‹ Traité de l’herpétismeChapitre 25 sur 46 · II. — LÉSIONS DES VOIES DIGESTIVES · texte numérisé non relu

II. — LÉSIONS DES VOIES DIGESTIVES

La membrane muqueuse des voies digestives, dont la structure et les fonctions varient avec chacun des organes qu’elle tapisse, est diversement influencée par l’herpétisme ; aussi étudierons-nous isolément les altérations de chacune des parties qui la composent.

Psoriasis lingual. — L’altération par laquelle l’herpétisme traduit ses effets sur la langue a reçu les noms j divers ûe psoriasis linguce, (ïichthyose de la Langue, de i lichénoïdelingual, etc. Cesdénominationsindiquent assez { que les auteurs ne sont d’accord ni sur les caractères ni | sur la nature de ces lésions. Cependant, à part les dé- ! sordres qui ont pour point de départ une irritation | locale, comme cela se voit chez les fumeurs et les souf- j fleurs de verre, la persistance de plaques muqueuses j syphilitiques, le plus grand nombre des lésions ainsi j dénommées relèvent de l’herpétisme. Ces lésions se montrent tantôt sous la forme de taches rouges ou rosées et privées d’épiderme (variété eczémateuse) , tantôt sous celle de plaques blanches opalines recouvertes de squames plus ou moins épaisses (variété psoriasique).

La variété eczémateuse, de beaucoup plus rare, sui vant nos observations, est caractérisée par la présence, à la surface et plus souvent sur les bords ou à la pointe de la langue, de taches rouges, excoriées ou recouvertes d’un

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épithélium aminci, nettement circonscrites par des bords festonnés et blanchâtres, constitués par turgescence et l’hypertrophie des cellules qui composent la couche muqueuse de Malpighi. Ces taches, qui résultent d’une altération des épithéliums consécutive à une dermite superticielle, ont depuis l’étendue d’une lentille jusqu’à celle d’une pièce de deux francs. Les papilles sont, à leur surface , quelquefois tuméfiées , saillantes et douloureuses, aussi tourmentent-elles beaucoup les malades.

Fig. 3. — Face dorsale de la langue parsemée de plaques blanchâtres produites par l’épaississement de l’épiderme ou psoriasis lingual.

qui ont déjà une grande tendance à l’hypochondrie; elles occasionnent d ailleurs des sensations désagréables de cuisson et de briilure, enlèvent l’appétit, le goût, et gênent les mouvements de la langue. Quoique très tenace, cette lésion guérit cependant , comme je l’ai vu , sous l’influence du chlorate de potasse pris à l’intérieur; et si elle récidive parfois, c’est pour céder plus tard. La variété psoriasique se manifeste par des taches

blancliAtres, opalines, Iranslucides, irrégulières, et disséminées tant à la surface que sur les bords de la langue. Ces taches, au fur et à mesure que l’épiderme s’épaissit, deviennent opaques et présentent des teintes variées : tantôt, d’un blanc argenté, elles rappellent le psoriasis des coudes et des genoux, tantôt, moins brillantes, elles ressemblent, comme coloration, à des bourgeons charnus sur lesquels on aurait passé un crayon de nitrate d’argent (fig. 3). De forme le plus souvent lenticulaire ou nummulaire, elles donnent lieu, lorsqu’elles viennent à se fusionner, à des plaques étendues et limitées par un rebord festonné, sorte de cartes géographiques qui s’étendent du V lingual à l’union du tiers antérieur de la langue avec son tiers moyen, ou même sur toute la face dorsale, tandis quelafaceinférieure reste presque toujours saine. Les doigts appliqués sur ces plaques éprouvent une sensation de râpe, et lorsqu’on vient à pincer la langue, on sent qu’elle est ferme et indurée, tant par suite de l’épaississement de l’épiderme, dontles squames sontplus épaisses au centre qu’à la périphérie des taches, qu’à cause de l’hypertrophie des papilles dont le volume est, à une certaine période au moins, manifestement augmenté. Dans quelques cas pourtant, la membrane muqueuse est mince, lisse et brillante, ou même semée de petits sillons au fond desquels le derme paraît ulcéré et saignant. Enfin , la face interne des lèvres et des joues présente parfois des taches blanches semblables à celles de la langue; mais le plus souvent, les taches qui ont ce siège sont l’effet de l’action d’un irritant local.

