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CHAPITRE III

SÉniÉIOLOOIE

Dans l’étude qui précède, nous nous sommes appliqué à faire, d’une façon aussi exacte que possible, l’histoire de l’herpétisme; mais la description que nous en avons donnée est forcément artificielle, et, dans la pratique, les choses ne se présentent pas toujours avec l’évolution régulière que nous avons indiquée. Le médecin est rarement appelé au début du mal, car il n’est malheureusement pas dans les habitudes du jour de lui demander de s’occuper des prédispositions morbides des enfants et de chercher à les modifier dès le jeune âge. Le plus souvent, il est mandé à l’occasion d’un désordre quelconque ou fonctionnel ou matériel, et alors il lui faut étudier isolément chacun des phénomènes présentés par le patient, les comparer et les rapporter non seulement à leur cause prochaine, mais encore à leur cause éloignée, qui est la maladie dont ils dépendent. Au travail d’analyse succède ainsi un travail de synthèse, en vertu duquel, partant d’un simple phénomène, l’homme de l’art s’élève jusqu’à la notion de la maladie. Cette partie de la science, qui consiste à transformer les symptômes en signes, constitue la séméiologie; elle comprend

SÉMÉIOLOGIE.

le diagnostic et le pronostic, et offre une importance d’autant plus grande qu’elle sert de base aux indications thérapeutiques.

g I. — Diagnostic.

Les signes diagnostiques se tirent des symptômes, de leurs modalités, du moment où ils se produisent, de leur évolution, de leur succession, et aussi, il faut bien l’avouer, de la connaissance des antécédents pathologiques du malade et de ses ascendants. Le symptôme est, avant tout, le point de départ du diagnostic, car, comme il diffère en général suivant la nature de la maladie à laquelle il appartient, une analyse minutieuse de ses caractères suffit ordinairement à éclairer le médecin sur la nature du mal. Supposé un enfant ou une personne atteinte d’une toux sèche, férine, quinteuse, persistantependant des semaines et des mois, à peine modifiée parles calmants ordinaires, il sera facile de reconnaîtred’après ces signes qu’il ne s’agit pas d’une bronchite «fricjore, mais d’une affection liée à un état constitutionnel, et si cet enfant a déjà eu de l’urticaire, si ses parents sont migraineux, hémorrhoïdaires, etc., le diagnostic sera celui de bronchite liée à l’herpétisme. Un adulte est atteint d’une éruption cutanée, sèche plutôt qu humide, symétrique, précédée de sensations de fourmillements ou de picotements, accompagnée des mêmes, sensations, et, avant tout, d’un prurit désagréable pendant le jour, insupportable sous l’influence de la chaleur du lit; qu’il s’agisse d’un eczéma, d’un lichen, d’un pso- 1 iasis, ou de toute autre forme élémentaire des maladies

TÜAITÉ DE L’HERPETISME.

cutanées, il y a toute raison de croire à une éruption herpétique, et si le malade accuse en môme temps des migraines, des hémorrhoïdes, s’il est chauve, la nature de cette affection ne peut laisser de doute.

D’un autre côté, chez une personne ayant plusieurs de ces accidents, quelques articulations, d’abord affectées d’élancements doidoureux, de sensations de brûlure, de cuisson, se tuméfient, deviennent chaudes et rougissent, alors, tout porte à croire que l’on se trouve en présence d’une arthrite herpétique aiguë. Ces mêmes parties présentent-elles des osléophytes, un rebord osseux circonscrivant la surface cartilagineuse, des craquements et des déformations : il s’agit de l’affection décrite sous le nom de rhumatisme chronique. Nous devons savoir en outre que cette affection est en connexion avec les accidents antérieurs, comme elle le sera avec d’autres qui surviendront plus tard, en un mot, qu’elle fait partie du complexus pathologique que nous désignons sous le nom d’herpétisme.

Voici un malade sec et maigre, peu coloré, qui se plaint de vertiges, d’étourdissements, d’incertitude dans la marche, qui dort mal et urine beaucoup ; il a les battements du cœur sourds, le second bruit éclatant, dédoublé, les artères temporales flexueuses, les artères radiales résistantes sous le doigt, les fémorales indurées: à ces caractères vous reconnaissez une lésion généralisée du système artériel; mais si cette lésion a été précédée ou se trouve accompagnée des manifestations dont il a été parlé précédemment, sa relation avec ces dernières ne peut être douteuse, et, cette fois encore, il y a lieu de conclure à l’herpétisme, comme en présence d’un en-

SÉMIOLOGIE.

semble de désordres tels que tubercules cutanés, exostoses, laryngite, chez un individu qui aurait eu un chancre, etc., l’existence de la syphilis est chose certaine.

