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II. — LÉSIONS DES os. — OSTÉITES

L’altération que subit le système osseux dans le cours de l’herpétisme se fait remarquer par la constance de ses caractères. Elle a déjà été étudiée par Adams, Cadiat, l'éréol, qui ont montré sa relation avec le rhumatisme chronique. Cette altération, qui consiste en une multiplication avec transformation osseuse des éléments souspériostiques, affecte de préférence les épiphyses des os

TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.

longs, rarement leurdiapliyse et les os larges. Ces parties sont d’abord le siège d’élancements douloureux et de sensations subjectives diverses, puis elles se tuméfient peu à peu, au fur et à mesure de la progression de la formation osseuse nouvelle.

Il résulte de là qu’au bout d’un certain temps, les extrémités articulaires sont le siège de saillies plus ou moins irrégulières ou proéminentes. Ces saillies ont pour siège habituel les parties latérales des os; ainsi elles occupent les condyles, les malléoles, les parties internes et externes des têtes des os du métatarse, du métacarpe, etc. Tant que les parties extra-articulaires sont seules altérées, ce désordre ne détermine aucune gêne, si ce n’est celle qui résulte de la douleur dont il peut être le siège; mais lorsque la saillie s’étend jusqu’aux surfaces articulaires, l’adaptation des os qui composent une même articulation devient difficile ou impossible, et il se produit des luxations plus ou moins complètes. La rotule, en pareil cas, est souvent déplacée, et le genou dévié, cagneux ou bancal; de même les articulations métatarso-phalangiennes sont le plus souvent déformées. Celles des gros orteils sont, à ce point de vue, des plus remarquables, la tête du métatarsien présente assez habituellement sur son bord interne une saillie prononcée connue sous le nom &' oignon, et cette saillie fait basculer la première phalange qui se trouve déjetée en dehors dans l’abduction, ce qui donne au pied une physionomie toute spéciale.

Lorsque la végétation osseuse s’étend à la diaphyse des os longs ou même aux os plats, ces organes, dont l’altération est ordinairement symétrique, s’accroissent en

KOSOGRAPHIE.

épaisseur et même en longueur, dans une partie ou dans la totalité de leur étendue; ils acquièrent une dureté et une densité plus considérables, et néanmoins ils sont quelquefois moins résistants. Effectivement, il n’est pas rare dans ces conditions de voir les os longs se courber et présenter des déformations qui peuvent faire croire à du rachitisme ou à de l’ostéomalacie.

Des faits de ce genre ont été rapportés et fort bien étudiés par Paget, qui a cherché à établir une relation entre cette lésion osseuse et le cancer; mais si on prend la peine de lire l’intéressant travail de cet éminent chirurgien, il est facile de reconnaître que plusieurs des observations qu’il renferme ont trait à des malades ayant des manifestations multiples se rattachant à l’herpétisme, maladie dans laquelle les affections cancéreuses sont, comme nous le dirons plus loin, relativement fréquentes. L’ostéite en question, que l’on pourrait appeler ostéite proliférative ou encore hypertrophiante, coexiste habituellement avec les lésions de l’arthrite déformante, dont elle est contemporaine plutôt que consécutive, car elle peut exister sans arthrite, et celle-ci occupe parfois d’autres articulations que celles qui sont en rapport avec l’os malade. C’est ce qui existait chez une malade de mon service, laquelle présentait de plus celte particularité que les lésions osseuses articulaires étaient unilatérales ou hémiplégiques au lieu d’être symétriques.

Une femme âgée de soixante ans, dont la mère succomba probablement à un cancer de l’utérus, a depuis quinze ans une déformation de la main et des doigts du côté droit. Vue par sa face postérieure, la main a la forme d’un dos de fourchette ; les dernières phalanges des quatre derniers

doigts sont à demi-néchies sur les avant-dernières, tandis que les premières sont légèrement étendues sur les métacarpiens dont les têtes sont augmentées de volume. Dans le courant de l’année i879, cette malade, qui est blanchisseuse, éprouvait dans la jambe droite des élancements douloureux assez fréquents, lorsqu’un jour, allant à son travail, elle se trouva atteinte d’une douleur tellement 1 vive dans le genou qu’elle fut obligée de s’arrêter et de j se faire reconduire chez elle. Quelque temps après, le membre étant enflé et rouge, la malade entrait dans un service de chirurgie, où sa jambe fut placée d’abord dans un appareil silicaté et plus tard dans une gouttière. Ce traitement ne fut pas suivi d’une amélioration sensible.

