III. — LÉSIONS DES VOIES URINAIRES ET DES VOIES GÉNITALES
La membrane muqueuse des voies urinaires est peu exposée aux atteintes de l’herpétisme, car aucune des lésions qui lui sont propres, ne peut être sûrement allribuée à cette maladie. Il n’en est pas de même des voies génitales qui, chez la femme surtout, sont le siège de désordres dont la parenté avec l’herpétisme ne saurait être douteuse. Toutefois, avant d’étudier ces désordres, je dirai quelques mots de la gravelle urique et de la lithiase biliaire.
Gravelle urique. — Le dépôt de corps granuleux du volume d’une tête d’épingle ou même plus petits sur le vase dans lequel l’urine s’est refroidie est un fait commun chez les herpétiques. Ce fait se produit par intervalles, tantôt sans cause appréciable, tantôt à la suite d’un changement de régime et surtout lorsqu’à une vie active succède une vie sédentaire. Les urines, le plus souvent claires au moment de l’émission, présentent au bout
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d’un certain temps dans le fond de l’iirinoir un sable rouge qui reste libre ou s’attache aux parois du vase. Dans quelques cas aussi, cette séparation s’opère dans les voies urinaires, et les graviers, agglutinés par le mucus, s’attachent à la membrane muqueuse, ou bien, emportés par les urines, traversent les uretères, tout en produisant par exception des accès de colique néphrétique. En dernier lieu, ils arrivent au canal de l’urètre et déterminent par leur passage des sensations de cuisson, de brûlure, et des spasmes plus ou moins violents. J’ai entendu des malades exhaler de vives plaintes à l’occasion des douleurs et des spasmes du col de la vessie qui, dans ces conditions, accompagnent la gravelle urique. Cette forme de gravelle, ordinairement passagère, ne coexiste jamais avec l’infiltration uratique des cartilages diarthrodiaux, et, partant, elle se distingue de la gravellegouLteuse qui est moins fixe, plus constante et occasionne souvent des accès de colique néphrétique. La lithiase biliaire, que plusieurs auteurs rattachent à l’arthritisme, est une affection spéciale aux gens sédentaires qui brûlent peu, mais elle ne m’a pas paru se rencontrer plus communément dans riierpétisme que dans toute autre maladie.
Blennorriiée. — Swediaur et quelques auteurs ont admis l’existence d’une blennorrhagie herpétique et d’une blennorrhagie arthritique ; c’est là vraisemblablement une seule et même affection, dont l’existence, à notre avis, est d’autant moins certaine que Swediaur lui- 1 môme prétend qu’elle est parfois contagieuse. Gepen- I dant, il résulte de notre observation personnelle que la 1 blennorrhagie de l’homme est plus commune et a plus
de tendance à se prolonger et à récidiver chez les herpétiques que chez les autres malades. La blennorrhagie de la femme est dans les mêmes conditions. L’existence d’une hlennorrhée véritablement herpétique chez cette dernière n’est pas mieux prouvée que chez l’homme, à moins de comprendre sous cette dénomination l’écoulement passager qui accompagne parfois le prurit des parties génitales. Cet écoulement blanc crémeux est fort différent de l’écoulement blennorrhagique; il peut être comparé à celui qui, chez l’homme, suit dans quelques cas une excitation génésique trop prolongée, et dont la durée est ordinairement de quelques jours.
L’herpétisme, en somme, affecte rarement les membranes muqueuses du vagin et de l’urètre; mais suivant l’un de nos maîtres les plus distingués, le D' Noël Gueneau de Mussy, cette maladie déterminerait du côté de l’utérus des éruptions diverses qu’il rapproche des éruptions cutanées : ainsi il décrit un herpès, un eczéma et une acné de cet organe.
lÏERPÉTiDES UTÉRINES. — L’hcrpès du col et du vagin se montre peu à l’état vésiculaire; il apparaît d’ordinaire sous la forme de taches circulaires diversement groupées; ces taches déprimées, privées d’épithélium, de l’étendue d’une demi-lentille, de coloration rouge ou rosée, ne tardent pas à disparaître, même spontanément.