Un dernier malade présente un état semi-comateux, se plaint de céphalée, gémit, a la respiration suspirieuse, intermittente en l’absence de tout désordre matériel du poumon, et de plus ses urines sont albumineuses. A cet ensemble il est facile de reconnaître une lésion rénale, une néphrite accompagnée des accidents dits urémiques; néanmoins, jusque-là, le diagnostic est incomplet, il faut encore déterminer le caractère de cette lésion et la nature de la maladie qui l’a engendrée. Ce malade est âgé, il a des urines pâles, d’une densité faible et n’est pas cnllé; de plus, son système artériel a tous les caractères des lésions athéromateuses : il devient évident qu’il s’agit d’une néphrite par lésion artérielle ; comme cette lésion est le fait d’un désordre morbide général, il reste à rechercher l’origine de ce désordre, et, de cette façon, on arrive à la notion de l’herpétisme. En somme, la prédisposition générale qui est le propre de cette maladie a donné naissance à l’altération du système artériel, et cette altération a engèndré la lésion du rein, d’où l’insuffisance fonctionnelle qui a amené l’urémie. Cette succession de désordres, qui est loin d’être rare, se reconnaît facilement. Les accidents urémiques conduisent à la notion de la néphrite, qui, à son tour, vient dévoiler la lésion du système artériel dont les caractères permettent d’arriver à la connaissance de l’herpétisme.

Ce que nous venons de dire d’un certain nombre de manilestations de l’iierpétisme s’applique à toutes les

28“2 TKAITÉ DE l.’HERl'ÉTIS.ME.

autres, et particulièrement au ramollissement et à l’hémorrhagie du cerveau, non pas que ces accidents, dont on a fait à tort des unités pathologiques, soient toujours des conséquences éloignées de l’herpélisme; ce qui est indiscutable, c’est qu’ils sont des effets d’une altération des artères encéphaliques, mais ils ne relèvent de l’herpélisme qu’autant qu’ils se lient à des poussées congestives et à l’altération généralisée des artères désignée par les auteurs sous le nom â'athéfome.

En somme, ce qui distingue l’herpétisme, ce sont les caractères particuliers de ses déterminations locales, leur succession et leur évolution spéciale. Néanmoins, malgré les signes qui résultent de la réunion de ces diverses circonstances, la maladie que nous appelons de ce nom est quelquefois difficile à différencier, et le médecin peut, dans un certain nombre de cas, éprouver de l’embarras. Par conséquent il nous paraît utile d’établir entre cette maladie et celles qui peuvent la simuler dans le cadre des maladies chroniques un parallèle aussi complet que possible, afin qu’il ne reste dans l’esprit du lecteur aucun doute sur son existence, et dans l’esprit du médecin aucune hésitation sur son diagnostic.

Parallèle avec la goutte. — L’obésité, le diabète gras, la gravelle urique et la goutte forment une première série de processus morbides qui se rencontrent successivement ou simultanément chez un même individu, dans une même famille b se succèdent par hérédité et procèdent d’une même condition pathogénique, l’in-

1. Deux frères que je soigne en ce moment sont, l’un obèse et diabétique, l’autre graveleux et goutteux ; les faits de ce genre sont relativement communs.

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suffisance des combustions. Un lien étroit de parenté unit par conséquent ces états pathologiques et les rend inséparables.

Or, rien de semblable n’existe pour l’herpétisme; non seulement cette maladie a une pathogénie différente des processus en question, mais elle coïncide si rarement avec l’obésité et le diabète, qu’il faut renoncer cà voir une liaison quelconque entre ces états pathologiques, et partant aussi avec la goutte. L’herpétisme toutefois est souvent confondu avec cette dernière maladie ; un grand nombre d’auteurs décrivent sous le nom d’arthritisme leurs diverses manifestations, qu’il importe de distinguer, et parmi ceux qui pensent qu’elles doivent être séparées, beaucoup les confondent encore, et traitent comme goutteux, à l’aide du colchique et de la lithine des personnes qui ont simplement de l’arthrite déformante des petites articulations. On ignore toujours que la goutte est rare, tandis que le rhumatisme noueux est une maladie des plus communes *.

Maladie constitutionnelle et héréditaire, la goutte n’est pas sans analogies avec l’herpétisme; comme lui, elle évolue pendant tout le cours de la vie, se manifeste d’abord par de simples troubles dynamiques et plus tard par des désordres matériels, ce qui explique la confusion que nous signalions tout à l’heure. Cependant, des différences sensibles séparent nettement ces maladies, tant dans leurs manifestations symptomatiques et anatomiques que dans leur évolution. Si la goutte débute

1. Si la goutte est regfirclée comme beaucoup plus commune en ville qu ti 1 hôpital, c est surtout, croyons-nous, parce qu’on n’y fait pas les autopsies.

TRAITÉ DE LMIERPÉTISME.

quelquefois par des épistaxis, de la chlorose, des migraines, etc., il n’est pas moins vrai qu’elle commence le plus souvent par des (luxions articulaires qui ont pour siège habituel les petites articulations et notamment les articulations métatarso-phalangienne du gros orteil, et métacarpo-phalangienne du pouce. Des douleurs brusques et subites se font sentii- dans ces articulations, ordinairement pendant la nuit; bientôt après, le point lésé rougit et se tuméfie, puis survient un œdème prononcé, ferme et néanmoins susceptible de conserver l’impression du doigt, qui s’étend quelquefois à une partie du membre et finit par une desquamation épidermique; en même temps il existe une réaction fébrile, légère, proportionelle au nombre des jointures atïectées : c’est l’attaque de goutte articulaire. Mais à côté de cette poussée articulaire, on voit survenir, dans quelques cas, au sein du tissu cellulaire sous-cutané, une tuméfaction œdémateuse semblable à celle qui existe au début d’un phlegmon diffus. J’ai observé des fluxions de ce genre chez des goutteux, une fois aux jambes et à la cuisse, une autre fois à l’avant-bras et au bras ; elles se déplacent, dans quelques cas, persistent pendant un certain temps disparaissent et peuvent alterner avec des fluxions articulaires. Je n’ai jamais rien observé de semblable dans l’herpétisme.

