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ART. III.— MARCHE, DURÉE ET TERMINAISONS

Maladie essentiellement constitutionnelle et héréditaire, l’herpétisme se développe et se métamorphose avec l’individu qui en est atteint, de telle sorte que chaque âge de la vie a pour ainsi dire ses manifestations propres. L’enfant se fait remarquer par des désordres du mouvement, des troubles des nerfs sensitifs et vaso-moteurs : c’est l’âge où surviennent les accès de toux spasmodique, les convulsions réflexes dites éclamptiques, l’incontinence

nocturne des urines; c’est aussi celui où les migraines, le prurit, 1 urticaire, le purpura, l’angine granuleuse.

la blépharite ciliaire, ete., commencent à se montrer.

Je n ai pas à revenir sur ces différentes déterminations

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morbides considérées à tort comme autant d’affeclions distinctes, isolées et indépendantes, parce qu’on méconnaît le lien qui les réunit ; mais il m’est arrivé de constater à plusieurs reprises l’existence de ces affections chez des enfants nerveux, descendants d’herpétiques, et, en tenant compte de leurs antécédents de famille, depouvoirmefaire une idée juste du mal, et ramener le calme dans l’esprit des parents, qui s’étaient parfois effrayés à tort.

Un jeune garçon de huit ans fut pris tout à coup, dans le cours de ses vacances, d’un purpura avec œdème des jambes qui avait conduit un de mes anciens maîtres de l’école de Reims à porter un pronostic sérieux, et lui avait inspiré de vives inquiétudes. Sachant que la grand’mère de ce garçon était atteinte d’arthrites déformantes qui la rendaient infirme, que sa mère avait été traitée pour des migraines, une angine granuleuse et des éruptions eczémateuses multiples, je pensai que l’affection de ce jeune malade devait être rattachée à un désordre purement nerveux, et je tranquillisai les parents. Quelques semaines plus tard, en effet, l’œdème et le purpura avaient entièrement disparu.

L’adolescence est l’époque où se montrent de préférence certaines manifestations, telles que pertes séminales involontaires, éruptions diverses de la peau et des membranes muqueuses, névralgies, épistaxis et hémoptysies; c’est aussi le moment où survient quelquefois la chlorose et où commence l’hypochondrie. Migraines, liémorrhoïdes , dyspepsie sont des manifestations de l’âge adulte ; mais cet âge dans lequel les alïections spasmodiques tendent à disparaître, à l’exception toutefois du spasme vésical et de l’asthme, est de plus la

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phase de la vie où les désordres trophiques font leur apparition. Ainsi la calvitie, les altérations des ongles, celles des articulations, le psoriasis lingual, l’état variqueux des veines, l’athérome et la dilatation des artères se manifestent assez généralement dès cette époque, reçoivent une impulsion au moment de la ménopause, et se continuent pendant la vieillesse.

Cette dernière phase de l’existence est surtout celle des lésions matérielles, car elle comprend non seulementles désordres trophiques que nous venons d’énumérer , mais encore toutes les destructions organiques qu’engendrent les lésions artérielles : ramollissement et hémorrhagie de l’encéphale, gangrène sèche des membres, érosions et ulcères du tube digestif, apoplexie pulmonaire, atrophie des reins, etc., etc. C’est à cette époque, du reste, que survient la mort qui est l’effet ordinaire de ces lésions.

La marche de l’herpétisme est essentiellement chronique et soumise à des intermittences nombreuses. La plupart des personnes qui en sont atteintes, à moins de complications sérieuses, telles que phthisie pulmonaire, pleurésie, dépassent en général l’âge de cinquante ans et parviennent quelquefois à une vieillesse avancée. Deux conditions principales me paraissent pouvoir rendre compte de ce fait, c’est d’une part l’état prédominant du système nerveux, cet important facteur de la machine humaine, d’autre part la sobriété à laquelle sont ordinairement condamnés les herpétiques, tant à cause de leur excitabilité nerveuse qui s’accommode mal de l’usage des substances stimulantes, que par suite de la paresse deleur estomac qui ne leur permet pas de faire des repas copieux.

Ainsi les herpétiques font partie de cette classe de gens qui, malgré une santé délicate en apparence, vivent vieux; aussi le dicton vulgaire (le pot fêlé est celui qui dure le plus longtemps) leur est-il applicable.

