de celte fiuxion l’atrabile, humeur imaginaire à laquelle Galien fit jouer plus tard un rôle capital. Celle théorie, qui impliquait l’idée d’une évacuation sanguine salutaire, fut reprise par les médecins du moyen âge, et à partir de Stahl l’expression de veine dorée, vena aurea, fut employée pour désigner les hémorrhoïdes. Aétius décrivit des hémorrhoïdes ouvertes et des hémorrhoïdes fermées. Avicenne admit sous d’autres noms la même division , hémorrhoïdes sanguines et non sanguines ,
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sèches ou fluenles. Ces deux divisions ont survécu; on en a ajouté une troisième, celle des hémorrhoïdes séreuses. Les hémorrhoïdes sèches consistent en simples Iluxions avec ou sans extravasion sanguine dans les tissus; les hémorrhoïdes Iluentes se révèlent par des hémorrhagies plus ou moins abondantes, ce sont les plus communes, et enfin les hémorrhoïdes séreuses, beaucoup plus rares, se traduisent par un flux séro-muqueux.
Telles sont les dilîérentes manières d’être de l’alTection hémorrhoïdale. Plus commune chez l’homme que chez la femme, cette affection est considérée par tous les auteurs comme essentiellement héréditaire; mais l’hérédité en somme ne porte que sur la prédisposition morbide, c’està-dire sur l’état névropathique spécial qui tient sous sa dépendance, avec les hémorrhoïdes, toutes les autres manifestations de l’herpélisme; aussi l’alTection hémorrhoïdaire est-elle amenée par tout ce qui trouble le système nerveux: boissons stimulantes, e.xcès vénériens, grossesse, etc.
Les caractères généraux de cette affection sont la douleur, l’intermittence et un malaise précurseur. De môme que la menstruation et la plupart des flux et des hémorrhagies d’origine nerveuse, les hémorrhoïdes sont habituellement précédées de désordres divers : fatigue, courbature, pesanteur anale, douleur de ventre, irritabilité du caractère; après quoi survient à l’anus un sentiment de tension douloureuse, de cuisson et de prurit, qui persiste pendant un certain temps et disparaît après avoir été suivi d’une exsudation sanguine plus ou moins abondante, d’un simple flux, ou sans avoir amené aucun écoulement.
L’intermittence et, dans certains cas, une sorte de pé-
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rioclicilé, jointes à l’influence critique exercée par la perle de sang sur quelques états morbides dont elle amène la détente, ont fait naître l’idée d’un rapprochement entre le flux liémorrlioïdal et la menstruation. Ainsi les disciples de Stahl considéraient ce flux comme étant par nature salutaire et môme nécessaire; ils y voyaient une disposition que le médecin doit surveiller et entretenir, une voie de guérison ouverte par la nature sage et prévoyante : c’était une exagération.
Le flux hémorrhoïdal est l’effet d’une manière d’être spéciale du système nerveux en vertu de laquelle il se produit du côté de l’anus, et quelquefois ailleurs, des désordres vaso-moteurs qui n’ont absolument rien de nécessaire, et si, chez l’hémorrhoïdaire, il existe fréquemment de l’eczéma, de l’asthme, des arthrites et bien d’autres accidents, c’est parce que le système nerveux est simultanément ou successivement troublé sur plusieurs points, mais non parce que le flux anal a cessé tout à coup. Ce flux étant la conséquence d’un désordre nerveux, il peut disparaître saris qu’il y ait lieu de craindre qu’il ne se reproduise ailleurs et qu’il ne se manifeste sur un autre point, et la preuve, c’est qu’avec des hémorrhoïdes fluentes il existe parfois des poussées congestives dans d’autres régions, comme dans le cas d’un malade, dont il a été parlé plus haut, chez lequel il survenait de temps à autre une forte tuméfaction à la région postérieure du cou.