Comparées aux poussées articulaires de la goutte , celles de l’herpétisme ont une ressemblance telle qu’il peut être difficile de les différencier au lit du malade : c’est lorsqu’elles siègent aux articulations. Néanmoins, dans les arthrites de l’herpétisme, la tuméfaction articulaire est peu considérable ou nulle, et, lorsqu’il existe

SÉMÉIOLOGIE.

de l’œdème, celui-ci est mou et ne persiste pas comme dans la goutte ; la douleur surtout est beaucoup moindre, mais il est vrai qu’elle peut durer de un à deux mois. Dans une autre phase, les déformations viennent en aide au diagnostic : elles consistent, dans la goutte, en saillies irrégulières plus ou moins volumineuses, un peu molles, situées principalement aux laces antérieure et postérieure des articulations, tandis que, dans l’arthrite déformante, elles sont formées par des proéminences fermes, arrondies et qui siègent de préférence sur les côtés des surfaces articulaires; enfin les craquements, si communs dans l’arthrite herpétique, sont des plus rares dans l’arthrite goutteuse. D’ailleurs, si ces affections peuvent être confondues en clinique, il faut bien reconnaître qu’en anatomie pathologique elles sont séparées par des diftérences absolument tranchées.

L’arthrite goutteuse est constituée par une infiltration uratique du cartilage diarthrodial et parfois aussi des autres parties de l’articulation, iofiltration qui donne aux surfaces articulaires un aspect blanchâtre, comme si on y avait déposé une couche de plâtre gâché. Cette infiltration est tellement abondante dans quelques cas, que les cristaux d’urate de soude s’accumulent dans la cavité articulaire et forment, de chaque côté des ligaments, des masses saillantes plus ou moins molles ou tophus (Voyez mon Atlas d'anatomie pathologique, planche 54). Au contraire, l’arthrite déformante ou rhumatisme noueux, manifestation herpétique, ne présente aucune infiltration uratique, son processus consiste essentiellement dans la production d’ostéophytes péri-arliculaires et dans la multiplication des cellules du car-

28() TRAITÉ DE I/ll ERPÉTISME.

lilage diarlhrodial, avec segmenlalion de la substance fondamentale. Il résulte de là, au cenire de l’articulation, rusurc des cartilages, et à lapériphérie, où le frottement est beaucoup moindre, la formation de bourrelets osseux et d’ostéopliytes plus ou moins volumineux. Ces deux ordres de lésions, Tune purement passive, l’infiltration uratique, l’autre véritablement active, la multiplication des éléments cartilagineux, sont en réalité absolument distincts, et par conséquent les maladies qu’elles représentent ne peuvent être identiques. Si donc il arrive de constater l’existence simultanée de ces lésions, c’est qu’il y a juxtaposition de la goutte et de l’herpétisme, car des maladies caractérisées par des désordres anatomiques aussi dissemblables ne peuvent se transformer et se confondre.

Les goutteux, comme les herpétiques, sont fréquemment atteints, à un certain âge de la vie, de lésions du système artériel ; mais ces lésions consistent, chez les premiers, en des épaississements mamelonnés de la tunique interne (endartérite noueuse), tandis que, chez les seconds, elles se traduisent principalement par la dilatation des artères. Le cerveau etles reins, fréquemment altérés dans les mêmes conditions, présentent aussi des désordres différents. Le cerveau du goutteux ne se fait guère remarquer que par un certain degré d’hydropisie ventriculaire, tandis que celui de l’herpétique est souvent atteint de ramollissement ou d’hémorrhagie. Indurés et diminués de volume, les reins du goutteux sont symé- Iriquement altérés, arrondis, parsemés de granulations miliaires ou lenticulaires assez égales; indurés comme les précédents et plus ou moins atrophiés, les reins de

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l’herpétique sont au contraire aplatis et inégalement affectés de chaque côté ; les granulations de leur surface sont très variables et souvent séparées par des dépressions qui ont la direction des branches artérielles*.