Le psoriasis lingual est tout à la fois une lésion de la couche épithéliale et du derme. La modification du revê-

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tement épithélial porte principalement sur la partie cornée dont les éléments multipliés forment des couches superposées qui donnent à la langue une teinte blanche argentée. Celle du chorion est produite par la présence de jeunes cellules de tissu conjonctif dans le voisinage des vaisseaux lymphatiques; ces cellules, venant à s’organiser, déterminent une véritable sclérose linguale. Il est rationnel de croire que cette sclérose, qui affecte la partie la plus superficielle du derme, est le phénomène initial et que l’épithélium est secondairement affecté.

! Mais il n’y a pas moins lieu de rapprocher cette lésion

I de celles du cuir chevelu, des ongles, de la gorge, etc.

D’ailleurs j’ai pu constater chez un de mes malades la réunion de ces différents désordres, à savoir : psoriasis lingual, acnée sébacée -du nez, calvitie, an- , gine granuleuse , lésions trophiques des ongles , mi- : graines, etc.

I Comprimées par l’épithélium, les papilles s’atrophient et disparaissent au bout d’un certain temps, de sorte que la langue, de rugueuse qu’elle était tout d’abord, devient lisse et brillante. Dans quelques cas, la multiplication des éléments de la couche épithéliale se continue et donne naissance à un véritable épithélioma; pour cette raison, le psoriasis lingual est redoutable.

Ce psoriasis, comme la plupart des désordres qui rentrent dans le domaine de l’herpétisme, est le point de départ de sensations diverses et d’une gêne pénible qui tourmentent les malades. Effectivement, ceux-ci se plaignent piesque constamment de cuisson, de brûlure, de douleui s diverses, qui, au moment des repas, peuvent devenii intenses, surtout lorsqu’il existe des érosions

OU des ulcères à la surface de la langue, cl qu’il est fait usage de boissonsou d’aliments irritants, en particulier de substances acides. La mastication par cela même estlentc, et les mouvements de la langue, en raison du trouble de la sensibilité, sont difficiles au point que certains malades en sont réduits à se nourrir de soupes et de purées. La parole est alors gênée, la sécrétion salivaire augmentée, et pourtant le sens du goût est en général peu modifié.

Le psoriasis lingual est plus fréquent chez l’homme que chez la femme, sans doute parce que, à côté de la prédisposition, il faut une cause occasionnelle pour lui donner naissance, et que l’homme fume, chique et boit plus que la femme. Par sa constitution anatomique, celte affection se rapproche des lésions du cuir chevelu et des ongles, dont il a été parlé plus haut, aussi doit-on croire qu’elle est, comme ces dernières, subordonnée à une influence nerveuse. Il serait intéressant de chercher à la produire expérimentalement soit par la section, soit par l’irritation des différents nerfs qui se rendent à la langue, et, par conséquent, de reprendre les expériences de Schiff ‘ qui, à la suite de la section des nerfs hypoglosse et lingual, avait constaté que la partie correspondante de la langue devenait sensiblement, plus rouge.

Le pharynx est fréquemment atteint dans l’herpélisme, mais la lésion dont il est le siège rentre dans le domaine des affections des voies respiratoires, nous en avons parlé plus haut et n’avons pas à y revenir. Quant à l’œsophage, il n’est le siège d’aucune lésion qui

1. SchilT, Influence des nerfs sur les vaisseaux de la langue {Arch. f. pliysiol. Jleilicunde, 1853, et Gaz. méd. de Paris, 1856, p. 366).

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ait pu jusqu’ici être attribuée à l’herpétisme, si on excepte les cas où la pharyngite granuleuse se propage à son extrémité supérieure.

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Dilatation stomacale. — Les troubles dynamiques et sécrétoires de l’estomac et de l’intestin, tels qu’embarras gastrique, diarrhée, etc., ont été étudiés plus haut; mais il nous reste à faire connaître des désordres qui, bien que purement fonctionnels à leur début, finissent par être accompagnés de lésions matérielles, je veux parler de la dyspepsie chronique et de l’affection décrite sous le nom d’entérite membraneuse.

