ART. IV. — FORMES DIVERSES
L’élude que nous venons de faire des nombreuses manifestations de l’herpétisme, de leur succession et de leur évolution, exige, pour être complète, que nous indiquions les formes diverses que revêt celte maladie, qui est loin d’avoir toujours la même physionomie et une égale gravité. Ces formes, comme celles de la plupart des maladies chroniques, peuvent être ramenées à trois principales : forme bénigne, forme commune, forme maligne.
La forme bénigne de l’herpétisme est fréquente. Mais souvent elle passe inaperçue parce que les désordres qui la caractérisent, étant purement fonctionnels, attirent peu l’attention de l’observateur qui n’en voit ni le rapport, ni la succession. Elle se révèle dans la jeunesse par des migraines ou encore par des névralgies, des épistaxis, etc.,' dans l’âge adulte, par deshémorrhoïdes, des varices, de la dyspepsie, des éruptions cutanées peu étendues, et plus lard par des douleurs vagues des articulations, quelquefois enfin par des lésions du système artériel qui restent compatibles avec l’existence jusqu’à un âge avancé. Les personnes atteintes de cette forme de maladie, bien que jouissant d’une santé relativement bonne pendant la plus grande partie de leur vie, sont habituellement inquiètes et se plaignent fréquemment; mais souvent, à tort, on ne les croit pas malades. En somme , elles vivent longtemps, ce qui résulte tout à la fois de leur sobriété et de la prédominance de leur système ner-
veux ; aussi peut-on dire de l’herpétisme léger qu’il est un brevet de longue vie.
La forme commune présente les désordres fonctionnels que nous venons d’indiquer, et souvent d’autres encore; mais les lésions matériellesqui leur succèdent, au lieu de faire défaut ou de se montrer uniquement à un âge avancé de la vie, surviennent beaucoup plus tôt. Ces lésions consistent en poussées congestives ou inflammatoires des articulations, précédées de douleurs, dans la continuité des membres, et souvent suivies de destruction des cartilages diarthrodiaux; elles se manifestent encore par des productions ostéophytiques avec déformations articulaires diverses, par des fluxions laryngobronchiques, puis enfin par l’altération généralisée du système artériel qui s’indure, se dilate, et finit par amener des désordres matériels des organes et la mort avant le temps.
La forme maligne est caractérisée par des désordres du •côté des bronches, du système artériel et des articulations qui se font remarquer par une évolution relativement rapide et une grande intensité. Les désordres bronchiques en se généralisant peuvent menacer l’existence, même à un âge peu avancé. Les lésions artérielles sont appréciables avant l’âge de cinquante ans; c’est ainsi qu’une de nos malades morte à quarante-trois ans avait une dilatation généralisée des artères, de nombreuses lacunes dans l’encéphale et une induration avec atrophie des deux reins. Non seulement les lésions articulaires se produisent dans le jeune âge ou l’âge adulte, mais elles amènent encore des déformations articulaires et des infirmités le plus souvent irrémédiables, à tel point que les
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malades, perclus de douleurs, sont dans l’impossibilité presque complète de se servir de leurs membres et de marcher. Celte forme estfréquemmentaccompagnée d’une altération de la santé générale que révèlent la décoloration des téguments, la faiblesse, l’anémie, et enfin tout l’ensemble pathologique désigné par quelques auteurs sous le nom de cachexie.
art. V. — COMPLICATIONS
Les personnes affectées d’herpétisme ne sont pas pour cela exemptes de toute autre maladie. Cependant il est certain qu’elles sont relativement peu prédisposées aux accidents morbides, et que, par suite sans doute delà prédominance de leur système nerveux, elles supportent bien les maladies aiguës, telles que pneumonie, fièvre typhoïde, rougeole, scarlatine, etc. Ces maladies intercurrentes, à part peut-être la pneumonie, ne sont pas plus communes chez les herpétiques que chez les individus dont la santé ne laisse rien à désirer.
Les maladies chroniques, qui se rencontrent le plus ordinairement dans le cours de l’herpétisme, sont l’hystérie, le cancer et la tuberculose; chacune d’elles offre avec la maladie qui nous occupe des rapports assez dissemblables.