L’eczéma est une affection moins facile à déterminer que l’herpès, à cause de la petitesse et du peu de durée des vésicules qui le constituent. Pourtant le D'' Gueneau de Mussy a pu voir des vésicules eczémateuses réunies et groupées sous forme de plaques à la surface du col uté-
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rin ; mais d’ordinaire, ces vésicules sont remplacées par une surface plus ou moins étendue, rouge ou' violacée, granulée, suintante ou couverte d’un dépôt pultacé et jaunâtre. Dans quelques cas, la membrane muqueuse de l’intérieur de l’utérus est en même temps le siège d’une sécrétion semi-transparente ou opaque; et alors, celle sécrétion, à sa sortie, irrite assez généralement la membrane muqueuse du col, qui est rouge, desquamée ou superficiellement érodée sur les points de contact avec le liquide sécrété.
Ces lésions coexistent d’ordinaire avec des éruptions semblables de la peau ou encore avec de l’urticaire; elles ont une durée passagère, disparaissent et reviennent par poussées successives, puis la rougeur s’affaisse, pâlit, l’épiderme se reproduit et la guérison a lieu. Elles se distinguent non seulement par leur dissémination à la surface du col ou du vagin, mais en outre, alors même qu’elles se sont transformées en érosion, par leur siège différent de celui de la métrite ordinaire du col utérin, affection commune chez les femmes qui ont eu des enfants, et qui s’étend en général à tout le museau de tanche.
Le D’’ Gueneau de Mussy admet en outre, sur le col utérin, des saillies papuliformes, disséminées ou agminées, coïncidant avec des éruptions papuleuses du tégument externe, et de plus une affection qu’il désigne sous le nom d’état acnéique du col. Cette dernière affection se montre sous l’apparence de petites saillies grisâtres ou jaunâtres, arrondies, isolées, groupées ou disséminées sur le museau de tanche, et quelquefois disposées en couronne au pourtour du méat utérin. Constituées par
la rétention du produit de secrétion des glandides du col, ces saillies laissent écouler, à la suite de l’incision, une masse globuleuse ayant en moyenne le volume d’un gros pois, assez semblable à l’humeur vitrée et comme elle translucide ou opaline. Sur un point de la périphérie de ces masses existe un petit corps jaune, faisant relief à sa surface et de la dimension d’un grain de millet. Ce corps correspond à la tache extérieure que remplace, après l’issue de la masse globuleuse, une dépression arrondie, constituée par la cavité glanduleuse dilatée, dont la matière jaune occupait vraisemblablement le goulot.
Le col utérin, plus volumineux alors que dans l’état normal, est violacé, congestionné, et parfois ramolli et ulcéré; aussi doit-on penser que l’acné en question n’est qu’un effet du rétrécissement ou de l’oblitération du canal excréteur des glandules , consécutivement à un travail inflammatoire. Disons, en terminant, que les affeclions dartreuses de l’utérus, semblables en cela à celles de la peau et de la membrane muqueuse des voies respiratoires, sont assez généralement accompagnées de douleurs diverses. Ces douleurs ont pour siège les aines, les lombes, le flanc droit, et aussi d’autres régions du corps.
La dysménorrhée pseudo-membraneuse, déjà signalée par Todd comme une des affections qui coïncident avec le rhumatisme noueux, est un désordre relativement fréquent dans l’herpétisme, et dont les caractères se rapprochent de ceux des manifestations ordinaires de cette maladie.
