I. — TRAITEMENT GÉNÉRAL
Le traitement général est celui qui s’adresse à la prédisposition du sujet; or, nous savons que celle-ci consiste en un trouble spécial de l’appareil nerveux transmis le plus souvent par hérédité; par conséquent, ce grand appareil doit être visé avant tout par le médecin.
L’indication principale est de modifier aussitôt que possible, dès l’enfance, la susceptibilité nerveuse, l’excitabilité réflexe exagérée qui est l’essence même de l’herpétisme. Les moyens hygiéniques ont ici leur indication, mais, d’un autre côté, les agents médicamenteux ne doivent pas être négligés.
Ceux-ci ont dans beaucoup de circonstances la plus grande utilité, à la condition qu’ils s’adressent au système nerveux et qu’ils tendent à combattre son excitabilité native. Toutes les substances qui ont pour effet de modifier la sensibilité réflexe trouvent ici leur indicâtion. Mais de toutes ces substances, le bromure de potassium est celle qui présente le moins d’inconvénients et qui est le mieux supportée. L’emploi modéré et longtemps continué de cet agent thérapeutique, combiné avec les moyens extérieurs, est certainement appelé à donner de bons résultats. L’iodure de potassium et l’arsenic sont utilement employés lorsqu’il existe des lésions matérielles des organes; mais il importe d’en cesser l’usage dès que ces lésions ont disparu.
Le traitement des manifestations localisées de l’herpétisme est surtout médicamenteux; mais croire que, pour combattre ces manifestations, il faille accumuler formules sur formules serait une méprise complète. Tout traitement, pour être efficace, doit être simple ; c’est là une vérité déjà entrevue par Bichat qui, guidé par le bon sens, écrivait dès le commencement de ce siècle : « On dit que la pratique de la médecine est rebutante, je dis plus, elle n’est pas, sous certains rapports, celle d’un homme raisonnable, quand on n’en puise les principes que dans la plupart de nos matières médicales. »
Une thérapeutique trop compliquée laisse forcément le médecin dans l’ignorance des effets produits par chacune des substances qu’il emploie; mais indépendamment de ce fait, elle est encore un inconvénient ou même un danger pour le malade, si on admet que toute substance médicamenteuse inutile est presque toujours nuisible. Toutefois, s’il est nécessaire de simplifier le traitement de l’herpétisme, il n’est pas moins important de le varier dans beaucoup de circonstances et surtout dans les différentes périodes de cette maladie. La phase des désordres purement fonctionnels n’est pas influencée par les mêmes agents thérapeutiques que celle des lésions matérielles, et si cette dernière exig.: l’emploi de substances exerçant leur action sur la nutrition, les manifestations de la première période de Therpétisme sont facilement combattues par des agents purement dynamiques.
Désordres fonctionnels. — Le sulfate de quinine, la digitale, 1 ergot de seigle, le bromure de potassium, la morphine, l’hydrate de chloral, Taconitine, etc., tels sont
LANCEHEAUX. c>n
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
les médicaments qui suivant l’indication à remplir, rendent des services réels dans la raaladiequi nous occupe, tant qu’il ne s’agit pas de combattre des lésions matérielles.
Le sulfate de quinine est un agent précieux dans ces conditions. Administré contre les névralgies, il fait cesser en quelques jours la douleur qui, tout d’abord, devient lancinante, plus vive, et cesse peu à peu. Le retour des paroxysmes est éloigné ou rapproché, et enfin la crise ne revient plus. Tels sont les effets observés dans la névralgie faciale herpétique, à la condition toutefois que le médicament soit porté à une dose suffisante. Une dame âgée de trente-cinq ans vint me consvdter dernièrement pour des douleurs névralgiques de la face tellement intenses qu’elle parlait de se suicider. Elle m’annonça qu’elle avait déjà fait usage, sans résultat, du sulfate de quinine que je lui prescrivais; mais comme je l’engageai à revenir à l’emploi de ce médicament, persuadé qu’il devait réussir à une dose plus élevée, elle refusa, et au bout de quelques jours seulement elle se décida. Je lui fis prendre 80 centigrammes de ce médicament le premier jour, i gramme le second jour, et Is" 20 le troisième jour. Elle se trouva beaucoup mieux, et deux jours plus tard elle était totalement délivrée de ses souffrances.
Les viscéralgies sont également modifiées par ce même agent. Une dame âgée de soixante-deux ans était prise toutes les cinq semaines de crises douloureuses excessives dans tout le ventre, accompagnées de pâleur, de sueurs froides, de vomissements et quelquefois de diarrhée. Je parvenais à peine à calmer à l’aide de la morphine ces douleurs qui duraient ordinairement pendant
l'ROlMlYLAXIB ET THÉRAPEUTIQUE. ‘Ml
cinq à six jours et môme plus, lorsque, m’apercevant d’une sorte de paroxysme la nuit, j’eus l’idée d’administrer chaque jour trois et quatre cachets de sulfate de quinine, de 20 centigrammes chacun. De cette façon les crises cessèrent, et lorsqu’au bout de quelques semaines elles se firent de nouveau sentir, 80 centigrammes de la même substance les firent avorter. Ces crises se rapprochèrent peu à peu, revinrent chaque mois, puis toutes les trois semaines; ellesn’ont pas reparu depuis deux ans. J’ai pu d’ailleurs arrêter en deux jours, par la quinine, une diarrhée herpétique datant de plusieurs semaines.
