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III. — ÉRUPTIONS VÉSICULEUSES

Ces éruplions sont caractérisées par la présence, à la surface de la peau ou des membranes muqueuses, de vésicules qui disparaissent sans laisser de cicatrices et qui en raison de leurs dimensions ont été classées sous les trois chefs que voici : eczéma, herpès, pemphigus.

Eczéma . — Le nom d’eczéma sert à désigner une éruption de vésicules petites, acuminées, agminées, développées sur une plus ou moins grande étendue de la surface de la peau, rouge et enflammée. Cette éruption se rencontre dans les différents points du tégument externe, de préférence à la partie antérieure ou interne des membres où la peau présente une grande finesse, et dans les régions qui sont le siège d’une transpiration abondante, comme les régions des mamelles, des oreilles, de l’anus, du scrotum, etc.

Qu’il soit ou non précédé de malaise, d’inappétence ou même d’un mouvement fébrile, l’eczéma débute par un sentiment de chaleur, de cuisson, et par desdémangeaisons, bientôt suivies de rougeur pointillée de la peau et un peu plus tard de l’apparition de vésicules agminées si petites qu’elles peuvent passer inaperçues {eczéma ruhrum). Ces vésicules, remplies d’une sérosité limpide, ont une durée très courte de trente-six à quarante-huit heures, après quoi les unes se flétrissent tandis que les autres se rompent, mettent à nu la surface du derme et donnent lieu au suintement d’un liquide clair et visqueux, alcalin, qui renferme quelques leucocytes et empèse le linge. Cette sécrétion, une fois établie, lient persister jusqu’à un mois et plus; elle se transforme.

NOSOGHAPHIE.

» forsqu’elle est abondante, en croûtes minces, humides,

; jaunâtres, qui se détachent bientôt et sont remplacées I par 'des taches rouges, disparaissant sans laisser de cica- I trices; mais lorsqu’elle est rare, elle produit des croûtes r minces, des squames et une sécheresse remarquable I. de la surface malade, circonscrite aux orifices naturels,

I elle se traduit plus particulièrement par des fissures.

Un prurit d’ordinaire intense s’associe à celte affeci tion qui, plus pénible la nuit que le jour, est une cause I d’insomnie; il diminue lorsque la sécrétion s’établit, l et cesse dans la dernière période du mois, c’est-à-dire î lorsque l’eczéma devient squameux; aussi sa recru- ( descence à ce moment est-elle le signe précurseur d’une I nouvelle poussée de vésicules.

' L’éruption eczémateuse passe par trois phases succesl sives , elle est tout d’abord vésiculeuse, puis sécrétante et I enfin squameuse; elle dure depuis un mois jusqu’à 1 plusieurs années et récidive fréquemment après des in- . tervalles de temps variables suivant les conditions atmoi sphériques et aussi suivant l’âge des individus. Cette affection se distingue dans l’herpétisme par un prurit intense,

' une circonscription habituelle et un état de sécheresse relative. Elle coexiste en général avec des bronchites, de l’asllime, de la dyspepsie, etc., qui sont autant de ma- I nifestations du même état général, et non des métastases d’une répercussion dartreuse.

L’eczéma, rare dans l’enfance, se montre de préférence vers l’âge de la puberté et surtout de vingt-cinq à quarante ans; chez les vieillards, il se voit à l’état de récidive, et se rencontre plus fréquemment chez la femme que chez l’homme.

TRAITÉ DÉ L’IIERPÉTISME.

Herpès. — Ce nom sert à diîsigner nne cruplion de vésicules réunies en plusieurs groupes à la surlace de la peau enllammée. CeLlc éruption se manifeste sur toutes les parties du corps, particulièrement sur les lèvres, les joues, leçon, le tronc, les membres, et se traduit tantôt par un ou quelques groupes de vésicules irrégulières disséminées (herpès phlycténoïde), tantôt par plusieurs groupes disposés sous la forme d’une bande plus ou moins large, d’une ceinture (herpès zoster ou zona).

L’herpès phlycténoïde est habituellement précédé d’un état de malaise général, avec diminution de l’appétit, léger mouvement fébrile, sentiment de cuisson et de démangeaison. Il se montre sous la forme de taches rouges circonscrites, réunies sur un ou plusieurs points, et qui donnent presque aussitôt naissance à des vésicules saillantes dures, du volume d’un grain de millet ou d’un pois. Chacune de ces vésicules est d’abord entourée d’une aréole rouge distincte, qui s’unit peu à peu aux aréoles des vésicules voisines, de sorte que toute la surface du groupe est bientôt uniformément rouge. Au bout de vingt-quatre heures, la sérosité claire et transparente qui remplit ces vésicules se trouble, devient opaque, blanchâtre, puis celles-ci se flétrissent, s’affaissent et sont remplacées vers le troisième jour par des croûtes minces, brunâtres ou jaunâtres, qui se détachent au septième ou huitième jour de l’éruption et laissent à leur place des macules rouges s’effaçant peu à peu ou de légères excoriations.