La fluxion anale n’a pas moins de grandes analogies avec l’hyperhémie utérine qui précède l’écoulement menstruel, car dans les deux cas il existe des sensations de pesanteur, des douleurs irradiant dans les directions les
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plus diverses, et un malaise général qui se continue jusqu’à l’apparition du flux sanguin. Tous ces phénomènes, connus depuis Stahl sous le nom de molimen hémorrhagique, sont comme les actes préparatoires 'de l’hémorrliagie , et celle-ci est en quelque sorte leur solution régulière et naturelle; néanmoins, si elle vient à manquer, il n’y a pas lieu de craindre, comme les Stahliens, toute sorte de troubles graves du cerveau, de la poitrine ou de l’abdomen, pas plus qu’il n’y a à redouter ces désordres en l’absence de la menstruation. Le mécanisme suivant lequel s’opère le flux hémorrhoïdal est du reste comparable à celui qui détermine le flux menstruel : l’issue des globules sanguins a lieu par ' diapédèse dans les deux cas; mais comme les veines anales sont souvent dilatées et amincies, elles se rompent parfois, et il s’ajoute à la diapédèse une hémorrhagie par rupture.
La membrane muqueuse de l’anus se trouve, dans ces conditions, mal nourrie, et beaucoup d’hémorrhoïdaires étant habituellement constipés, on comprend que cette membrane, irritée par le passage des matières fécales, soit fréquemment dépouillée de son épiderme, atteinte de fissures, et une cause de gêne et de douleurs insupportables, surtout chez des personnes le plus souvent hypochondriaques. Ces différents phénomènes, je les observe en ce moment même chez un olficier de cavalerie des plus distingués qui, pour ce seul fait, est presque décidé à abandonner la carrière militaire. Signalons, au nombre des complications, les fistules à 1 anus et les hémorrhagies suivies d’une anémie grave et parfois mortelle; toutefois ces accidents
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peuvent être évités avec certaines précautions. Disons enfin que les héinorrhoïdes sont des affections dignes de toute l’attention du médecin tant au point de vue des indications thérapeutiques que du diagnostic, et qu’elles constituent un signe des plus importants pour la détermination des maladies chroniques.
Métrorriiagie. — L’histoire des hémorrhagies utérines est un sujet délicat à traiter, en raison surtout de la fréquence de ces accidents et des nombreuses causes qui leur donnent naissance. Mais si difficile que soit ce sujet, nous osons aborder ici la question des métrorrhagies liées à l’herpétisme, notre travail n’eût-il d’autre résultat, que d’attirer sur elles l'altenlion des observateurs, que nous croirions être arrivé à un résultat utile.
D’après nos recherches, les hémorrhagies herpétiques de l’utérus sont des désordres assez communs qui se présenteraient tantôt sous la forme de ménorrhagie, tantôt sous celle de métrorrhagie. Les ménorrhagies qui précèdent ordinairement les métrorrhagies sont caractérisées par un flux menstruel beaucoup plus abondant qu’à l’état normal, elles ont une durée de huit à dix jours, avec de l’accablement, du malaise et de la fatigue.
Les métrorrhagies surviennent habituellement quelques jours après la cessation de la menstruation; elles consistent en un écoulement peu abondant et sous forme de taches sales et noirâtres , se continuant durant plusieurs jours ou même pendant la plus grande partie du temps qui sépare deux époques menstruelles. Cet écoulement est accompagné d’une céphalée plus ou moins vive, de douleurs de reins, d’un grand anéan-
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tissement et quelquefois de névralgies lombo-abdominales. Plusieurs malades observées par moi ont ainsi présenté, le plus souvent, à la suite de ménorrhagies, un écoulement sanguin presque conlinu, les inquiétant d’autant plus que leur tendance à l’hypochondrie était plus grande. Dans certains cas, une hémorrhagie un peu abondante ou un flux semi-sanguinolent survient périodiquement vers le onzième ou le douzième jour après la ces saliondes règles, et dure pendant douze ou vingt-quatre heures au plus, ce qui fait penser à quelques femmes qu’ellesont deux fois leurs règles chaque mois. L’utérus, toujours tuméfié avant la perle de sang, reprend peu à peu son état normal; mais souvent le malaise, les dou- Icurs et les fatigues qui précèdent et accompagnent ces hémorrhagies se continuent pendant un certain temps, de telle sorte que les femmes qui en sont atteintes éprouvent de grandes difficultés à rester debout et à marcher.
La physionomie de ces hémorrhagies, leur intermittence, les douleurs, la fatigue et le sentiment de malaise général qui les accompagnent sont autant de circonstances qui, jointes à l’absence de toute lésion organique révélée par le palper abdominal et le toucher rectal, conduiront à reconnaître une affection névropathique. L’absence de troubles hystériques et la présence des manifestations de l’herpétisme serviront à compléter le diagnostic.
Les hémorrhagies cutanées dont il nous resterait à parler seront traitées plus loin sous le nom de purpura.