Par.vllèle avec le rhumatisme articulaire. — Le rhumatisme articulaire aigu ou fièvre rhumatismale^ confondu à tort avec le rhumatisme chronique, est, comme la goutte, une maladie essentiellement distincte de riierpétisme tant par ses manifestations symptomatiques que par ses lésions anatomiques et son évolution. Maladie plus souvent acquise qu’héréditaire, il se révèle par des déterminations morbides du côté des articulations et des viscères. Les premières de ces localisations tendent à se généraliser, bien qu’elles affectent de préférence les grosses articulations. Celles-ci, tuméfiées, peu ou pas œdémateuses, d’un rouge rosé, sont le siège de douleurs extrêmement vives, spontanées ou provoquées; mais ce qui caractérise particulièrement l’arthrite du rhumatisme articulaire aigu, c’est son déplacement et sa mobilité. Le mal passe facilement d’une articulation à l’autre dans le rhumatisme aigu, tandis que les poussées articulaires de l’arthrite déformante se distinguent par une certaine fixité. La fièvre est intense, les sueurs sont ordinairement profuses dans la première de ces maladies, la fièvre est modérée ou nulle dans la seconde. L’évolution des poussées de l’arthrite déformante ou herpétique est longue et d’une durée de six semaines à deux mois, tandis que celle du rhumatisme aigu ou

l.E. Lancereaux, Néphrite et arthrite saturnines; parallèle avec la néphrite et l arthrite goutteuses {Archives generales de médecine, 1881, t. II, p. 641).

THAITÉ DK i;ilEKI>ÉïlSMK.

fièvre rhumalisniale varie entre huit jours et un mois.

Les lésions viscérales observées dans ces deux maladies ne sont pas moins distinctes. Tandis que le rhumatisme articulaire aigu engendre une endocardite qui affecte spécialement la valvule mitrale et détermine le rétrécissement de l’orifice de ce nom. les poussées articulaires de l’herpétisme, du moins si je m’en rapporte à ma propre observation, laissent le plus souvent le cœur intact, et si on constate quelquefois des bruits de souffle dans le cours de ces poussées, il y a lieu de reconnaître qu’ils ne sont pas dus à des lésions du genre de celles qui accompagnent le rhumatisme franc. Effectivement les désordres valvulaires constatés par les professeurs Charcot etCornil ^ dans le cours durhumatisme chronique diffèrent de ceux que présente le rhumatisme aigu par l’absence de généralisation à toute la circonférence de la valvule et d’un rétrécissement prononcé de l’orifice mitral-, de sorte qu’il y a lieu de les en séparer. Ajoutons que le rhumatisme aigu, dont la localisation cardiaque est si manifeste et si grave, n’affecte pas les artères, tandis que les lésions articulaires de l’herpétisme, à peu près sans effet sur le cœur, sont presque toujours suivies sinon accompagnées de lésions généralisées du système artériel. La fièvre rhumatismale, en somme, localise ses effets sur les valvules du cœur, et l’herpétisme sur le système artériel.

De toutes ces données nous concluons que le rhuma-

1. V. Cornil, Mémoire sur les coïncidences pathologiques du rhumatisme articulaire chronique {Mémoires de la Société de biologie, 18G5, sér. i, t. I, et Gai. méd. de Paris, 1861, p. 541,569 et 586.

2. Consultez, sur les caractères de l'endocardite rhumatismale, mon Traité d'anatomie pathologique, t. II, p. 731.

SÉMÉIOLOGIE.

tisme articulaire aigu constilue une maladie à part, absolument différente du rhumatisme dit chronique, manifestation de l’herpétisme. J’ajouterai en terminant, pour affirmer encore celte distinction, que le rhumatisme articulaire aigu survient en général dans le jeune âge, chez des personnes exposées à l’humidité, comme les garçons de café, les garçons épiciers, etc., tandis que les manifestations articulaires de l’herpétisme (rhumatisme chronique) se rencontrent de préférence chez des personnes âgées de quarante à soixante ans, qu’elles aient été ou non soumises à l’action du froid humide.

La goutte et le rhumatisme articulaire aigu sont les maladies qui se rapprochent le plus de l’herpétisme et qui s’en distinguent le moins facilement. Toutefois, il n’est pas superflu d’établir un parallèle entre ce processus morbide et les autres maladies chroniques, le cancer, la scrofulose et la tuberculose, la lèpre, la syphilis, l’alcoolisme, le saturnisme, l’impaludisme et l’hystérie; ce sera parcourir tout le cadre de ces maladies, qui est beaucoup plus restreint qu’on ne pourrait le croire dans l’état actuel de la nosologie, avec les classifications artificielles généralement admises.

Parallèle avec la carcinose. — Bien que le cancer ne soit pas extrêmement rare dans le cours de l’herpétisme, il ne se distingue pas moins très nettement de cette maladie, et il n’est pas possible, à l’exemple de Bazin et de quelques autres auteurs , d’en faire une de ses manifestations. Ce qui le caractérise, c’est tout à la fois sa marche et la nature de son produit. Constitué par une végétation épithéliale indéfinie, le cancer diffère

LANCEREAüX. 19

TltAITÉ DK L’HEUPÉilSMi;.

fièvre rhumalisniale varie entre huit jours et un mois.