L’herpès zoster ou zona, ainsi nommé parce qu’il entoure le tronc ou les membres comme une demiceinture, se distingue par sa disposition subordonnée à

NOSOGRAPHIE

la distribution des cordons nerveux. Il est constitué par plusieurs groupes de vésicules isolés et disséminés le long de ces cordons, principalement au niveau des points d’émergence des nerfs intercostaux. L’herpès des membres offre une disposition semblable, car il forme sur le trajet des nerfs qui s’y distribuent, et surtout au niveau des filets terminaux des nerfs cutanés, des groupes de trois à six vésicules.

La durée d’un groupe de vésicules est de huit à dix jours, et comme ces groupes apparaissent successivement, il en résulte que la durée totale du zona varie entre deux et trois septénaires et même plus s’il existe une complication ulcéreuse ou gangréneuse des vésicules. Les phénomènes généraux cessent au moment de l’éruption, mais les douleurs névralgiques, le sentiment de cuisson et de brûlure persistent fréquemment au point même de troubler le sommeil et de produire l’insomnie. Les névralgies survenant à la suite du zona se continuent dans quelques cas, notamment chez les vieillards, pendant plusieurs mois ou même une année, et résistent à tous les traitements.

L’herpès zona, s’observe de préférence chez les personnes âgées, ou atteintes de névralgies. L’herpès phlyclénoïde survient à la suite d’une vive impression morale, d’un refroidissement, de la menstruation, d’un accouchement, etc. Il siège sur l’une des parties suivantes : les joues {herpes facialis) , les lèvres {herpes labialis), la voûte palatine, les parties génitales (herpes prœputialis), et consiste en un petit nombre de groupes de vésicules qui peuvent se renouveler fréquemment. Cette forme d’herpès, que les anciens considéraient

LANCEREAUX . 7

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comme un phénomène critique d’un heureux présage, ne paraît pas différer du zona proprement dit, et comme celui-ci, elle doit être attribuée à un désordre de l’innervation.

Les rapports qui existent entre le zona et certaines excitations nerveuses ne sont plus contestés. La distribution de cette affection sur le trajet des nerfs aussi bien à la face qu’au cou, au tronc et sur les membres, et la localisation des groupes de vésicules au niveau des émergences des branches nerveuses cutanées sont autant de circonstances qui ne permettent pas de douter de cette relation ; mais ce qui la prouve d’une façon encore plus manifeste , c’est l’apparition du zona à la suite d’une névralgie, d’une tumeur, de la contusion ou de l’inflammation d’un nerf.

L’herpès est par conséquent une éruption vésiculeuse subordonnée à une irritation nerveuse d’une nature quelconque, même mécanique ; aussi sa grande fréquence dans l’herpétisme s’explique-t-elle par l’excitabilité spéciale du système nerveux dans cette maladie; c’est, du reste, ce qui a lieu pour toutes les éruptions dont il a été question jusqu’ici.

Pempiiigus. — Expression rare de l’herpétisme, le pemphigus est une éruption qui consiste en des bulles arrondies, remplies d’un liquide citrin et transparent, qui se rompent et produisent des croûtes minces et foliacées.

Cette éruption, qui n’épargne aucune des régions cutanées, est précédée dedouleursvagues et de lassitude; elle se montre tout d’abord sous forme de taches ou de plaques érythémateuses d’un rouge foncé au niveau des-

NOSOGRAPHIE

quelles l’épiderme est soulevé par un liquide séreux, puis ces taches se couvrent de bulles qui augmentent de volume etacquièrentles dimensions d’un gros pois, d’une noisette ou d’une noix. La sérosité qui distend ces bulles empèse le linge; tout d’abord claire, transparente et alcaline, elle ne larde pas à se troubler, à s’épaissir, et à se transformer en croûtes jaunâtres ou brunâtres, minces et foliacées, se continuant avec l’épiderme circonvoisin. Ces croûtes tombent vers le septième jour et laissent à leur place une tache violacée qui disparaît lentement.

Le pemphigus évolue par poussées successives qui souvent finissent par envahir la plus grande partie du corps. Chacune de ces poussées est précédée et accompagnée de démangeaisons tellement vives qu’elles peuvent

empêcher le sommeil, d’autant plus qu’à ces sensations désagréables s’ajoute encore la douleur qui résulte de la dénudation des parties affectées.

Lorsque le pemphigus est partiel, l’appétit se conserve et les fonctions digestives continuent de s’accomplir régulièrement, au moins dans l’intervalle des poussées bulleuses. S’il est généralisé, le malade, obligé de garder le lit, s’épuise vite par la douleur, par l’exsudation excessive du derme, et quelquefois aussi par une diarrhée abondante, phénomène sérieux pouvant être suivi de mort.