L’hystérie est une affection relativement commune chez les jeunes femmes nées de parents herpétiques, et l’on conçoit que le docteur N. Guéneau de Mussy {Leçons de clinique médicale, t. Il) soit disposé cà l’envisager comme une névrose constitutionnelle. La coexistence de cette affection avec l’herpétisme est un fait
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que j’ai eu l’occasion de constater bien des fois et récemment encore chez une de mes malades âgée de vingt-trois ans. Mariée et mère d’un jeune enfant, cette femme, dont la mère est migraineuse et eczémateuse, le père chauve, hémorrhoïdaire, gastralgique, et commence un rhumatisme noueux, a eu tout d’abord de l’urticaire, des épistaxis, puis des névralgies faciales accompagnées de tuméfaction du visage; puis enfin, dans ces derniers temps, elle a éprouvé une sensation de boule épigastrique suivie d’accès convulsifs absolument semblables aux convulsions hystériques. En réalité, il n’y a pas lieu d’être surpris de cette coïncidence si on considère que l’herpétisme, comme l’affection indéterminée connue sous le nom d’hystérie, consiste essentiellement en une exagération de l’excitabilité réflexe; aussi, à l’exemple du docteur Guéneau de Mussy, peut-on se demander si l’hystérie n’est pas dans certains cas une modalité spéciale de l’herpétisme, comme elle peut être, dans d’autres cas, un désordre héréditaire de l’intoxication par l’absinthe ou par l’alcool h Ces questions dont la solution définitive ne peut encore être donnée faute d’éléments suffisants, méritent tout au moins d’être prises en considération. De cette façon, on arrivera sans doute à mettre un peu d’ordre dans le complcxus symptomatique connu sous le nom d’hystérie et à en éclairer l’étiologie.
Le cancer, et par ce mot j’entends toute néoplasie épithéliale pouvant s’étendre et se généraliser par l’intermé-
\ . E. Lancereaux, De l'absinthisme aigu et de l’absinthisme chronique {Bulle n de l’Académie de médecine), Paris, 1880, séri 2,1. IX, p. 893 et 10
NOSOGRAPHIE
diaire du système lymphatique, est une maladie qui se manilèste à un âge avancé de la vie, et le plus souvent chez des sujets ayant toujours joui d’une excellente santé, comme si la prédisposition qui leur est propre avait le pouvoir de les préserver de tout désordre pathologique antérieur. Cette maladie pourtant est relativement commune chez les hei’pétiques, et Bazin, qui connaissait ce fait, tendait à la rattacher à l’arthritisme. L’opinion de ce médecin ne peut être acceptée, car les néoplasies épithéliales qui apparaissent d’emblée sont manifestement indépendantes de la prédisposition herpétique; mais, si on tient compte de leur transmission héréditaire, il y a des raisons de croire que le système nerveux joue un rôle important dans leur genèse, et là sans doute est le secret de leur coexistence, dans certains cas, avec l’herpétisme.
La tuberculose est de toutes les maladies celle qui se rencontre le plus souvent dans le cours de l’herpéLisme, et cette coïncidence, qui n’est pas purement accidentelle, mérite notre attention. D’ailleurs elle n’a pas entièrement échappé à l’observation des auteurs, puisque, sur 119 individus atteints de rhumatisme noueux, Fuller’ note qu’il y en a 2.S dont le père, la mère, les collatéraux ont présenté des signes évidents de phthisie pulmonaire. Charcot constate de son côté que cette maladie emporte fréquemment les infirmes atteints de rhuma^ tisme chronique. Nos recherches personnelles nous conduisent également à établir un rapprochement entre ces
1. H. W. lullet', Oti rheûmatism, rheumalic goût and sciatica, etc., their pathology, symptoms and Ireatment, 3' édit., London, 1860.
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
processus morbides, puisque, sur 160 lierpéliques, nous comptons 39 phthisiques; mais ce qui nous porte plus encore que la statistique à opérer ce rapprochement, c’est la physionomie et l’évolution spéciale de la tubercudans ces conditions, commence généralement par une lose qui, pleurésie membraneuse et finit par une pneumoniescléro-tuberculeuse.