Les lésions viscérales observées dans ces deux maladies ne sont pas moins distinctes. Tandis que le rhumatisme articulaire aigu engendre une endocardite qui affecte spécialement la valvule mitrale et détermine le rétrécissement de l’orifice de ce nom, les poussées articulaires de l’herpétisme, du moins si je m’en rapporte à ma propre observation, laissent le plus souvent le cœur intact, et si on constate quelquefois des bruits de souffle dans le cours de ces poussées, il y a lieu de reconnaître qu’ils ne sont pas dus à des lésions du genre de celles qui accompagnent le rhumatisme franc. Effectivement les désordres valvulaires constatés par les professeurs Charcot etCornil ^ dans le cours durhumatisme chronique diffèrent de ceux que présente le rhumatisme aigu par l’absence de généralisation à toute la circonférence de la valvule et d’un rétrécissement prononcé de l’orifice mitral% de sorte qu’il y a lieu de les en séparer. Ajoutons que le rhumatisme aigu, dont la localisation cardiaque est si manifeste et si grave, n’affecte pas les artères, tandis que les lésions articulaires de l’herpétisme, à peu près sans effet sur le cœur, sont presque toujours suivies sinon accompagnées de lésions généralisées du système artériel. La fièvre rhumatismale, en somme, localise ses effets sur les valvules du cœur, et l’iierpélisme sur le système artériel.

De toutes ces données nous concluons que le rhuma-

1. V. Cornil, Mémoire sur les coïncidences pathologiques du rhumatisme articulaire chronique [Mémoires de la Société de biologie, 1865, sér. i, t. I, et Gau. méd. de Paris, 186 i, p. 541,569 et 586.

2. Consultez, sur les caractères de l'endocardite rhumatismale, mon Traité d'anatomie pathologique, t. II, p. 731.

SÉMÉIOLOGIE.

tisme articulaire aigu constitue une maladie à part, absolument différente du rhumatisme dit chronique, manifestation de l’herpétisme. J’ajouterai en terminant, pour affirmer encore celte distinction, que le rhumatisme articulaire aigu survient en général dans le jeune âge, chez des personnes exposées à l’humidité, comme les garçons de café, les garçons épiciers, etc., tandis que les manifestations articulaires de l’herpétisme (rhumatisme chronique) se rencontrent de préférence chez des personnes âgées de quarante à soixante ans, qu’elles aient été ou non soumises à l’action du froid humide.

La goutte et le rhumatisme articulaire aigu sont les maladies qui se rapprochent le plus de l’herpétisme et qui s’en distinguent le moins facilement. Toutefois, il n’est pas superflu d’établir un parallèle entre ce processus morbide et les autres maladies chroniques, le cancer, la scrofulose et la tuberculose, la lèpre, la syphilis, l’alcoolisme, le saturnisme, l’impaludisme et l’hystérie ; ce sera parcourir tout le cadre de ces maladies, qui est beaucoup plus restreint qu’on ne pourrait le croire dans l’état actuel de la nosologie, avec les classifications artificielles généralement admises.

Parallèle avec la carcinose. — Bien que le cancer ne soit pas extrêmement rare dans le cours de fherpétisme, il ne se distingue pas moins très nettement de cette maladie, et il n’est pas possible, à l’exemple de Bazin et de quelques autres auteurs , d’en faire une de ses manifestations. Ce qui le caractérise, c’est tout à la fois sa marche et la nature de son produit. Constitué par une végétation épithéliale indéfinie, le cancer diffère

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absolument des lésions qui appartiennent à l’berpétisme, el n’est jamais précédé, comme ces dernières, de désordres dynamiques multiples, attendu que, dans le plus grand nombre des cas, il se développe au milieu de la plus belle santé, chez des personnes qui jusque-là s’étaient toujours bien portées.

Parallèle avec la scrofulose et la tuberculose. — La scrofule, maladie le plus souvent acquise, localise ses effets sur le système lymphatique de la peau et des autres parties du corps; c’est pourquoi les adénopathies comptent parmi ses manifestations les plus communes. Nous savons, par contre, que ces affections n’existent pas dans la dartre. La scrofule, du reste, se révèle uniquement par des lésions matérielles, le plus souvent froides et indolentes; ces lésions, ordinairement suintantes à la peau, ne sont jamais accompagnées des sensations de cuisson et de prurit si particulières aux éruptions dartreuses. Quant aux lésions des os et des viscères, elles sont tellement distinctes de celles de l’herpétisme qu’il nous paraît inutile de nous y arrêter.

Les lésions et la marche de la tuberculose sont trop différentes des lésions et de la marclie de l’herpétisme pour qu’il y ait lieu d’établir un parallèle entre ces maladies. Néanmoins comme la première complique souvent la dernière, et que cette circonstance est de nature à embarrasser le médecin dans certains cas, par exemple, lorsqu’une hémoptysie vient à se déclarer chez un herpétique habitué à tousser, il importe de se rappeler que ce symptôme a des caractères distincts dans la tuberculose et l’herpétisme. L’hémoptysie herpétique

SÉMÉIOLOGIE.

offre tous les caractères des hémorrhagies névropathiques % c’est-à-dire qu’elle est intermittente ou même périodique et fatigue peu les malades, tandis que l’hémoptysie tuberculeuse est continue, souvent abondante et dans tous les cas très fatigante.

