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II. — LÉSIONS DES POILS

Ces lésions, malgré des divergences notables dans leur I période initiale, n’en ont pas moins un mode de termi-

' naison presque toujours identique, à savoir l’atrophie et

■ la chute des poils. Elles se montrent sur les parties les t plus velues : le cuir chevelu, les sourcils, la barbe, le ) pubis, sous la forme de plaques irrégulières, rougeâtres I ou à peine colorées qui se rapprochent peu à peu et finis- !' sent par se confondre. Situées de préférence à la base des I poils, ces plaques se couvrent bientôt de squames minces

et petites, faciles à détacher; elles sont le siège d’un prurit parfois intense, et d’élancements ou de picote- ' ments insupportables. Les poils , d’abord secs et i friables, entourés d’une gaine épidermique qui remonte I plus ou moins haut sur leur tige, s’atrophient, devien-

■ nent aigus, lanuleux, se décolorent, se cassent avec I facilité et tombent; puis ils repoussent pendant quelque

temps avec les mêmes caractères et finissent par dispaf raître définitivement. La chute des poils peut s’étendre à la plupart des régions du corps, comme chez un ma-

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TRAITÉ DE LTIERPÉTISME.

ladc‘ que j’avais cru d’abord atteint delèpre, parce qu’il avait fait ùn séjour de trois ansenCochinchine,etqui avait le corps entièrement glabre; le plus souvent, il est vrai, elle se limiteàune région, et notamment au cuir cbevelu.

La localisation de cette altération au cuir chevelu aboutit généralement à la calvitie; celle-ci se présente sous trois formes principales. La plus commune de ces formes est tout tà fait caractéristique et permet de reconnaître l’herpétisme à première vue. Elle occupe tout le sommet de la tête, depuis le front jusqu’au sinciput, et se trouve limitée par une couronne de cheveux qui s’arrête aux régions temporales , ce qui donne à la tête une physionomie à part que rend plus caractéristique encore l’état lisse et luisant du cuir chevelu.

Une forme beaucoup plus rare, et que j’ai eu l’occasion de rencontrer deux fois seulement, consiste en des taches rondes, sorte de tonsures plus ou moins larges, ayant une grande ressemblance avec les plaques de la teigne pelade, dont elles diffèrent par l’absence de spores microphy tiques (fig. 2).

La troisième forme est remarquable par la canitie prématurée des cheveux, à l’exception de ceux de la circonférence de la tête qui conservent leur coloration normale, tranchent sur les autres et constituent tout

1, Chez ce malade suivi par moi depuis quatre ans, les poils ont repoussé très gros d’abord aux membres, puis au pubis et enfin au tronc et à la tête. Les sourcils et la barbe ne se sont reproduits que très imparfaitement. Quant aux cheveux, après être repoussés, ils sont tombés de nouveau par places, ce qui a donné lieu à des tonsures plus ou moins régulières, à la surface desquelles émergeaient quelques cheveux blancs et atrophiés (fig.2) pouvant servir à différencier ces plaques de celles delà teigne pelade. Indépendamment de ce désordre, ce malade est atteint de lésions des ongles, d’arthrites déformantes et deplaques d’eczéma lichénoïde sur la région antérieure des deux jambes.

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1 autour de la tête une couronne d’une largeur d’environ I un à deux centimètres, semblable à celle de certains i religieux, les dominicains par exemple, f Si, à l’aide du microscope, on étudie ce qui se passe I dans ces conditions, on constate l’existence d’une série il de désordres nutritifs, à savoir : la multiplication des éléments normaux de la gaine du poil, une production ' excessive de cellules graisseuses , et une véritable ; séborrhée se traduisant par des pellicules ou des lai nielles qui s’accolent aux cheveux et au cuir chevelu.

Fig. 2. — Partie postérieure de la tète d’un homme atteint de lichen, ! hémorrlioïdes, arthrites déformantes, etc.' Indépendamment d’un grand [ nombre de cheveux qui sont tombés au niveau du synciput, il existe, I en arrière, une large tonsure qui s’est produite et a disparu sous nos yeux.

I puis une formation exagérée de cellules cornées qui,

1 remplissant la gaine en question, donnent lieu à des I amas susceptibles d’obstruer l’embouchure des glandes î sébacées, d’où les comédons, etc.