Les migraines sont également combattues par ce médicament isolé ou associé à la digitale. Le sulfate de quinine est en outre un excellent moyen à opposer aux affections spasmodiques de l’herpélisme, je l’ai vu réussir dans l’asthme nasal, l’asthme pulmonaire, et surtout dans les quintes de toux fatigantes qui ont été décrites plus haut sous les noms d’asthme laryngien et d’asthme trachéal. Une de mes clientes, âgée de soixante-dix ans, tourmentée • depuis plusieurs semaines par une affection de ce genre, m’annonça un jour que ses quintes la laissaient assez tranquille dans le jour, mais qu’il en était tout autrement pendant la nuit. Je l’engageai à prendre avant son dîner 0,75 centigrammes de sulfate de quinine en trois cachets, et trois jours plus tard elle cessait de tousser. Semblable résultat a été obtenu dans un grand nombre de cas, et plus tard, lorsque la toux a reparu, le sulfate de quinine s’en est de nouveau rendu maître. L’usage de ce médicament m’a encore réussi dans quelques cas d’hémorrhagie intermittente, et par conséquent il est également apte à combattre les désor-
TRAITÉ DK L’IIÉHPÉTISME.
(1res vaso-moteurs; il a ainsi la propriété de s’opposer à la plupart des manifestations de la première phase ou phase dynamique de l’herpétisme. Toutefois, pour réussir, il importe que ce médicament soit administré à une dose qui doit nécessairement varier suivant l’age des individus et leur susceptibilité spéciale, car beaucoup d’herpétiques supportent mal la quinine. S’il est nécessaire de commencer par une dose faible, il ne faut pas hésiter à l’augmenter lorsqu’elle atténue les accidents sans les faire disparaître. En général, 20 et 40 centigrammes de sulfate de quinine chez l’enfant, 60 centigrammes à 1 gramme chez l’adulte, sont des doses suffisantes pour faire cesser les accidents qui nous occupent ; néanmoins, ces doses pourront être augmentées dans quelques cas, et notamment dans la névralgie faciale, bien qu’il soit rarement nécessaire de les élever autant que s’il s’agissait de la détermination morbide d’une intoxication palustre.
Comme tout médicament dynamique, le sulfate de quinine manifeste ses effets très rapidement, et partant, s’il ne réussit pas, il faut l’abandonner au bout de quelques jours, cinq à six au plus; d’un autre côté, il n’y a pas lieu de le continuer longtemps après la cessation des phénomènes pathologiques qu’il était appelé à combattre. C’est là d’ailleurs une règle générale qui s’applique à tous les alcaloïdes dont l’action s’exerce sur les déterminations locales , sans influencer la prédisposition morbide, c’est-à-dire l’état général*. En
1. Tout le monde sait que le sulfate de quinine, dont l’action est si manifeste sur le syndrome fièvre intermittente, reste sans effet sur l’intoxic.'ilinn palustre
PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE. 30y
somme, le sulfate de quinine doit être considéré comme l’agent thérapeutique spécial , dans la période fonctionnelle des désordres se rapportant à l’herpétisme.
Les préparations de digitale, utilement administrées contre les migraines, les palpitations et les battements artériels, peuvent être dangereuses lorsqu’on en prolonge l’emploi; mais il y a souvent lieu d’en conseiller l’usage à nouveau après une interruption momentanée.
L’ergot de seigle et l’ergotine, dont l’action spéciale sur la fibre musculaire lisse est bien connue, trouvent leur indication lorsqu’il se produit des congestions et des hémorrhagies névropathiques, épistaxis, hémoptysies et surtout métrorrhagies. Leur emploi est avantageusement combiné avec celui de la digitale et des opiacés.
La noix vomique et son alcaloïde la strychnine sont indiqués lorsqu’il y a lieu de croire que les muscles de la vie organique manquent de stimulus, ce qui est commun dans les maladies de longue durée. Ces médicaments, d’ailleurs, ne limitent pas leurs effets aux muscles lisses, ils donnent du ton aux organes digestifs, favorisent l’assimilation et trouvent ainsi leur indication dans le traitement des dilatations récentes de l’estomac et de la paresse du tube digestif, surtout quand ces accidents sont accompagnés de phénomènes d’hypochondrie.
L’opium et surtout la morphine calment la douleur partout où elle se trouve; mais quand il s’agit de névralgies paroxystiques, ces médicaments n’ont jamais l’efficacité de la quinine. Quelques malades tourmentés par l’insomnie se trouvent bien cependant de l’usage, chaque soir, d’une pilule de cinq centigrammes d’extrait thébaïque ou d’une cuillerée de sirop de morphine, prin-
TRAITÉ DK L’HKRPÉTISME.
cipalemcnl dans la phase avancée de la maladie quand, par suite de la lésion du système artériel, il existe un certain degré d’anémie cérébrale. L’injection hypodermique de morphine parvient quelquefois àcalmer certaines douleurs qui ont résisté à l’emploi du sulfate de quinine; mais il importe de savoir quel’herpétique est,d’unefaçon générale, très sensible à l’action des médicaments opiacés et à celle de la morphine en particulier. Une dose même faible, un centigramme, par exemple, peut être suivie de refroidissement des extrémités et de vomissements, surtout chez la femme, qui n’a pas soin de garder le repos à la suite d’une injection de ce genre.