Une de mes malades de la ville, jeune femme de vingthuit ans, née d’une mère migraineuse et d’un père hémor-
rhoidaire et eczéniateiix, atteinte de migraines depuis plusieurs années, fut soignée par moi pour des éruptions revenant à chaque printemps et pour une névralgie faciale. Réo-ulièrement menstruée, mais non sans douleur, elle n’a jamais eu d’enfant, bien qu’elle soit mariée depuis neuf ou dix ans. A la fin de 1880, cette malade se croyait enceinte à cause d’un retard de quelques jours, quand elle ressentit tout à coup, dans la région hypogastrique, des crises douloureuses extrêmement vives, qui amenèrent la décoloration des téguments et la décomposition des traits. Après avoir été calmées par la morphine, ces douleurs reparurent et furent de nouveau arrêtées, mais en même temps il existait un petit écoulement sanguin qui se continua pendant plusieurs jours. L’utérus était manifestement tuméfié et dur au toucher, principalement en arrière. A partir de ce moment, les souffrances devinrent supportables; la malade, très nerveuse, accusait à peine quelques douleurs dans la région des reins et dans les fosses iliaques. L’époque menstruelle suivante ramena de nouvelles crises douloureuses, qui furent suivies d’un écoulement sanguin et de l’expulsion d’un produit membraneux grisâtre ayant la forme et les dimensions de la cavité utérine, i Examiné au microscope, ce produit se trouva composé de leucocytes, de cellules épithéliales et de fibres de tissu ’ conjonctif, ce qui indiquait qu’il était bien un débris de la membrane muqueuse. L’écoulement sanguin continua encore pendant quelque temps , par contre , les douleurs cessèrent. L’époque menstruelle qui suivit les fit renaître aussi bien que l’hémorrhagie, mais déplus,
; on constata que l’utérus était enclavé dans une tumeur
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
un peu plus saillante à di-oite qu’à gauche et qui était sans aucun doute une liémalocèle. Il y eut encore deux époques cataméniales mauvaises, et les crises ne reparurent plus; la tumeur. sanguine se résorba et la malade finit par recouvrer sa santé antérieure.
Nous avons dans ce fait un exemple complet de dysménorrhée membraneuse. Cette affection est caractérisée par des douleurs excessives, comparables aux douleurs de l’accouchement, qui cessent peu après chaque époque menstruelle pour reparaître à l’époque suivante, et sont accompagnées d’un léger écoulement sanguin ou encore de l’expulsion de produits membraniformes. Bien qu’elle soit considérée comme très rare, elle me paraît beaucoup plus commune qu’on ne le croit généralement, si j’en rapproche un certain nombre de cas de menstruations douloureuses accompagnées et suivies d’écoulements sanguins abondants. Pour ce motif, j’ai pensé qu’il y avait lieu d’en parler ici, d’autant plus qu’elle s’observe à peu près exclusivement chez des femmes nerveuses exposées aux névralgies, aux arthrites sèches, et enfin à tous les désordres de l’herpétisme. Les douleurs qui précèdent et accompagnent les hémorrhagies, et l’expulsion d’un produit membraneux spécial conduisent à penser qu’il s’agit d’un acte nerveux comparable à celui qui préside au phénomène physiologique de la menstruation.
Bibliographie. — A. Trousseau, Clinique médicale, Paris, BS6:2, t. II p. 361. — N. Gueneau de Mussy, Herpétisme utérin {Archiv. gén. de médecine, 1871, t. II, p. 416 el 531). — Labadie Lagrave et Iluchard, ibid., 1875, série 6, l. XV, p. 678, t. XVI, p. 69, t. XVIII, p. 706, t. XIX, p. 430.
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§ 5. — Lésions du système locomoteur.
Ce système, qui comprend les muscles, les os, les articulations et les aponévroses, est fréquemment lésé chez les herpétiques, sinon dans sa totalité, au moins dans quelques-unes de ses parties. Les modifications musculaires, relativement rares, nous occuperont peu; les lésions osseuses et aponévrotiques nous arrêteront plus longtemps, celles des articulations, en raison de leur fréquence et de leur importance, attireront d’une façon spéciale notre attention.