La gaine épitheliale étant distendue par les cellules cornées, la gaine radiculaire ne descend plus jusqu’au bulbe et se réfléchit sur le poil qui diminue de volume

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immédiatement au-dessous de l’embouchure des glandes sébacées. La racine du cheveu, comprimée et en quelque sorte soulevée, se montre sous la forme d’un pinceau divergent de cellules cornées; elle s’éloigne de sa papille qui est elle-même atrophiée, et ne s’y rattache que par un cordon épithélial rétréci. Maintenu pendant quelque temps par celte couche cornée, le cheveu parfois change seulement de couleur; mais le plus souvent il finit par tomber, ne laissant à sa place qu’un cordon de cellules épithéliales annexé aux glandes sébacées, et qui disparaît à son tour L Les muscles qui s’attachaient au poil prennent alors leur insertion sur les faisceaux larnineux du derme et ne servent plus qu’aux glandes sébacées. Celles-ci contrastent par leur volume avec l’atrophie de tout l’organe pileux; elles conservent leur structure normale, et leur sécrétion donne au cuir chevelu un aspect

luisant, comme si on avait répandu un vernis à sa surface.

Cette affection,décrite par quelques auteurs sous le nom de pityriasis capüis, est tenace, de longue durée, sujette à récidives, et ne guérit, d’ordinaire, qu’aux dépens d’une calvitie définitive. Elle commence dans la jeunesse, mais se manifeste surtout dans l’age. adulte , plus communément chez l’homme que chez la femme , sans doute parce qu’il expose davantage son cuir chevelu à l’action de l’air extérieur. 11 est reconnu, du reste, que les sueurs, les cosmétiques de mauvaise qualité, ont la propriété de provoquer cette lésion qui est essentiellement héréditaire, comme toutes les manifestations de l’herpétisme.

1. Cl). Remy, Sur l’état anatom. du cuir chevelu comparé à différents âges de la vie {Journal de l'anatomie et de la physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 1879, pl. iii et iv).

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La disposition particulière de la calvitie, l’intégrité à ■> peu près constante des cheveux formant couronne à la base de la tête, la nature de la modification du derme, ce sont là autant de circonstances qui facilitent le "■ diagnostic des lésions herpétiques du cuir chevelu et conduisent à l’idée que ces lésions sont sous la dépendance d’un désordre de l’innervation trophique, ainsi que le prouve d’ailleurs l’expérimentation (Voyez Thèse citée, p. 118). L’alopécie syphilitique, affection disséminée et généralisée du cuir chevelu, sans calvitie consécutive, ne peut être confondue avec le désordre qui nous occupe; néanmoins, celui-ci est une cause d’ennuis pour les herpétiques qui viennent à contracter la syphilis.

Dents. — Ces organes ne nous ont pas paru subir de modifications spéciales dans l’herpétisme, excepté toute- I fois chez les personnes qui ont des névralgies rebelles > de la cinquième paire. Les dents alors se carient au niveau du collet et tombent, ou bien s’usent, s’atrophient et disparaissent jusqu’à la racine.

§ 3. — Lésions des membranes muqueuses. Herpétides

énanthématiques.

Les membranes muqueuses sont, après la peau, les parties de l’organisme les plus exposées aux manifestations de l’herpétisme. Les lésions qu’on y observe ont pour siège spécial les voies respiratoires et digestives, qui sont en rapport avec le inonde extérieur, comme si leur développement était en partie subordonné à 1 action d’un agent venu du dehors, tandis que les membranes muqueuses des autres appareils conservent le plus souvent leur intégrité.

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Semblables en cela aux éruptions cutanées, ces lésions ont pour caractère de se limiter aux régions les plus superficielles des membranes muqueuses, de ne produire aucune destruction, et de n’être jamais suivies de cicatrice. Elles se traduisent par une rougeur plus ou moins vive de la membrane muqueuse qui est tantôt lisse et luisante, couverte d’un mucus épais englobant des cellules épidermiques ou de squames blanchâtres là où existe un épithélium pavimenteux (psoriasis lingual), tantôt inégale, dépolie, surmontée de petites élevures papillaires ou de vésicules qui ne tardent pas à se rompre, en laissant à leur place des érosions superficielles. Comme les berpétides cutanées, les éruptions des membranes muqueuses sont accompagnées de sensations diverses de picotements, de cuisson, de brûlure et de sécheresse, tellement pénibles dans certains cas que les malades s’en préoccupent vivement.

Ces sensations diverses viennent mettre le médecin sur la voie du diagnostic; mais celui-ci repose avant tout sur les caractères des troubles fonctionnels et des lésions matérielles propres aux manifestations muqueuses de l’herpétisme.

La marche de ces affections est lente et chronique, mais de temps à autre il s’y ajoute des poussées plus ou moins aiguës qui sont accompagnées de phénomènes fébriles et généralement confondues avec des désordres d’une autre nature. Leur pronostic, subordonné à l’importance de la fonction troublée, dépend aussi du siège de l’altération; c’est pourquoi nous allons passer successivement en revue les herpétides des voies respiratoires, celles des voies digestives et celles des voies urinaires.

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