Par.vllèle avec la lèpre. — Constitutionnelle et essentiellement héréditaire, la lèpre, plus rare aujourd’hui qu’autrefois, offre avec l’herpétisme une analogie telle, qu’on pourrait dire de quelques-uns de nos herpétiques qu’ils sont des descendants de lépreux. Effectivement, de même que l’herpétisme, la lèpre se révèle tout d’abord par des désordres purement dynamiques et plus tard par des lésions matérielles. Mais, à côté de cette ressemblance d’évolution, il existe des différences qui s’accusent dès la première phase de la maladie ; par exemple, l’anesthésie, manifestation commune de la lèpre, est rarement observée dans l’herpétisme. D’autre part, les localisations anatomiques de la lèpre sur la moelle épinière et sur les nerfs, comme aussi les lésions organiques profondes et destructives qui en sont Inconséquence, rendent impossible la confusion entre ces deux maladies *.

Parallèle avec la syphilis. — La syphilis est une maladie virulente qui commence par un accident local et présente toute une série de manifestations anatomiques se localisant d’une façon spéciale sur le système lymphatique des téguments et des organes. Très différente de

1. Voyez, sur les liémorrhagies névropathiques, notre Traité d'anatomie pathologique. Paris 1875-1877, t. 1, p. 558.

2. Voyez, sur les lésions de la lèpre, notre Traité d'anatomie pathologique. Paris, t. H, p. 222.

l’herpétisme par son origine, elle s’en rapproche par quelques-unes de ses manileslalions cutanées, attendu que les syphilides secondaires, comme les herpétides, peuvent revêtir toutes les formes élémentaires décrites par Willan et Bateman. Dans la syphilis, toutefois, ces formes multiples se distinguent par une coloration brunâtre, cuivrée, un groupement particulier en cercle ou demi-cercle, et surtout par l’absence de prurit, phénomène important de l’éruption herpétique. Ces deux ordres d’éruptions diffèrent donc parleur origine, parleurs caractères objectifs et subjectifs ; mais ils se distinguent en outre par leur évolution et leur mode de terminaison, car les syphilides superficielles appartiennent à une phase déterminée de la maladie dont elles dépendent, et ne reviennent jamais indéfiniment comme les herpétides. Les manifestations viscérales de ces deux maladies, consistant les unes en des lésions profondes et destructives, les autres en des lésions superficielles et non ulcéreuses, sont trop différentes pour nous arrêter^ 11 convient toutefois de dire un mot des désordres articulaires.

L’arthrite syphilitique secondaire pourrait à la rigueur être prise pour une poussée aiguë de l’arthrite déformante ; mais elle est une affection rare qui coexiste presque toujours avec une éruption spécifique de la peau. L’arthrite tertiaire, par sa localisation aux grosses

1. Il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir à consulter des malades atteints de trachéite herpétique et qui, en raison de la persistance de leur affection, m’étaient adressés comme pouvant avoir une lésion syphilitique de la trachée et des bronches. Si l’on tient compte des caractères que je viens d’indiquer, il est impossible de confondre ces deux affections, dont 1 une, superficielle, n’est jamais suivie de rétrécissement des canaux aériens, tandis que l’autre, profonde, finit presque toujours par mettre obstacle au passage de l’air à travers les voies aériennes.

SÉMÉIOLOGIE. 293

articulations, l’absence de réaction, la possibilité de la marche, alors même qu’elle siège aux membres inférieurs, serait facilement confondue avec une arthrite sèche, si ce n’était l’absence habituelle de craquements et de déformations, et l’existence, dans un certain nombre de cas, de douleurs à exacerbations nocturnes.

Parallèle avec le saturnisme. — Maladie acquise, exceptionnellement héréditaire, le saturnisme est par cela même distinct de l’herpétisme ; mais ces deux grands processus morbides ne sont pas sans avoir des ressemblances frappantes. Le saturnisme, comme l’hefpétisme, présente dans son évolution deux phases successives, caractérisées, l’une par des troubles dynamiques, l’autre par des désordres matériels. Il se manifeste tout d’abord par de l’anémie, des coliques sèches, de l’arthralgie, et plus tard par de la paralysie, des lésions du système artériel, des reins et des articulations. Semblables aux lésions articulaires de la goutte, et comme elles caractérisées par une infiltration uratique des cellules cartilagineuses, les arthrites saturnines sont nettement distinctes des arthrites déformantes de l’herpétisme. Les lésions produites par le plomb dans le système artériel et les reins se différencient de celles de l’herpétisme par les mêmes caractères que les désordres de la goutte auxquels elles ressemblent. Les artères, dont la tunique interne est souvent épaissie, ne présentent pas dans le saturnisme la dilatation qui est propre à l’herpétisme, et les reins, quoique atrophiés et granuleux, n’offrent pas l’aplatissement et l’irrégularité d’altération qu’ils ont dans cette dernière ma-

ladie ; et, d’ailleurs, leurs modifications ne sont pas absolument liées au désordre du système artériel. La mort, dans le saturnisme comme dans l’herpétisme, survient le plus souvent à la suite d’accidents urémiques ou d’une hémorrhagie cérébrale ; alors, le diagnostic différentiel de ces deux maladies repose plus spécialement sur les antécédents pathologiques des malades.