Le bromure de potassium, dont l’emploi n’olïre aucun inconvénient sérieux, parvient dans un grand nombre de cas à modérer les douleurs vagues erratiques des herpétiques et à leur procurer du sommeil. Cet agent a le pouvoir de diminuer l’excitabilité nerveuse, et partant il est un médicament qui répond à l’indication fournie par les diverses manifestations de la première phase de l’herpétisme, puisque la plupart de ces manifestations sont liées à une exagération des phénomènes réflexes. Il importe toutefois que l’usage en soit continué pendant plusieurs mois ou même plus longtemps, car, dans ces conditions, il diminue le pouvoir réflexe de la moelle et procure un réel soulagement aux malades qui ne sont pas retenus par la crainte chimérique d’un affaiblissement de leurs facultés intellectuelles.
L’hydrate de chloral est un agent précieux toutes les fois qu’il existe de l’insomnie, mais principalement lorsqu’il survient des crises aiguës d’hypochondrie, qu’elles soient ou non accompagnées de dyspepsie fétide; nous
l’avons VU rendre les plus grands services dans ces derniers accidents, qui sont des plus redoutables. Les malades, surexcités, en proie à la tristesse, poursuivis par des idées fixes et surtout inquiets de leur santé, atteints de douleurs diverses, sans appétit, sont constamment agités et dans l’impossibilité de prendre un sommeil réparateur. Jointe au trouble des fonctions digestives, cette insomnie est une nouvelle cause d’excitation cérébrale; aussi en arrive-t-on en pareil cas à placer les malades dans des maisons spéciales. Plusieurs fois il nous est arrivé de nous opposer à cette mesure rigoureuse et d’apporter à ces malheureux un soulagement réel et prompt en leur donnant du chloral. Sous l’influence de cet agent administré à la dose de deux à quatre grammes, l’insomnie ne tarde pas à disparaître, les idées reviennent, les fausses conceptions s’évanouissent, l’excitabilité nerveuse diminue et le calme renaît^peu à peu dans l’esprit; puis avec le temps et un régime approprié, le plus souvent lacté, l’appétit et les forces reparaissent et le malade rentre dans son état antérieur.
Désordres matériels. — Le traitement de la phase des lésions matérielles de l’herpétisme, ou phase des désordres nutritifs, diffère naturellement de celui de la période des troubles purement dynamiques. Toutefois il importe de distinguer dans cette phase deux ordres d’accidents, consistant, les uns en des poussées congestives passagères et plus ou moins aiguës, les autres en des lésions prolifératives lentes et progressives.
Le salicylate de soude administré à la dose de trois a cinq grammes dans une potion gommeuse parvient
TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.
généralement é modifier au bout de quelques jours les fluxions articulaires. Sous son inlluence, la douleur s’amoindrit et cesse, puis la tuméfaction diminue et le malade se trouve rapidement mieux, après quoi ce médicament doit être abandonné. Souvent, il est vrai, les désordres articulaires reparaissent, mais si l’on recourt de nouveau au même agent, ils ne tardent pas à disparaître de nouveau. L’opium peut lui être avantageusement associé, si le sommeil n’est pas suffisant.
Le gaïac, suivant Garrod, rend de grands services lorsque la circulation des extrémités se fait mal. La préparation préférée est la teinture ammoniacale de la résine, associée à un mucilage, à la teinture de cardamome ou à toute autre substance aromatique, afin d’éviter toute action irritante sur l’estomac. Cette teinture, au rapport de Charcot, produirait d’abord une exaspération des accidents locaux, puis une amélioration notable, la réapparition de la mobilité des jointures et un soulagement manifeste.
Les lésions matérielles connues sous le nom d’arthrite sèche et déformante sont influencées par un certain nombre de substances médicamenteuses, parmi lesquelles l’iode, l’iodure de potassium et l’arsenic tiennent, aujourd’hui du moins, le premier rang. L’emploi de ces agents constitue la médication altérante, celui des substances alcalines et balsamiques donne lieu à d’autres genres de médication dont il sera également question; après quoi nous parlerons des effets des eaux minérales dans la maladie herpétique.
Médication altérante. — La teinture d’iode a été
préconisée à l’intérieur contre le rhumatisme chronique par le professeur Lasègue, depuis la dose de huit à dix gouttes par jour jusqu’à celle de un gramme et plus, dans de l’eau sucrée ou un peu de vin d’Espagne, au moment du repas. Cette médication doit être continuée durant des semaines et au besoin pendant plusieurs mois. Malgré ces doses et la continuité du traitement, il ne s’est jamais produit d’accident d’intoxication indique, et cette tolérance serait selon nous une preuve de l’efficacité de ce moyen. L’iodure de potassium est plus fréquemment usité, c’est le médicament auquel je donne la préférence lorsqu’il existe des hypérostoses au pourtour des articulations et des corps étrangers dans leurs cavités. Très souvent, dans ces conditions, j’ai constaté les bons effets de cet agentchez des personnes qui, depuis plusieurs mois, ne pouvaient marcher ni même se tenir debout. Sous son* influence, il se produit une amélioration en vertu de laquelle la douleur articulaire cesse, la tuméfaction diminue et enfin la locomotion devient possible.
Lorsque les lésions articulaires sont peu avancées, et les cartilages non encore détruits, il est possible d’arriver à une guérison par la résorption des ostéophytes périarticulaires; mais en tout cas, l’emploi de l’iodure de’ potassium permet d’enrayer les progrès du mal, si on a soin d’en continuer l’emploi pendant plusieurs mois ou même des années. Gomme l’évolution du rhumatisme noueux, l’action de ce médicament est lente; la douleur, d’abord plus vive, cesse ensuite, puis la tuméfaction disparaît peu à peu, mais en général il n’y a d amélioration certaine qu’au bout de deux à trois mois.