Pleurésie membraneuse. Cette affection, commune chez les herpétiques, se distingue par des caractères toul à fait particuliers. Elle survient d’ordinaire pendant l’été, débute par un point de côté plus ou moins intense, auquel succèdent des frottements et des craquements secs, superficiels, peu distincts des râles crépitants. En même temps il existe une diminution notable du murmure vésiculaire. Puis à ces symptômes s’ajoutent quelquefois ceux d’un faible épanchement, à savoir un souffle tubaire et une légère ægophonie. Le souffle dispa raît au bout d’un certain temps, mais les frottements persistent et se continuent pendant des mois ou même des années. Un mouvement fébrile peu accusé, des sueurs abondantes, un certain degré d’amaigrissement, viennent compléter le tableau symptomatique de la pleurésie des herpétiques. Cette pleurésie se révèle anatomiqùement par la formation de productions membraneuses abondantes, épaisses et persistantes au point qu’il est encore possible de constater leur présence au bout de plusieurs années. C’est donc une pleurésie sèche adhésive ou membraneuse, qui, dans quelques cas, arrive à une guérison définitive, mais à laquelle d’autres fois font suite des quintes de toux, de l’amaigrissement, des sueurs et des hémoptysies, symp-
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tomes annonçant le début d’une altération des poumons tout à la fois scléreuse et tuberculeuse.
Pneumonie scléro-tuberculeuse. Celte affection présente ainsi que la pleurésie dont il vient d’être question, des caractères propres qui permettent de la distinguer nettement des autres formes de la phthisie pulmonaire : c’est la phthisis arthritica de Morton, la phthisie rhumatismale de quelques auteurs récents. Elle est remarquable surtout par sa lente évolution, et c’est ce fait sans doute qui a conduit Pidoux à chercher un antagonisme entre l’herpétisme et la phthisie pulmonaire.
Précédée, dans un certain nombre de cas, d’angine granuleuse et de irachéo-bronchite, cette forme de phthisie débute habituellement par une hémoptysie abondante qui se renouvelle une ou plusieurs fois, sans que l’on puisse constater à l’auscultation d’autres signes d’altération des sommets que des craquements ou des frottements secs. En même temps, le malade perd l’appétit, il s’amaigrit, son } pouls s’accélère, il survient un mouvement fébrile et des
I transpirations abondantes. La fièvre tombe au bout de [ quelque temps et le patient se trouve mieux ; malheureu- I sement, elle reparaît plus tard, cesse de nouveau et I revient encore, car le propre de celte maladie est de procéder par poussées successives. Les signes physiques I sont, dans le principe, le plus souvent localisés à un I seul côté et presque toujours au côté droit. Ils con- I sistent en une diminution de l’élasticité, sous le doigt 1 percuté, immédiatement au-dessous de la clavicule et ) dans la fosse sus-épineuse, un peu plus tard en une I matité étendue en avant ou en arrière. Dans ces points I l’auscultation révèle l’existence de craquements ou de
TRAITÉ DE L’MERDÉTISME.
frollemenls superficiels, de râles éclalanls et secs plutôt (pie de raies humides. Quant à l’expectoration, elle est formée d’un miico-pus grisâtre ou opaque, difficile à détacher et presque toujours précédée de quintes de toux fatigantes.
Telle est la première étape de cette complication. Dans une phase plus avancée, les hémoptysies sont rares ; la toux, encore quinteuse, fatigante, amène quelquefois des vomissements; l’expectoration est abondante, mucopurulente ou entièrement purulente et même sanguinolente lorsque le contenu d’une petite excavation vient à se faire jour au dehors. La matité s’est étendue, et les bruits de craquement et de frottement sont remplacés par un souffle bronchique le plus souvent cavitaire et par de gros râles humides. Toutefois, si l’appétit est conservé et la fièvre peu intense, il peut encore se produire une amélioration et même une guérison définitive, ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises chez des individus dont la tuberculose avait été manifestement reconnue par plusieurs médecins. Il y a quelques jours, je revoyais dans mon cabinet un homme de quarante-quatre ans que j’ai soigné à deux reprises différentes, il y a dix ans et il y a sept ans, pour des hémoptysies qui étaient accompagnées d’un léger mouvement fébrile et d’un amaigrissement notable. A cette époque, il existait des signes manifestes d’induration du sommet gauche qui avaient éveillé les plus vives inquiétudes dans mon esprit. Ces signes persistent encore, mais l’embonpoint est revenu et la santé générale est excellente;
Le plus souvent, les désordres locaux et généraux s’accentuent; tout â coup l’expectoration augmente de
SÉMÉIOLOGIE.