Parallèle avec l’alcoolisme et la pellagre. — L’alcoolisme et la pellagre, maladies acquises plus souvent qu’héréditaires, se font remarquer par des désordres purement dynamiques auxquels succèdent des lésions matérielles multiples. En cela, ces maladies ont une évolution qui a de l’analogie avec celle de l’herpétisme ; mais les désordres fonctionnels ou matériels qui les caractérisent sont trop différents de ceux de l’herpétisme pour qu’il soit nécessaire d’en faire le parallèle. Cependant il y a lieu de reconnaître que certaines manifestations de l’alcoolisme pourraient être confondues avec des manifestations similaires de l’herpétisme.

La névralgie intercostale, qui est généralement éveillée par un état gastrique, aussi bien dans l’alcoolisme que dans l’herpétisme, est de ce nombre; mais cette affection, manifestement intermittente chez les herpétiques, n’est pas accompagnée de l’insomnie et des désordres de la sensibilité des extrémités, propres aux alcooliques. Dans sa phase avancée, lorsque la plupart des artères sont devenues athéromateuses, l’herpétisme se révèle quelquefois par des désordres cérébraux, insomnie, cauchemars, délire, ou encore par des désordres sensitifs, engourdissements, hyperesthésie ou anesthésie des extrémités.

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symptômes qui seraient de nature à faire croire à l’alcoolijine, si l’àge des individus, l’état du système artériel et l’absence de pituites matutinales ne venaient mettre le médecin sur la voie du diagnostic et faire rejeter toute idée d’intoxication. Nous rappellerons que c’est par erreur que l’alhérome artériel est attribué aux excès de boisson, puisque, sur plusieurs centaines d’autopsies de buveurs, cette altération s’est présentée deux fois seulement à notre observation, et que, d’un autre côté, les athéromateux sont des névropathes obligés pour la plupart d’être sobres.

Parallèle avec l’impaludisme. — La maladie générale ressortissant à l’empoisonnement maremmatique se manifeste par toute une série de désordres pathologiques, dynamiques, ou matériels, qui la rapprochent de l’herpétisme. Ces désordres toutefois diffèrent d’une façon sensible dans ces deux maladies : les attaques de fièvre intermittente ne peuvent être confondues avec les manifestations de la première période de l’herpétisme, et leur existence servira à distinguer l’urticaire et le purpura impaludiques de ces mêmes affections se rattachant à la dartre. La névralgie, symptôme commun aux maladies en question, peut prêter à des erreurs de diagnostic, c’est pourquoi nous avons indiqué plus haut les caractères qui permettent de la différencier dans l’un et l’autre cas. Les lésions matérielles de l’impaludisme, qui ont pour siège ordinaire le foie, la rate, les poumons, le cœur et le système artériel, sont entièrement différentes de celles de l’herpétisme affectant les mêmes organes. D’abord, les manifestations viscérales

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de l’impaludisme ne sont pas, comme celles de l’herpétisme, sous la dépendance exclusive d’un désordre du système circulatoire, ensuite les lésions artérielles sont généralisées dans cette dernière maladie, tandis qu’elles sont toujours circonscrites dans la première.

Parallèle avec l’hystérie. — L’hystérie, qui n’est pas une maladie définie, mais un complexus symptomatique, se sépare difficilement, dans quelques circonstances du moins, de l’herpétisme, d’autant plus que les descendants des herpétiques sont prédisposés aux accidents hystériformes ; mais, avec un peu d’attention, il sera facile de distinguer ces accidents et de reconnaître qu’ils sont venus s’ajouter aux manifestations de l’herpétisme. Cependant on confond quelquefois la boule hystérique avec une simple contraction du pharynx et de l’œsophage liée à l’herpétisme. Pour éviter cette confusion, il suffit de se rappeler que la boule hystérique consiste en une sensation qui de l’épigastre remonte jusqu’au pharynx, tandis que le spasme de l’herpétisme reste limité à la région inférieure de cet organe, et accompagne ordinairement une angine granuleuse.

Telles sont les différentes maladies qui se rapprochent de l’herpétisme, soit par leurs manifestations symptomatiques, soit par leur évolution. Or l’étude comparative que nous venons de faire nous ayant montré des différences notables , la conclusion que l’herpétisme constitue un état pathologique absolument distinct et univoque s’impose nécessairement à l’esprit; d’un autre côté, la plupart des grands processus morbides chroniques ayant été passés

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en revue, il faut bien reconnaître que l’étude de ces processus est relativement simple et facile, contrairement à l’opinion de quelques auteurs qui s’appliquent à la compliquer. Ajoutons que cette étude se simplifiera encore à mesure que nos connaissances anatomiques et physiologiques deviendront plus précises.

§ 2. — Pronostic.

L’herpétisme consistant en une série de manifestations diverses et successives, il est clair qu’une seule de ces manifestations peut donner la clef de toutes les autres, et permettre au médecin de connaître le passé et de prévoir l’avenir de son malade. Ce fait, qui conduit naturellement à une intervention préventive, est donc des plus importants et ne doit pas être négligé. Le diagnostic herpétisme implique forcément l’idée d’une maladie de longue durée, ayant commencé par des migraines, des névralgies, etc., et devant se terminer par des lésions des articulations, du svstème artériel, du cerveau, des reins ou même des poumons.