La dose de cet agent doit varier entre un et trois
grammes; je dépasse rarement cette dose, bien qu’il n’y ait aucun inconvénient à l’élever, du moins chez les personnes qui salivent facilement. Cependant, je ferai remarquer que ce médicament n’est pas toujours bien supporté, et que, indépendamment du coryza souvent douloureux et intense, il provoque de l’acné, des furoncles et d’autres éruptions; mais tous ces accidents finissent par disparaître au bout d’un certain temps. Chaque mois, je conseille une suspension d’une huitaine de jours, afin de permettre au malade, auquel on administre quelques purgatifs, de se débarrasser de l’iode retenu dans son organisme. L’usage du médicament est ensuite repris, et continué avec les mêmes interruptions pendant une année et plus. Plusieurs personnes infirmes que j’ai soignées de la sorte ont pu marcher au bout de trois à quatre mois et quelquefois seulement après six mois. La continuation du médicament est sans influence fâcheuse sur la santé générale des malades, et bien que son élimination se fasse en partie par les reins, je n’ai pas remarqué qu’elle ait jamais altéré ces organes ou favorisé la production d’une albuminurie même passagère.
L’iodure de potassium ne s’adresse pas uniquement aux lésions articulaires de l’herpétisme, il est encore un des meilleurs agents à opposer aux désordres du système artériel, et du reste il ne paraît pas absolument dépourvu d’action dans le traitement des lésions trophiques se rapportant à la même maladie, à la condition d’être administré à une période peu avancée de ces lésions. Ainsi, dans l’athérome artériel, il est nécessaire qu’il soit employé avant le ramollissement et la destruction des parois artérielles.
L’arsenic est après l’iodure de potassium le médicament le plus efficace dans le traitement des manifestations de l’herpétisme. Il a été préconisé contre l’arthrite déformante ou rhumatisme chronique par Bardsley, Begbie, Fuller et Garrod en Angleterre, par Gueneau de Mussy et Beau en France. Bardsley s’en servait pour combattre les lésions des grosses articulations, tandis que les autres auteurs en usèrent de préférence dans le traitement du rhumatisme noueux. Charcot pense que cette médication reste sans effet, si elle n’est nuisible, dans les cas très invétérés de rhumatisme noueux et lorsque cette affection survient à un âge avancé. Nos recherches nous ont appris que les préparations arsenicales, sans efficacité contrôles ostéophytes des extrémités osseuses et les corps étrangers articulaires, ont au contraire une certaine action lorsque la synoviale et les ligaments sont particulièrement affectés; de sorte que ces préparations auraient leurs indications comme Fiodiire de potassium, et qu’il serait avantageux de les prescrire simultanément dans certains cas.
La liqueur de Fowler à la dose de 3 à G gouttes deux fois par jour, à la fin des repas, est, avec la solution d’arséniate de soude, la préparation qui mérite la préférence. Ce médicament ne présente aucun danger à faible dose; néanmoins il faut savoir que certains malades le supportent mal, et ne peuvent prendre plus de 5 à 6 gouttes de cette liqueur sans avoir une diarrhée douloureuse plus ou moins abondante. Il m’a fallu, chez plusieurs dames de ma clientèle, cesser l’emploi de ce médicament, qui d’ailleurs était resté inefficace.
L’un des premiers effets des préparations arsenicales,
ÏKAITÉ DE L’HERPETISMK.
lorsqu’elles sont supportées, est de réveiller, comme l’iodure de potassium, les douleurs et de les exaspérer dans quelques-unes des jointures. Quelquefois même il apparaît, à la suite de l’administration de ces médicaments, du gonflement et de la douleur là où il n’en existait pas auparavant; c’est au point qu’il est parfois nécessaire de suspendre momentanément le traitement. Mais en général la tolérance s’établit au bout de quelques jours, et l’on peut élever progressivement les doses.
Les lésions articulaires ne sont pas les seuls désordres auxquels s’adresse l’arsenic. Cette substance trouve plus spécialement son indication dans les affections herpétiques de la peau et des membranes muqueuses; aussi est-elle utilement employée contre la plupart des éruptions chroniques érythémateuses, vésiculeuses ou squameuses. Son action, qu’il n’est pas possible de mettre en doute, s’établit vraisemblablement par l’intermédiaire du système nerveux, car il n’est pas rare de voir le prurit céder tout d’abord à son influence, après quoi la lésion cutanée s’efface et disparaît peu à peu. L’angine glanduleuse, la laryngo-trachéite et les bronchites chroniques, quoique moins sensibles à l’action de ce médicament, finissent néanmoins par s’améliorer à la suite d’un traitement prolongé.
L’iode et l’arsenic sont en tout cas des substances à l’aide desquelles, grâce au système nerveux, on parvient à modérer sinon à faire disparaître les désordres matériels résultant du vice herpétique. Mais à côté de ces substances, il en est d’autres qui, bien que n’ayant pas une action aussi directe, ne sont pas moins utiles en tant que médicaments adjuvants; de ce nombre sont 1 huile
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de l'oie de morue, très avantageuse lorsqu’il existe une complication pulmonaire et, d’une façon générale, les toniques. L’emploi de ces substances est indiqué toutes les fois que l’organisme est anémié ou débilité. Le fer réduit par l’hydrogène, le citrate de fer ammoniacal, doivent être regardés, dans certains cas, comme bonnes préparations ; mais il importe de savoir que ces médicaments sont contre-indiqués toutes les fois que l’estomac fonctionne difficilement et que le système nerveux est surexcité. Dans maintes circonstances, en effet, nous avons vu ces agents être plus nuisibles qu’utiles.