quantité, elle devient franchement purulente, la fièvre s’accroît et le malade dépérit d’une façon progressive, mais lente, car un des caractères de l’altération en question est de n’amener la mort qu’au bout de trois, quatre, cinq et six ans. Dans quelques cas cependant, j’ai vu une poussée aiguë emporter rapidement le malade, mais il s’agissait alors de faits pathologiques complexes déterminés par des influences multiples.
Les phénomènes observés dans ces conditions, aussi bien que l’évolution du mal, ne laissent aucun doute sur l’existence d’une forme spéciale de phthisie pulmonaire, mais, du reste, l’examen nécroscopique vient encore confirmer ce résultat de la clinique.
Le poumon adhère à la paroi costale par l’intermédiaire de la plèvre qui est épaissie surtout au niveau du lobe supérieur, aussi est-il toujours difficile de le décoller sans le déchirer. La membrane muqueuse de la portion sous-glottique du larynx et même celle de la trachée sont parsemées de varicosités capillaires et surmontées çà et là de granulations blanches, miliaires, dues à l’hypertrophie des glandules. Celle des bronches de premier et de deuxième ordre est généralement épaissie et rouge. Dans ' les bronches subséquentes, la paroi tout entière est plus épaisse, tandis- que la lumière est rétrécie par places ét souvent dilatée aux extrémités. Sur une coupe pratiquée aux sommets des poumons, se voient des excavations multiples, vides le plus souvent et limitées par des parois lisses et injectées. En même temps, le parenchyme pulmonaire est traversé par des tractus fibreux grisâtres qui, de la surface, s’étendent dans la profondeur en formant des aréoles plus ou moins larges. Çà et là on constate l’exis-
LANCERE.\UX. 17
THAITÉ DR I/IIERPÉTISME.
icncc de granulations tuberculeuses qui, en raison de leur rareté et de leur disposition, paraissent s’être développées en second lieu.
Cette forme de tuberculose, que nous désignons sous le nom de pneumonie sclêro-luberculeme, n’est pas seulement distincte au point de vue clinique et anatomique, elle l’est encore par l’âge où elle se produit et les manifestations qui lui font cortège. Elle se montre en général à un âge avancé de la vie et pourrait à la rigueur être appelée la phthisie des vieillards. Effectivement, sur quatorze cas de ce genre terminés par la mort, l’âge a varié depuis quarante-quatre jusqu’à soixante-dix-sept ans, mais si nous joignons à cetteliste d’autres faits en voie d’évolution et dont quelques-uns ont été suivis de guérison, nous arrivons à un total de trente-neuf observations qui se répartissent comme il suit au point de vue de l’âee :
De trente à quarante ans. Il cas;
De quarante à cinquante ans, 10 cas;
De cinquante à soixante ans, 9 cas;
De soixante à soixante et dix ans, 6 cas ;
Au delà de soixante et dix ans, 3 cas.
Ce tableau indique nettement que la phthisie en question se développe à un âge avancé de la vie ; cependant il ne faudrait pas en conclure qu’elle n’existe pas avant trente ans, car nous avons été à même d’observer dans ces derniers temps plusieurs malades ayant de vingt à trente ans, et qui en étaient atteints.
Les désordres qui précèdent ou accompagnent ce genre de phthisie sont ceux dont nous avons parlé plus haut
SÉMÉIOLOGIE.
comme se rattachant à l’herpétisme, à savoir, sur trenteneuf cas:
Migraines, 18 ;
Névralgies, 10 ;
Urticaire et éruptions diverses, 10;
Varices, 7 ;
Hémorrhoïdes, 12 ;
Calvitie, 13 ;
Altération des ongles, 9;
Lésions artérielles, 15;
Lésions articulaires, 12.