Le pemphigus se rencontre chez l’adulte et chez le vieillard dans des circonstances diverses; il se montre aussi à la suite de l’accouchement , mais cet acte physiologique n’en est que la cause prédisposante. Une jeune femme sujette aux migraines, et qui avait eu plusieurs attaques d’éclampsie au sixième mois d’une première grossesse, put, grâce à un régime lacté exclusif,

arriver à terme el accoucher sans aucun accident; cinq à six jours après l’accoucliement apparurent sur les membres, et principalement au niveau des articulations, des plaquas rouges saillantes accompagnées d’un prurit intense, excessif, comme s’il s’agissait d’une urticaire. Ges taches ne tardèrent pas à se couvrir de vésicules et de bulles qui vinrent mettre hors de doute l’existence d’un pemphigus. Par suite de poussées successives, les cuisses, l’abdomen, le thorax et enfin la tête devinrent le siège de cette même éruption, que le traitement ne parvint guère à améliorer et qui dura près de trois mois. La mère de cette malade avait eu à plusieurs reprises des éruptions eczémateuses, son père était manifestement herpétique.

Acné. — Cette affection, qui a pour siège les glandes sébacées, est caractérisée par des élevures ou nodules rouges, coniques ou hémisphériques, du volume d’un grain de chènevis, solides ou remplis de matière sébacée et de pus. Elle résulte d’un trouble de la sécrétion glandulaire dont le produit, ne pouvant trouver une issue au dehors, agit comme un corps étranger, et détermine une irritation ou même la suppuration des tissus voisins.

Cette affection s’observe d’une façon presque exclusive au visage, dans le dos et sur la poitrine; elle commence par des élevures miliaires ou lenticulaires formées par des comédons, c’est-à-dire par l’accumulation, dans les follicules pilo-sébacés, de cellules épithéliales infiltrées, parsemées ou remplies de granulations graisseuses et par un ou plusieurs petits poils ordinairement séparés de leurs bulbes; c’est l’extrémité terminale de ces poils

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3 et le dépôt de poussières qui forment les grains noirs ? situés au niveau des orifices folliculaires. Une pression ^ pratiquée sur les follicules permet d’en faire sortir les

{comédons entourés de la gaine épithéliale de la glande sébacée. Le séjour trop prolongé de ces produits de ^ sécrétion détermine l’inllammation des tissus voisins, et I donne lieu à des boutons rouges peu élevés au-dessus du niveau de la peau et désignés sous les noms d'acné punclata^ rosea, etc., ou bien à des pustules reposant sur une base indurée rouge {acné pmtulosa), ou encore à des nodules de la grosseur d’un pois ou d’une fève, ayant l’apparence de protubérances solides {acné indumla).

Ces diverses formes sinon ces différents degrés de

l’acné se développent lentement, et comme il n’y a tout d’abord qu’un petit nombre de follicules qui s’enflamment suivant une évolution régulière, depuis l’acné jusqu’à l’acné indurala, il en résulte que l’on peut les observer simultanément chez un même malade.

Si nous laissons de côté les acnés artificielles et médicamenteuses et quelques autres qui ne peuvent nous arrêter, nous devons reconnaître que l’affection acnéique est commune chez les herpétiques, etqu’elle se manifeste au moment des grands changements physiologiques, la puberté et la ménopause, principalement lorsque le système nerveux se trouve surexcité U Ainsi s’explique sa fréquence chez les individus atteints de pollutions nocturnes, chez ceux qui s’adonnent à l’onanisme, et en-

I. Bien que l’acné soit 1res répandue en Orient, le docteur Riegler, qui a habité Constantinople pendant 12 ans, dit qu’il l’a très rarement observée chez les eunuques.

core chez certaines femmes atteintes de dysménorrhée.

Ces données permettent de se faire une idée de la pathogénie de l’acné, car elles portent à croire que cette affection, comme toutes les dermopathies de l’herpélisme, n’est que le résultat d’un désordre du système nerveux, d’un trouble trophique en vertu duquel l’épiderme se trouve sécrété en plus grande abondance au niveau du goulot pilo-sébacé. Nous allons voir des désordres du même genre se produire du côté des organes annexes de la peau.

Bibliographie. — Bazin, art. Acné, Dict. encyclop. des sciences méd. Paris, i864. — Y. Cornil, Note sur l’anat. path. de l’acné. {Journ. de l’anat. et de la physioL, mai 1879). — E. Vidal et II. Leloir, Recherches anat. sur l’acné (Comp. rend. hebd. des séances de la Soc. de biologie, 1882, sér. 7, 1. 111 p. 264).

§ 2. — Lésions des poils et des ongles.

Une attention sérieuse doit s’attacher à ces lésions tant à cause de leur fréquence dans l’herpétisme que de leur signification séméiologique et de leur mode pathogénique ; aussi croyons-nous devoir étudier chacune d’elles isolément.

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