Toutes les personnes atteintes d’herpétisme n’ont pas forcément des digestions mauvaises, mais le plus grand

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nombre, pour peu que leur système nerveux soit ébranlé par des émotions pénibles, des préoccupations d’esprit, une fatigue quelconque, sont affectées de troubles digestifs tantôt passagers comme la cause qui les a produits, tantôt prolongés, et même permanents. Connus et décrits sous le nom de dyspepsie, ees troubles se révèlent par des sensations de tension, de gêne et de pesanteur à l’épigastre, puis par de la somnolence, des bâillements, du malaise, de la douleur, de l’oppression et des éructations. Ces phénomènes se font sentir peu de temps après le repas, puis s’en éloignent peu à peu, et enfin il s’yjoint de l’insomnie, des crampes d’estomac, des borborygmes, plus rarement des nausées et des vomissements, La souffrance de l’estomac devient, à son tour, l’occasion de désordres réflexes nombreux, tels que palpitations, vertiges, ennui, tristesse, mauvaise humeur; elle est un obstacle sérieux pour le travail physique et intellectuel, et lorsqu’elle a duré pendant un certain temps, il devient difficile d’en débarrasser les malades à cause de la dilatation que subit presque fatalement l’estomac.

Sous le nom de dilatation de Vestomac, nous entendons, non pas la simple distension de cet organe produite par l’atonie des fibres musculaires et qui se montre dès les premières phases de la dyspepsie, mais l’élargissement permanent de cet organe par suite d’une modification plus ou moins manifeste de ses parois. L’estomac est non seulement augmenté de capacité, mais encore le plus souvent déplacé; il descend audessous de l’ombilic, et lorsqu’il est distendu, jusqu’à la symphyse pubienne. Sa forme diffère peu de celle de

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l’état normal; ses diamètres sont agrandis, et ses parois peu ou pas épaissies; sa surface interne est lisse, couverte de mucus, ardoisée ou décolorée. La membrane muqueuse est en général amincie, les glandes, légèrement saillantes, ont été peu étudiées dans ces conditions, mais tout porte à croire qu’elles sont altérées, et il y aurait à rechercher si elles ne subissent pas des modifications du genre de celles que l’on constate dans les glandes muqueuses- du pharynx, du larynx, etc.

Cette dilatation, dont le début est insidieux, ne fournit qu’un petit nombre de symptômes spéciaux. Ces symptômes sont fonctionnels ou physiques ; les symptômes , fonctionnels se distinguent par ce fait que la distension de l’estomac et les différents malaises qui l’accompagnent, au lieu de se produire peu de temps après le repas, comme dans la dyspepsie ordinaire, surviennent cinq ou six heures plus tard. Les personnes qui dînent à sept heures du soir, par exemple, éprouvent vers une ou deux heures du matin, et quelquefois plus tard, de l’oppression, des bâillements et un sentiment d’angoisse fort pénible qui les oblige à se remuer, à se tourner dans leur lit, ou même les met dans l’impossibilité de continuer leur sommeil.

L’estomac, qui souvent contient beaucoup de liquides et dans lequel se produisent des gaz en abondance, est le siège de contractions douloureuses qui donnent lieu à des borborygmes, à des éructations, et déterminent par moments un anéantissement considérable, avec décoloration des téguments, sueurs et môme lipothymies. Les vomissements sont rares, et lorsqu’ils existent, ils sont aqueux plutôt qu’alimentaires. Une douleur, parfois vive.

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esl. ressentie dans l’hypochondre gauche et dans la région de l’omoplate du même côté, ou encore entre les deux épaules. A ces désordres s’ajoutent des palpitations, des vertiges, de la tristesse, des préoccupations, de la lenteur dans les idées, une difficulté très grande au travail intellectuel, et enfin des phénomènes divers. Un homme de quarante-cinq ans, hypochondriaque et de plus atteint d’une angine granuleuse, souffrait depuis plusieurs années de son estomac lorsqu’il vint me trouver. Chaque jour, environ vers cinq heures du soir et vers deux ou trois heures du matin, cet homme éprouvait des sensations d’engourdissement, de fourmillements et de faiblesse dans les membres du côté gauche, ce qui l’effrayait beaucoup et lui faisait craindre une paralysie. Ces accidents, que l’on aurait attribués autrefois à des phénomènes congestifs de l’encéphale , me parurent provenir d’une ischémie passagère de l’hémisphère cérébral droit déterminée sans doute par un acte réflexe qui, de l’estomac, retentissait sur l’artère de Sylvius et ses branches. Effectivement, dans ces mêmes moments, mon malade ressentait dans la région stomacale des ondulations et des contractions douloureuses qui étaient ' suivies d’éructations; il accusait en outre des régurgitations de liquides acides et de parcelles alimentaires. Enfin, s’il venait à s’étendre sur le dos et à se secouer, il entendait un bruit de glouglou tout particulier qui lui faisait dire qu’il avait une amphore dans le ventre, et qu’il se passait chez lui des choses extraordinaires. Un autre malade entrait un jour dans mon cabinet avec les traits décomposés par la frayeur qu’il avait conçue en entendant des bruits semblables, et par les sensations