La sciatique serait relativement commune, dans ces conditions, si je m’en rapporte aux faits qui ont passé sous mes yeux. Depuis longtemps, j’avais été frappé de la coexistence de cette affection avec la tuberculose, mais je n’en ai réellement saisi l’explication que par la connaissance de l’herpétisme.
Les caractères particuliers de cette complication, sa lente évolution, sa coexistence habituelle avec plusieurs des manifestations de l’herpétisme, l’Age où elle se produit, telles sont les principales circonstances qui permettent de diagnostiquer la phthisie des herpétiques. Ajoutons que les poils du corps chez les malades qui présentent cette lésion sont ordinairement minces, clairsemés et très longs.
Le diagnostic et le pronostic de cette complication ne sont pas toujours sans difficultés. D’une part, les herpétiques ne sont pas à. l’abri des influences qui font naître la tuberculose ordinaire, et partant on pourrait prendre cette maladie pour une phthisie herpétique. D’autre part, on confond souvent la trachéo-bronchite,
TIIAITÉ DE L’IIEHI'ÉTISME.
qui est une affection commune dans l’herpétisme, avec une plilhisie commençante, d’autant mieux que les herpétiques sont très exposés à cracher du sang, tant à cause de leur excitabilité nerveuse que par suite de l’état de leur gorge (angine granuleuse). Bien des Ibis il rn’esl arrivé de consister des erreurs de ce genre, et de rassurer des familles alarmées quand il n’y avait pas lieu.
L’amaigrissement et les sueurs, aussi bien que les hémoptysies, peuvent encore jeter le trouble dans l’esprit du médecin, s’il ignore que ces accidents se produisent chez l’herpétique à l’occasion d’un simple désordre gastrique ou d’une bronchite, et qu’ils n’ont de signification grave qu’autant qu’ils se continuent, progressent et sont accompagnés des signes physiques nettement constatés d’une tuberculose pulmonaire.
Les conditions qui président au développement de cette forme de phthisie sont certainement complexes et difficiles à déterminer. Prétendre que cette complication est le fait d’une dégénérescence produite par l’herpétisme, n’est rien dire, car il reste à chercher les causes qui amènent cette dégénérescence. A notre avis, le fonctionnement défectueux du système nerveux et de l’estomac, les troubles circulatoires résultant de l’altération des artères, constituent autant de désordres dont la réunion chez l’herpétique concourt à diminuer la fonction nutritive, à affaiblir l’économie, c’est-à-dire à préparer le terrain où la phthisie pourra germer à la moindre occasion, à propos de l’écart hygiénique le plus insignifiant, de la maladie la plus légère. Ainsi s’expliquent la fréquence de cette complication et son apparition à un âge relativement avancé de la vie chez les personnes attein-
SÉMÉIOLOGIE.
les d’herpétisme. Toutefois, si l’on tient compte de l’habitus des individus qui deviennent phthisiques dans ces circonstances, il y a lieu de croire que plusieurs descendants d’herpétiques sont naturellement prédisposés à cette complication, et particulièrement ceux qui sont peu développés, presque imberbes, et dont le thorax est manifestement aplati.
Art. VI. — RAPPORTS réciproques de l’her- PÉTISME AVEC LES MALADIES
L’herpétisme, en vertu de l’excitabilité nerveuse qui lui est propre, est naturellement influencé par les maladies, et à son tour il peut imprimer à celles-ci des modifications susceptibles de changer leur physionomie. Ces influences réciproques méritent par conséquent une attention spéciale.
L’action exercée par les maladies aiguës sur certaines maladies chroniques est aujourd’hui bien connue, elle consiste généralement à éveiller les manifestations de ces dernières. Il est reconnu que, dans les pays où l’impaludisrne est endémique, la plupart des affections aiguës revêtent le masque de celle maladie et doivent être traitées par le sulfate de quinine; de même, là où règne l’alcoolisme, les maladies aiguës ont de la tendance à se compliquer d’un délire qui a les caractères du delirium tremens et qui est amendable par l’opium et le ciiloral. Semblables phénomènes existent en ce qui concerne l’herpétisme, et il arrive parfois que les manifestations de cette maladie se montrent à l’occasion d’accidents aigus très divers. Dans le jeune âge, par exemple, le
TRAITÉ DK L’IIERPÉTISME.