Médication alcaline. — Les alcalins, d’abord dirigés contre les manifestations de la goutte, sont plus tard tombés dans le domaine de la thérapeutique du rhumatisme aigu et du rhumatisme chronique, maladies identifiées à tort avec la podagre. Une idée purement théorique a présidé à l’administration de ces agents et a fait leur succès : convaincus que l’acide urique est le résultat d’une combustion insuffisante, les médecins ont recommandé le bicarbonate de soude afin d’activer la nutrition et les combustions, pensant s’adresser aune cause tandis qu’ils ne combattaient qu’un elfet.
Le passage de l’acide urique dans l’urine des goutteux et des herpétiques est bien en réalité la conséquence d’un désordre nutritif; mais ce désordre, dans l’herpétisme, est subordonné à l’action du système nerveux, en sorte que c’est à ce système que logiquement doit avant tout s’adresser la médication. A cet effet, l’hydrothérapie, le régime et l’exercice musculaire sont les meilleurs moyens d action, comme nous avons pu nous en rendre
TRAITÉ DE L’IIERI'ÉTISME.
compte dans maintes circonstances. Est-ce à dire cependant que les alcalins soient sans utilité? Tel n’est pas notre avis; cette médication est quelquefois indiquée, c’est lorsqu’il existe une dyspepsie acide avec aigreurs, pyrosis, vertiges, etc..
Médication balsamique. — Les préparations balsamiques, fréquemment employées à l’intérieur pour combattre les affections dartreuses internes, ou externes ont été plus spécialement dirigées contre la trachéo-bronchite, la laryngite et la bronchite chroniques, et passent pour exercer une action favorable non douteuse par leur élimination à travers les voies respiratoires. Cependant je dois reconnaître que cet avantage ne m’a jamais paru certain; aussi je continue à me demander si la médication balsamique a réellement quelque utilité. Au reste, les bronches et la trachée n’éliminent pas les substances balsamiques ; ce sont seulement les vésicules pulmonaires, et pour ce motif sans doute ces substances sont avantageuses surtout dans les cas de gangrène des extrémités bronchiques.
Les mêmes substances ont été expérimenlées dans quelques aifections cutanées : Biett s’est servi de la créosote, Bazin de l’huile de cade, Hardy du baume de copahu. D’autres médecins ont fait usage de la térébenthine cuite et de l’essence de térébenthine; mais presque tous, malgré des succès apparents, ont renoncé à ces médicaments qui déterminent de la gastralgie et parfois des diarrhées rebelles, sans résultats appréciables ou sérieux.
Eaux minérales. — Les eaux minérales, suivant un grand nombre de médecins, joueraient un rôle des plus
importants dans la thérapeutique des manifestations de riierpétisme ; mais c’est là une exagération à laquelle contribuent encore les gens du monde qui, ennuyés d’une maladie trop longue, sont heureux de trouver des moyens nouveaux dans l’espoir de guérir. La médication thermale, en effet, donne lieu à bien des déceptions, elle est quelquefois intempestive, dangereuse ou même nuisible, et trop souvent elle produit une fausse sécurité et conduit à négliger l’emploi continu d’agents tels que l’iodure de potassium, appelés à rendre des services réels.
En somme, il importe de savoir que les eaux minérales sont de simples moyens adjuvants, utiles seulement dans les cas où le médecin sait en faire un choix judicieux, et l’on doit regretter que l’habitude et la routine soient les principaux guides en pareille matière, faute de connai.ssances précises sur les manifestations et l’évolution des maladies, l’herpétisme en particulier.
L’indication des eaux minérales, comme celle des agents thérapeutiques, varie nécessairement suivant que l’herpétisme est dans la phase des désordres fonctionnels ou dans celle des lésions matérielles. Si, dans la première de ces phases, il s’agit surtout de modérer l’action désordonnée du système nerveux, dans la seconde, il y a de plus à combattre des altérations de tissus et d’organes. Dans la période des désordres simplement dynamiques, le choix du médecin doit portei spécialement sur des eaux peu minéralisées et dans lesquelles l’hydrothérapie joue le principal rôle : telles sont les eaux de Plombières ', Néris, Bains, Luxeuil, Bourbon-Lancy, etc. Ces eaux sont en
1. G. Leclère, Du rhumatisme. Manifestations diathésiques traitées par les eaux de Plombières, Paris, 1875.
TIUITÉ DK L’ilElîI'ftTISME.
ellel bien supportées, malgré la susceptibilité nerveuse excessive des personnes auxquelles elles s’adressent. Leur action, associée aux avantages qui proviennent du changement d’air, de l’absence de préoccupations et de l’éloignement des affaires, produit en général d’excellents résultats. Les névralgies, la dyspepsie, les palpitations, la diarrhée, la constipation même, et beaucoup d’autres désordres, se trouvent également bien de cette médication, alors que tout autre traitement restait sans succès.
Si, en même temps que ces désordres, il existe une anémie prononcée, les eaux minérales renfermant une faible quantité de fer, telles que celles de Forges, Spa, Schwalbach, etc., pourront être préférées. Cependant, n’oublions pas que les herpétiques, en raison de l’état de leur système nerveux, supportent mal les préparations ferrugineuses. Si, au contraire, un certain degré de lymphatisme venait s’ajouter à l’herpétisme, l’indication serait plutôt pour les eaux faiblement chlorurées, comme celles de la Bourboule, Saint-Nectaire, Bourbonl’Archambault, etc.