Les affections qui composent l’herpétisme ont ellesmêmes une marche lente et chronique; mais elles sont assez généralement traversées par des poussées aiguës d’une durée variable, après quoi elles reprennent leur allure première. La pharyngite granuleuse, par exemple, lalaryngo-bronchite, les éruptions cutanées, les arthrites déformantes présentent, dans le cours de leur évolution, des accidents aigus qui peuvent changer leur physionomie et exiger un traitement spécial. Ce ne sont pas ces accidents toutefois, si on excepte la bronchite, qui entraînent la mort, mais bien plutôt les lésions matérielles des organes consécutives àl’athérome artériel. Le système artériel est pour ainsi dire, le maître de la situation, car l’existence ne court qu’un faible danger, tant qu’il reste sain, aussi peut-on dire de l’herpétique, plus justement que de tout autre individu, qu’il a Vâge de ses artères.

La mort est tantôt l’effet direct, tantôt la conséquence indirecte de l’altération de ce système. Dans le premier cas, le malade, amaigri, anémié, en proie à une dyspnée progressive, présente cà l’examen clinique un double souffle aortique, ou seulement un soufle systolique ou diastolique à la base du cœur, qui trop souvent porte à diagnostiquer une affection primitive de cet organe; il succombe , soit à une gêne respiratoire , soit à une gêne circulatoire, et souvent à la suite d’un épanchement pleural ultime ou d’une apoplexie pulmonaire.

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Dans le second cas, la terminaison est le résultat de l’altération d’un organe important, comme les reins, le cerveau, le cœur, etc.

Les lésions des artères rénales et la sclérose parenchymateuse qui en est la conséquence, sont des causes d’insuffisance de la fonction urinaire, et d’accidents divers tels que : accès de dyspnée, d’éclampsie, etc. , qui en général finissent par conduire à la mort. A la dyspnée s’ajoute fréquemment une céphalée intense et de l’œdème, de sorte qu’il est parfois difficile de démêler l’organe qui, des reins, du cœur, ou du cerveau compromet le plus l’existence.

Le rétrécissement des branches artérielles de l’encéphale engendre des désordres ischémiques en général peu graves ; mais si une de ces branches vient à s’oblitérer ou à se rompre, il en résulte, soit un ramollissement, soit une hémorrhagie cérébrale, qui, en raison de leur siège ou de leur étendue, mettent la vie dans un état de danger plus ou moins imminent. Le cœur, par suite du rétrécissement ou de l’oblitération des artères coronaires, peut être, à son tour, le point de départ de désordres sérieux ; syncope, ramollissement, rupture, etc.

Le poumon est aussi dans quelques cas une cause de mort, c’est lorsqu’à une bronchite chronique accompagnée d’emphysème s’ajoute une bronchite aiguë un peu étendue ou une bronchite capillaire; mais ce mode de terminaison est relativement rare. La phthisie pulmonaire est, parmi les complications, la cause de mort la plus commune, sinon dans le jeune âge, du moins dans l’âge viril et jusque dans la vieillesse. La mort, en pareil cas, peut donc avoir lieu par le cerveau, le cœur, les poumons et les reins , mais en somme l’appareil

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circulatoire est celui qui compromet le plus la vie des herpétiques.

Le tableau statistique suivant qui repose sur 160 cas vient donner une idée de la fréquence relative des manifestations les plus communes de l’herpétisme :

Athérome artériel, 95 ;

Néphrite interstitielle, 54;

Bronchite et emphysème, 50 ;

Lésions articulaires, 70

Éruptions diverses, 37 ;

llémorrhoïdes, 50 ;

Varices, 25 ;

Migraine, 79 ;

Phthisie pulmonaire, 39.

La guérison définitive d’un certain nombre d’affections locales, est chose possible; beaucoup d’entre elles, la migraine, les llémorrhoïdes, par exemple, cessent presque toujours spontanément à un certain âge de la vie. Quant à la maladie en elle-même, elle est d’une ténacité sans égale, et si elle peut être avantageusement modifiée par une thérapeutique rationnelle et par une hygiène convenable, il est rare qu’elle disparaisse totalement; souvent même, elle finit par mettre fin à l’existence en apportant un désordre sérieux dans tous les organes.

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