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douloureuses cjui étaient la conséquence de la dilatation de son estomac.

Les signes physiques qui s’ajoutent à ces troubles fonctionnels ont une grande importance, car c’est grâce à eux surtout qu’il est possible d’arriver cà un diagnostic certain. L’abdomen est ordinairement météorisé, et l’estomac distendu; ce dernier, lorsqu’on vient à le palper ou à l’exciter à travers la paroi abdominale, ne présente jamais, comme dans la dilatation secondaire, de mouvement appréciable de contraction. La percussion, d’un autre côté, est d’un grand secours, elle fournit des signes qui different suivant la plus ou moins grande ' quantité de liquide renfermé dans la cavité stomacale. Si le liquide est abondant, elle donne lieu à la production d’un bruit hydroaérique dans la région susombilicale de l’abdomen. Ce bruit se termine en bas suivant une courbe à concavité supérieure, au-dessous de laquelle existe un son mat ou presque mat, tenant à la présence du liquide accumulé dans les parties déclives de l’estomac. Quand, au contraire, le liquide gastrique est en petite quantité, le son hydroaérique existe dans une grande partie du ventre, et si le malade n’a pas de diarrhée, il est certain que l’étendue de ce bruit indique les dimensions de l’estomac. La succussion de l’abdomen est encore pour le médecin un moyen de se renseigner, car, dans le cas de dilatation stomacale avec accumulation de gaz et de liquides, elle est suivie d’un bruit de glouglou très manifeste. Une percussion un peu brusque sur un point de l’estomac peut encore produire un bruit assez semblable.

Ces différents signes mettent hors de doute la dilata-

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tion de l’estomac, et l’absence de contraction de cet organe à la suite de l’excitation des parois abdominales aidera à différencier celte dilatation simple de celle qui est la conséquence d’un obstacle mécanique à la circulation des matières alimentaires (dilatation symptomatique). Il sera nécessaire de tenir compte des antécédents du malade et des affections concomitantes, pour distinguer la dilatation se rattachant à l’herpétisme de toute autre dilatation simple, telle que celle qui survient dans l’hystérie ou dans d’autres maladies.

La gastro-ectasie qui nous occupe est une affection sérieuse tant par sa durée que par sa ténacité; si elle n’entraîne pas la mort, elle détermine parfois un amaigrissement considérable, et souvent elle met les malades dans l’impossibilité de tout travail physique ou intellectuel. Elle est difficile à combattre et exige tout d’abord un régime sévère, et dans certains cas, le lavage de l’estomac.

Entérite membraneuse. — L’affection ainsi désignée n’est pas à proprement parler une inflammation, mais plutôt un trouble de la sécrétion intestinale qui se distingue par une constipation opiniâtre, l’expulsion de parcelles membraniformes plus ou moins allongées ou irrégulières, formées de mucus, et de matières ovillées, avec accompagnement de douleurs abdominales ordinairement intenses et surtout pénibles et inquiétantes.