Ces diverses stations conviennent encore dans la phase des lésions matérielles de l’herpétisme, lorsque ces lésions sont peu avancées; mais beaucoup d’autres sources ont été préconisées en vue de combattre ces désordres, au point qu’il n’est peut-être aucune eau minérale qui n’ait été conseillée. Dans ces conditions, on comprend qu’il n’existe pas d’indication précise de l’emploi des eaux thermales, dans l’herpétisme avancé, et il n’y a pas lieu d’en être surpris, puisque le trait d’union des désordres multiples qui se rapportent à cette maladie a toujours fait défaut. Par conséquent, il est facile de concevoir que les mé-
decins des établissements tliermaux en arrivent à croire que l’eau de la station à laquelle ils sont attachés est propre à guérir toutes les maladies.
Voulant apporter un peu de lumière dans une question aussi controversée, je me propose de passer en revue les principales stations d’eaux minérales généralement conseillées dans la maladie qui nous occupe, quel que soit le nom qu’on lui donne, et de faire connaître leurs indications et leurs contre-indications.
Les eaux sulfureuses méritent tout d’abord notre attention, car plusieurs auteurs leur ont attribué une action spécifique; mais c’est exagérer les effets de ces eaux qui n’ont qu’un faible pouvoir sur l’état constitutionnel des malades. Leur action topique, due tout à la fois aux propriétés excitantes du soufre et de la tbermalité, est plus importante. Sous l’influence de ces eaux, qui trouvent de puissants auxiliaires dans les conditions climatériques du milieu ambiant, la nutrition et l’assimilation deviennent plus actives, les fonctions s’exécutent avec plus d’énergie, et le malade traduit en général ce qu’il éprouve en disant qu’il se sent plus de vie. Les fonctions de la peau sont stimulées, la transpiration est plus abondante et plus facile, les lésions cutanées s’exaspèrent ou s’étendent; elles reparaissent si elles étaient supprimées. Les malades ressentent des démangeaisons, et sont exposés à des lésions de diverses natures, telles que érythèmes, urticaires, lichens, furoncles, généralement désignées sous le nom de poussées (Gueneau de Mussy).
Cette stimulation se manifeste d’ung manière plus marquée là où existent des foyers d’irritation qui lui font
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appel : ainsi, chez les sujets atteints d’angine glanduleuse, la membrane pliaryngo-laryngienne, écrit N. Queneau de Mussy, devient plus rouge, les granulations sont plus saillantes, la sécrétion muqueuse est augmentée; les malades accusent des sensations incommodes de chatouillements, de picotements, d’ardeur à la gorge ou au larynx, qui retentissent quelquefois sur la trompe d’Eustache, et d’autres fois sont accompagnées de gêne dans la déglutition.
Les tumeurs hémorrhoïdales se gonflent. Huent parfois et donnent lieu à de vives sensations de prurit et de cuisson; les articulations se tuméfient, deviennent douloureuses et rougissent. Ainsi l’eau sulfureuse, par la stimulation de l’organisme, donne une sorte de coup de fouet aux manifestations de l’herpétisme, les rend plus aiguës et, de la sorte, les modifie et favorise leur disparition. Mais cette exagération des phénomènes morbides n’est pas indispensable à la guérison; celle-ci s’opère souvent sans aggravation des symptômes, par amélioration graduelle et cessation insensible.
Les eaux sulfureuses sont administrées en boisson, à doses progressives, en bains et en douches. La dose de la boisson varie depuis un demi-verre jusqu’à deux, trois et même quatre verres, suivant les conditions d’excitabilité nerveuse du malade et l’absence de toute lésion pulmonaire. Les bains et les douches peuvent être administrés tous les jours ou tous les deux jours. Les douches locales dans le pharynx et les fosses nasales, la pulvérisation de l’eau, l’inhalation de vapeurs sulfureuses, sont autant de procédés qui ont leur indication dans les affections des voies aériennes.
Les stations thermales des Pyrénées, Eaux-Bonnes, Cauterets, Luchon, etc., les deux premières surtout, doivent obtenir la préférence, tant à cause des qualités propres de leurs eaux que de l’altitude et du milieu ambiant. C’est là que vont se faire soigner la plupart des herpétiques atteints d’affections de la peau et de la membrane muqueuse des voies aériennes, qu’ils aient ou non des accès d’asthme. Quant, au contraire, ces malades présentent des lésions articulaires, ils sont dirigés sur Aix en Savoie, bien que ce choix ne soit légitimé par aucune considération sérieuse, si ce n’est peut-être la thermalité élevée des eaux. Saint- Honoré sera préféré pour les personnes très nerveuses qu’il faut éviter de surexciter et pour celles dont le système artériel est déjà atteint. Uriage et Allevard ont une réputation faite au point de vue de quelques déterminations locales; la première de ces stations thermales a la spécialité des affections cutanées, la seconde celle des affections laryngo-trachéales et bronchiques. Mais en somme nous devons reconnaître que l’efficacité des eaux sulfureuses est loin d’être assurée dans l’herpélisme, que souvent ces eaux rendent les malades plus excitables et plus nerveux, que parfois même elles sont dangereuses, principalement lorsqu’il existe des lésions du système artériel ou du cœur. Dans ce cas, elles peuvent provoquer des accidents sérieux et môme contribuer à amener une mort rapide ou subite.