L’état pathologique que nous désignons sous le nom d’herpétisme est dangereux, au moins dans un certain nombre de cas, tant pour l’existence de l’individu, que pour celle delà famille; mais le danger dont il est la cause varie suivant la forme de la maladie et les circonstances diverses qui peuvent la modifier.

La forme de l’herpétisme que nous avons qualifiée de bénigne est de toutes la moins grave, et si les accidents qui la constituent sont quelquefois gênants, par le prurit, la douleur, etc., cependant ils ne deviennent un danger

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réel que lardivemenl, et permetlcnl une longue existence. Il n’en est pas de même de la forme maligne, qui expose à des infirmités sérieuses des personnes encore jeunes, et tue parfois à un Age peu avancé de la vie. La forme commune est intermédiaire aux deux précédentes.

Durant la phase des désordres fonctionnels ou dynamiques, l’herpétisme compromet rarement l’existence, et n’a d’autre inconvénient que les souffrances qu’il détermine, les ennuis qu’il cause aux malades, les inquiétudes de ces derniers, dont la tendance est de se croire mortellement atteints, pour la moindre indisposition. Quand survient la période des lésions matérielles, cette maladie est grave par les infirmités auxquelles elle expose, l’impossibilité plus ou moins absolue de marcher si les articulations sont le siège de la localisation, les douleurs excessives et l’état moral qui accompagnent les lésions de ces parties. L’existence est jusque-là peu ou pas compromise ; mais il n’en est plus de même lorsque le système artériel vient à se prendre. L’altération de ce système, voilà le danger réel, le grand ennemi: mais ce danger, comme il est facile de le comprendre, varie avec l’importance fonctionnelle des vaisseaux plus spécialement affectés.

L’altération de l’aorte et des artères des membres est compatible avec l’existence, mais celle des artères cérébrales, des coronaires cardiaques et des artères rénales l’est au contraire fort peu, à cause des désordres matériels des organes auxquels se distribuent ces vaisseaux. Ce sont, en effet, les désordres isolés ou simultanés du cerveau, des reins et du cœur, qui, le plus souvent, conduisent à la mort, et celle-ci a lieu par apoplexie céré-

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braie, par syncope, asystolie cardiaque, ou encore par insuffisance de la fonction urinaire; elle est enfin exceptionnellement le fait d’une gangrène sèche des extrémités, ou de la formation d’eschares à la région sacrée. La mort, dans un certain nombre de cas, survient à propos d’un désordre insignifiant, d’un état gastrique, d’un refroidissement, d’une pleurésie légère, ou encore à la suite d’une maladie intercurrente, comme une pneumonie ou un érysipèle. Il importe de ne pas oublier que les conditions organiques des herpétiques dont le système artériel est altéré, constituent une prédisposition à la mort qui est souvent rapide, et qu’il suffit du moindre accident pour la provoquer.

Les poumons sont rarement en cause lorsque la marche de la maladie est régulière, et s’ils contribuent quelquefois à amener la mort, c’est par suite du développement d’une bronchite aiguë et généralisée venant compliquer un emphysème. Ajoutons que ces organes sont manifestement exposés à la tuberculose et que cette complication est des plus sérieuses. Bien qu’elle se manifeste à un âge relativement avancé de la vie, cette complication n’est pas moins l’une de celles qui tuent le plus tôt, et par conséquent l’une de celles que l’on doit le plus redouter. Les excès de tout genre, une hygiène mauvaise, sont des circonstances qui contribuent à la faire naître et viennent aggraver le pronostic de l’herpétisme. Les troubles gastriques, si communs pendant le cours de cette maladie, peuvent dans quelques cas aider au même résultat.

Le danger de l’herpétisme dans la famille s’accuse par la gravité de ses manifestations, et se révèle en outre par

des changements d’organisation d’une importance réelle. Ces changements consistent dans une diminution plus ou moins prononcée de la taille, l’amincissement du corps avec aplatissement du thorax, l’état généralement glabre de la région sternale, et la présence habituelle de poils longs, minces et clairsemés.

En somme, l’herpétisme est une maladie sérieuse qui tôt ou tard vient mettre les jours en danger, bien qu’elle ait des temps d’arrêt quelquefois assez longs pour qu’une grande partie de la vie se passe sans souffrances. La disparition totale de celte tendance morbide est-elle absolument impossible? Telle n’est pas ma pensée ; je suis d’avis que l’organisme humain parvient à se débarrasser des prédispositions morbides les plus tenaces, lors même qu’elles sont l’elfet de l’hérédité, pourvu qu’il soit soumis assez tôt à une hygiène appropriée. La difficulté est de trouver des moyens hygiéniques convenables et de pouvoir les appliquer assez tôt; autrement la tendance héréditaire se maintient, et c’est la ce qui fait que l’herpélisme est une maladie des plus répandues.

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