Celte affection, qui se rencontre spécialement chez des personnes nerveuses, hypochondriaques et sujettes aux migraines, aux épistaxis et aux hémorrhoïdes, est insidieuse dans son début, et. souvent n’est reconnue

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qu’à la suite de plusieurs erreurs de diagnostic. Elle commence par une constipation tenace, à laquelle s’ajoutent de temps à autre des coliques plus ou moins vives et le rejet de concrétions muqueuses de formes diverses. Les matières fécales sont ovillées, dures, sèches, diversement colorées, formées de masses isolées ou agglomérées les unes avec les autres, quelquefois recouvertes d’un mucus concrété. Expulsées à des époques irrégulières, et même en dehors des garde-robes , les concrétions muqueuses se présentent sous la forme de masses blanchâtres, épaisses, arrondies ou aplaties, ou bien sous celle d’une membrane réticulée, criblée de petits trous comme une dentelle facile à déchirer; elles revêtent enfin l’aspect de rubans plats, assez épais et peu allongés, dont les fragments rappellent les anneaux isolés du tænia, ou encore celui de tubes cylindroïdes complets, d’une étendue variable et d’un volume qui permet de croire qu’ils se sont moulés sur l’intestin. Des deux faces de ces concrétions, l’une, blanche et réticulée, correspond à la membrane muqueuse intestinale, l’autre, coloréeen jaune ou en brun, est lisse et en rapport avec les matières intestinales, De même que la forme, la quantité de ces produits . est très variable : insignifiante dans quelques cas, elle arrive d’autres fois à remplir un demi-verre ou un verre ordinaire. Chimiquement, ces concrétions sont formées d’une substance amorphe transparente qui n’est autre que la mucine; histologiquement, elles se présentent sous l’aspect de filaments entrecroisés, de différents calibres, ressemblant à des fibrilles de fibrine ou de tissu conjonctif, bien qu’ils en soient nettement distincts par leur inaltérabilité sous l’influence de l’acide acétique (mu-

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cine). Dans les mailles de ces filaments existent des leucocytes granuleux et des cellules épithéliales cylindriques, des cellules déformées ou globuleuses, provenant de la métamorphose muqueuse des éléments épithéliaux. La mort étant exceptionnelle en pareil cas, l’altération de la membrane muqueuse est mal connue; aussi l’opinion de Wannebroucq, suivant Laquelle la formation des produits membraniformes en question serait due à l’irritation du tissu interstitiel de la paroi intestinale, nous paraît-elle prématurée.

Le ventre est habituellement aplati, les digestions sont pénibles, troublées par des éructations gazeuses inodores. Les douleurs qui précèdent ou accompagnent la constipation et l’expulsion des concrétions muqueuses, sont des coliques violentes qui se font sentir au niveau de l’ombilic et dans les hypochondres, ou encore des faux besoins d’aller à la garde-robe, des épreintes qui souvent n’aboutissent à aucun résultat. Ces phénomènes douloureux sont suivis d’un certain degré d’épuisement nerveux, qui fatigue les malades, les anéantit, les conduit fatalement à l’hypochondrie et leur rend la vie insupportable. Dans ces conditions, le prolapsus de la muqueuse rectale et la fissure à l’anus sont des accidents relative-, ment communs pour lesquels les pauvres patients ne manquent guère de réclamer des opérations, et, fait digne

• de remarque, ces opérations sont presque toujours suivies d’une amélioration momentanée.

L’entérite, dite membraneuse, a une marche Jente et une durée ordinairement longue, c’est une affection

• tenace, rebelle à la plupart des moyens médicamenteux. -.Les purgatifs peuvent dans quelques cas apporter un

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soulagement momentané aux malades, mais Thydrothérapie et l’emploi du bromure de potassium sont les seuls moyens capables d’amener une amélioration véritable. Ces laits ne sont pas en faveur de l’opinion qui attribue l’entérite membraneuse à une lésion purement inflammatoire de l’intestin; mais d’ailleurs, ni le palper abdominal, ni l’examen anatomique ne révèlent l’existence d’une telle lésion. D’un autre côté, si on tient compte de la multiplicité des désordres que présentent les malades atteints de cette affection, de leur mobilité, de leur marche irrégulière ou intermittente, on arrive à la conclusion qu’ils dépendent d’un trouble dynamique de l’innervation nutritive ayant pour effet la constipation etla sécrétion d’un mucus rapidement concrescible. C’est donc avec raison que certains auteurs ont cherché à rattacher l’entérite membraneuse à l’herpétisme; nous sommes entièrement de leur avis, tout en faisant remarquer que des concrétions muqueuses peu différentes de celles qui nous occupent peuvent se rencontrer dans plusieurs autres circonstances et en particulier dans des inflammations superficielles primitives ou secondaires de la membrane muqueuse rectale.

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