Certaines affections dépendantes de l’herpétisme, uniquement à cause de leur siège particulier, sont traitées dans des stations thermales spéciales; ainsi la plupart des médecins recommandent Vichy pour la dyspepsie, le Mont-
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Doro pour l’asllimeS Royal pour les broncliites, Aixla-Chapelle pour les affections articulaires, et Loeche pour celles de la face. Celle manière de faire résulte de ce que, faute de connaître le lien qui réunit ces affections, on en fait autant d’unités pathologiques devant avoir chacune un traitement à part. Mais si certaines localisations prédominantes sont de nature à déterminer le choix d’une station de préférence à toute autre, il importe de ne pas oublier qu’au fond tous les désordres engendrés par l’herpétisme ont une môme origine et peuvent s’amender sous l’influence d’une même thérapeutique. En somme, l’indication de la préférence à accorder à telle eau minérale plutôt qu’à telle autre repose, dans l’espèce, sur la nature des désordres de l’innervation et des lésions matérielles qui en sont la conséquence. Régulariser le fonctionnement du système nerveux et favoriser la résolution des lésions trophiques, tel est le double but à atteindre. Un grand nombre d’eaux minérales peuvent contribuer à ce résultat, et partant on s’explique comment la plupart des médecins hydrologues ont pu vanter l’efficacité, dans le traitement des manifestations de l’herpétisme, de la station à laquelle ils se trouvent attachés.
Hydrothérapie. — L’action des agents thérapeutiques dont il vient d’être question est, dans beaucoup de cas, puissamment aidée par celle de l’hydrothérapie. La’eu chaude et le plus souvent l’eau froide sont des moyens appelés à rendre de grands services, si on sait en diriger
1. Consultez sur l’action des eaux du Mont Dore, les intéressantes recherches du D*' Richelot.
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l’action. Associée à l’administration des agents médicamenteux, l’hydrothérapie vient en aide à ces agents, car elle contribue à diminuer l’excitabilité réflexe et à modérer le système nerveux. Elle est un des moyens les plus efficaces pour combattre les palpitations, la dyspepsie, l’hypochondrie, pour prévenir les retours de la bronchite chronique, etc. Les ablutions alcoolisées, le malin, au moment du lever, les douches tempérées, les douches chaudes et les douches froides, seront préférées suivant la plus ou moins vive sensibilité du système nerveux et la manière dont s’opérera la réaction. Indépendamment de ces moyens, nous recommandons à ces malades lorsqu’ils sont constipés de faire usage chaque malin d’un lavement d’eau froide.
Bains de mer. — Le déplacement est un besoin pour l’herpétique, et souvent un moyen d’amélioration et de guérison des souffrances qu’il endure; mais c’est à la condition que l’on saura lui indiquer le milieu le plus approprié à cette fin. L’état de la science sur ce point particulier est assez peu fixé, et le plus souvent les malades sont envoyés aux bains de mer, lorsqu’ils ne se rendent pas dans un établissement thermal. 11 faut savoir cependantque les stations maritimes et particulièrement celles de la Méditerranée où souffle le vent d’Afrique, constituent un milieu peu favorable aux herpétiques, gens nerveux et fort irritables. En effet, ils y sont mal à 1 aise, agités, dorment peu, et, loin d’y trouver le calme dont ils ont besoin, ils en partent souvent moins bien qu’ils n’y étaient arrivés. Ainsi le climat maritime et les bains de mer ne peuvent être conseillés àces malades
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dans un grand nombre de cas et sont contre-indiqués chez la plupart d’entre eux, attendu qu’ils excitent leur système nerveux et troublent leurs fonctions digestives, s’ils ne déterminent des accidents plus sérieux.
Climat de montagnes. — Le climat de montagnes convient très bien à ces mêmes malades, car, loin d’exciter leur système nerveux, il les calme, leur permet de prendre du repos, de manger et de digérer mieux. Depuis longtemps, nous envoyons nos herpétiquespasserlasaison d’été dans les Alpes, les Pyrénées, ou même dans les montagnes du Dauphiné, et toujours nous avons obtenu les meilleurs résultats d’un séjour d’un mois à six semaines dans ces lieux. Plusieurs de nos clients atteints d’angine granuleuse, de Irachéo-bronchite, et chez lesquels il y avait lieu de craindre une tuberculose commençante, ont éprouvé un mieux notable après un ou deux mois de séjour dans les montagnes de la Suisse. L’amélioration qu’éprouvent les mêmes malades à Eaux-Bonnes, à Cauterets et au Mont-Dore, paraîtrait donc tenir, en partie du moins, à l’altitude de ces stations thermales; aussi ne doit-on pas négliger cet élément lorsqu’on fait choix d’une station de ce genre. Habituellement je conseille une élévation de 800 à 1200 mètres, et j’engage à faire de l’exercice sans fatigue et même, s’il est possible, de riiydrothérapie.
Régime. — Le régime est important dans le traitement des maladies chroniques ; mais il a surtout sa raison d’être dans l’herpétisme, car, à l’inlluence qu’il peut exercer sur le système nerveux, s’ajoute celle qu’il ne manque pas d’avoir sur l’estomac, dont la fonction est
généralement troublée. Les herpétiques, en effet, supportent mal certaines substances stimulantes, notamment le café noir, le thé, les liqueurs fortes, et souvent même le vin pur; ces substances les agitent, les surexcitent, leur causent des palpitations et del’insomnie, si elles n’éveillent d’autres accidents encore plus sérieux. Aussi les alcooliques sont-ils rares parmi eux K C’est là un fait qui m’a frappé depuis longtemps et qui est digne de remarque, car il montre bien qu’il existe une prédisposition à l’alcoolisme comme à toute autre maladie ; ce serait le cas de dire : « N’est pas ivrogne qui veut. »
Le tabac est un agent qui par son action sur le système nerveux, sur les voies aériennes et digestives, convient peu aux personnes prédisposées à l’herpétisme. La plupart du temps, il provoque chez elles des nausées, des palpitations, des vertiges ou même de l’oppression et des phénomènes d’angine de poitrine; de plus, il est un irritant local pour les membranes muqueuses de la bouche, du pharynx et des voies aériennes qui sont si fréquemment altérées dans ces conditions. Il résulte de là que cette substance est rarement bien supportée et qu’elle doit être le plus souvent proscrite : en tout cas l’usage de la pipe est encore préférable à celui du. cigare ou de la cigarette.