spasme glottique vient s’ajouter à la laryngite, et les affections aiguës de cette période de l’existence sont souvent accompagnées d’accidents convulsifs. A un ûge plus avancé, il est commun de voir une bronchite, un état gastrique, la grippe, ou toute autre maladie légère, provoquer des névralgies, des éruptions cutanées, faire naître ou aggraver des tendances hypochondriaques, des douleurs articulaires, etc. Les maladies aiguës ont par conséquent le pouvoir d’éveiller les manifestations de l’herpétisme aussi bien que celles de l’impaludisme et de l’alcoolisme; c’est là un fait sur lequel il convient d’être fixé , si l’on veut éviter d’attribuer à ces maladies des désordres qui ne leur appartiennent pas en réalité.
L’influence de l’herpétisme sur les maladies internes et externes est tout aussi importante à connaître; le terrain spécial sur lequel évoluent ces maladies peut en effet modifier leur physionomie. Ces modifications tiennent surtout à l’excitabilité du système nerveux: ainsi la pneumonie, la scarlatine, la fièvre typhoïde ou toute autre maladie aiguë, survenant chez des herpétiques, se font remarquer par la prédominance des accidents névropathiques. Toutefois, malgré l’exagération de ces accidents, les herpétiques, contrairement aux buveurs, supportent très bien les maladies fébriles, souvent beaucoup mieux que les individus d’un tempérament sanguin ou lymphatique. Il importe donc, au point de vue des signes pronostiques et des indications thérapeutiques de ces maladies, de tenir compte des antécédents morbides aussi bien que des habitudes hygiéniques. A cette condition seulement on aura tous les rensei-
SÉMÉIOLOGIE.
gnements désirables, car il faut savoir que la mort, en pareil cas, est souvent liée à l’état général ou constitutionnel des malades. Ajoutons que, sans doute par suite de leur excitabilité nerveuse, les herpétiques sont particulièrement exposés aux hémorrhagies dans le cours des maladies aiguës. Les épistaxis, les métrorrhagies, les entérorrhagies sont manifestement plus fréquentes chez eux que chez tout autre malade exempt de névropathie.
Les lésions traumatiques sont, comme les maladies aiguës, bien supportées par les herpétiques, et se font remarquer à peu près uniquement par la tendance aux hémorrhagies et aux névralgies consécutives. Malgré leur état nerveux, ces malades sont rarement atteints de délire, ce qui tient sans doute à leur sobriété ; mais, grâce àleur vive sensibilité, ils ressentent doublement les impressions douloureuses causées par le traumatisme, et ces impressions ont pour conséquence de faire naître des hémorrhagies ou d’éveiller diverses manifestations se rattachant à l’herpétisme. Les arthrites sont de ce nombre, elles se produisent facilement à la suite des contusions articulaires. Il en est de même de plusieurs affections cutanées, l’herpès en particulier, quand surtout les nerfs sont lésés L Le moindre irritant suffit parfois à faire naître une éruption, au point que certains herpétiques sont dans l’impossibilité de se servir de savon pour la face, et que le contact du corps étranger
1. A. Veuneüil, De l’herpès traumatique {Mémoires de la Soc. de biologie, 1S73, série 5, l. V, p. 15). — l>. Berger, De l’influence des maladies constitutionnelles sur la marche des lésions traumatiques. Thèse d agrégation, Paris, 1875, p. 77, et aussi p. 37 et suivantes.
le plus innocenter! apparence ne peut être supporté par la peau. Un de mes malades était pris d’une éruption boutonneuse étendue, à chaque application d’un cataplasme de farine de lin , de telle sorte qu’il m’a fallu renoncer, chez lui, à l’emploi de cet émollient; un autre ne pouvait user du meilleur savon sans voir apparaître une éruption de la face. D’auti^es fois, on voit des clous survenir après l’application d’un vésicatoire, et ce moyen doit être abandonné. Ges faits, comme il est facile de s’en rendre coiupte, ont une importance pratique réelle, en ce sens qu’ils mettent le médecin en garde contre certaines éventualités parfois très fâcheuses.