Le 23 octobre 1880, cette malade était admise dans notre salle.

A cette époque, la marche et la station verticale sont impossibles, le genou droit, arrondi, contient une faible quantité de sérosité (hydarthrose) ; la rotule, notablement portée en haut et en dedans, ne peut être mue sans provoquer des douleurs. La cause de ce déplacement est l’hypertrophie des condyles- fémoraux, celle du condyle droit en particulier; toutefois ce ne sont pas seulement les condyles qui sont augmentés de volume, mais encore le fémur lui-même et le tibia. Ce dernier os, hypertrophié dms toute sa longueur, est en même temps courbé en dedans. Une mensuration de la circonférence de la cuisse pratiquée immédiatement au-dessus du genou donne 43 centim. 1/2, tandis que le pointcorrespondantdu côté opposé ne dépasse pas 36 centim. La température du genou malade est d’ailleurs de un degré six dixièmes plus élevée que celle de son congénère. L’articulation tibio-

Ifirsienne droite est le siège de croquoments secs, celle du côté gauche est intacte. Les organes thoraciques et abdominaux ne présentent aucun désordre. (Bain sulfureux "2 grammes, iodure de potassium, un gramme et plus tard deux à trois grammes.)

Fig. 4. — Ostéite déformante du fémur et du tibia droits provenant d’une femme de soixante ans atteinte d’arthrites sèches du genou correspondant et des articulations de la main du même côté. Ce dessin copié sur une photographie, a été pris lorsque la guérison était déjà avancée.

Dès le commencement de novembre, le gonflement du genou avait diminué et la malade se trouvait beaucoup mieux, la différence de température n’était plus du reste que de 0,6 à 0,8“. Dans les premiers jours de décembre, la marche devient possible. Le 15 mars, il existe une

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amélioration manifeste, car non seulement la température locale des deux genoux est égale, mais la différence de volume tend à disparaître. La circonférence de l’extrémité inférieure du fémur est de 39 centim. au lieu de 43,50 celle du fémur sain est toujours de 3G centim. (lig. 4). La diminution de volume, sensible surtout au niveau du fémur, l’est un peu moins pour le tibia. Cet os présente une concavité interne, et forme avec le fémur un angle obtus dont le sommet est externe. Dans le courant d’avril, l’iisage de l’iodure de potassium est suspendu pendant 15 jours: il est repris un peu plus tard, mais l’amélioration progresse peu. Néanmoins la malade peut se lever et marche chaque jour sans difficulté; elle sort très améliorée au commencement de l’année 1882.

Celte forme d’ostéite évolue lentement et progressivement, sans réaction fébrile générale; par contre elle est précédée et accompagnée d’élancements douloureux assez semblables à ceux dont se plaignent les tabétiques, comme si elle avait son point de départ dans le système nerveux. D’ailleurs, si on rapproche cette circonstance de cette autre non moins importante, à savoir la disposition symétrique ou hémiplégique du mal, il n’est pas douteux qu’un désordre de l’innervation préside à la genèse de cette altération assez semblable du reste à celles qui ont été observées à la suite de la section des nerfs L

Bibliographie. — Caài&\, Bulletin de la Société clinique, ‘il mars 1876. — Feréol, ihicl., 2 mai 187ü. — Sir J. Paget, On a fonn of chronic inllammat. of bones {osteitis defonnans) {Med. chir. Transact.,lSll, t. LX, p. 37). — lI.Hucliard et P.Binet, Hyperos-

1. Voy. Schiir, Rech. sur l'influence des nerfs sur la nutrition des os (Compt. rend, de l’Acad. des sciences, 12 juin 1851, p. 1051). A. Vulpian. Leçons sur l’appareil vaso-moteur. Paris 1875, t. II, p. 353.

NOSOGRAPHIE

tos symétrique des membres d’origine probablement rhumatismale {La France médicale, 1882, p. 217, 230 et 2-i-7). C. J. Symonds, A case of osteitis deformans {Guy’ s Hospital Reports, 1881, t. XXV, p. 99).

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