Le choix des aliments aune grande importance lorsqu’il s’agit d’un désordre inné comme l’herpétisme. Le régime
1. Tous les auteurs qui ont écrit sur l’athérome artériel ne manquent pas de l’attribuer à l’alcoolisme. C’est là une erreur absolue à laquelle je me suis opposé à plusieurs reprises, en me fondant sur l’extrême rareté de cette lésion chez les buveurs. La fréquence de l’athéronie chez les herpétiques, dont la tempérance n’est pas douteuse, est une nouvelle preuve de notre manière de voir.
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lacté exclusif est le seul qui convienne au jeune enfant jusqu’à l’Age de deux ans; plus tard l’alimentation sera composée de substances azotées, grasses et féculentes, et tout ce qui peut stimuler le système nerveux sera évité. Le lait, l’eau et la bière seront les boissons ordinaires, car le vin convient peu à l’enfant dont la sensibilité est excessive et qui se trouve par cela même naturellementprédisposé aux désordres réflexes. Cette boisson, en effet, exagère la prédisposition morbide, si elle ne contribue à amener des lésions matérielles des centres nerveux, ce qui n’a rien d’extraordinaire, lorsque l’on est, commenous, pénétré de l’influence du régime des premières années sur la santé générale de toute la vie. Il est facile de comprendre que, pour modifier une prédisposition héréditaire comme l’herpétisme, on ne peut s’y prendre trop tôt, car, plus on tarde, plus la tâche devient difficile. De grandes précautions conviennent à l’époque de la puberté et pendant toute la période d’accroissement; un régime azoté, un exercice approprié aux jforces, une aération convenable sont des conditions nécessaires à la bonne santé. L’accroissement surtout a besoin d’être surveillé; il faut savoir qu’un régime défectueux peut entraîner, à cette époque de la vie, des conséquences fâcheuses ou même fatales, une phthisie pulmonaire, par exemple.
L’estomac est l’un des organes qui exigent le plus de ménagements : il est ce qu’on pourrait appeler délicat; sa fonction lente et capricieuse, du moins chez la plupart des herpétiques, mérite d’être surveillée, si on tient à éviter dans l’avenir tous les inconvénients que peut produire une dyspepsie flatulente. 11 est certaines substances que l’herpétique supporte mal; de ce nombre
sont les substances acides, ce qui se conçoit puisqu’elles ont plus que toutes les autres la propriété de développer la production de gaz dans l’estomac. Nos malades se sont toujours trouvés fort bien de la suppression de l’usage du vin, de celui des fruits, de la salade et des bouillons gras. Je liens à signaler ce fait, et cependant je crains que le lecteur n’en comprenne pas toute la valeur, cette manière d’agir ayant déjà été taxée d’exagération. Ce régime, je le formule comme il suit ; « Faire trois repas réguliers, éviter de manger vite, rester sur l’appétit, vivre de viandes faites, grillées ou rôties, poisson, jambon, beurre, œufs frais, fromages secs, lait, légumes verts; ne prendre que peu de pain, boire du tbé ou de la bière aux repas. »
Tous les malades ne seront certainement pas traités de cette manière, mais seulement ceux qui sont dyspeptiques. Toutefois, dans certaines circonstances, lorsque la dyspepsie devient aiguë et fétide, et qu’il y a absence totale de l’appétit, je supprime tout aliment et prescris un régime exclusivement lacté. De cette façon, le malade parvient à se nourrir autant que possible; il évite de vives souffrances et un amaigrissement excessif.
L’esprit actif de l’herpétique ne lui permet pas de supporter le désœuvrement. Tandis que certains individus s’arrangent de passer leur vie dans l’inaction, celui-ci devient inquiet, morose et hypochondriaque quand il manque d’activité ; aussi le plus grand malheur qui puisse lui arriver est de n’avoir aucune occupation suivie. J’ai connu des jeunes gens dans ces conditions qui se sont très bien portés pendant toute la durée de la guerre de 1870, uniquement parce qu’ils étaient
occupés cL s’adonnaient à un exercice corporel journalier. Le mariage est souvent nécessaire et doit être conseillé dans certaines circonstances; mais il ne faut pas oublier que les herpétiques sont quelquefois des époux soupçonneux et jaloux.
Le médecin, en tout cas, ne doit pas se désintéresser entièrement de ce grand acte, où il peut avoir d’excellents conseils à donner. On comprend sans peine que l’iierpétisme étant une maladie essentiellement héréditaire, celui qui en souffre ait tout intérêt à ne pas s’unir à une personne dont la prédisposition serait semblable. Le mieux en pareil cas pour le jeune homme est de faire choix d’une femme présentant une organisation différente, un tempérament sanguin ou lymphatique, s’il veut éviter de transmettre à ses enfants des désordres plus accusés que ceux dont il est atteint. Il importe alors de faire autant que possible, de la sélection, de pratiquer ce que les vétérinaires appellent un croisement de race, si l’on veut cherchera éteindre la prédisposition morbide existante.