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II. — NÉVRALGIES

Fréquemment observées chez les herpétiques, les névralgies occupent de préférence les nerfs delà face, c’està-dire les branches sensitives du trijumeau; quelquefois aussi elles affectent les nerfs sous-occipitaux, les branches nerveuses intercostales et lombaires, plus rarement le grand nerf sciatique. Elles se manifestent par deux ordres de sensations douloureuses : les unes, continues, gravatives ou contusives,sont comparées par les malades aune pression ou à une tension exagérée, à l’action d’un poids, d’une blessure ; les autres, intermittentes, se révèlent par des élancements, des tiraillements, des sensa tions de brûlures ou de piqûres très aiguës sur le trajet

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du nerf affecté. Ces désordres sont, en outre, fréquemment accompagnés de phénomènes congestifs ou œdémateux, aux paupières (rougeur de la conjonctive, larmoiement), dans les fosses nasales (coryza), dans labouclie (salivation exagérée), à la face dorsale des pieds(œdème),etc.

Ces névralgies se distinguent par leur coexistence avec d’autres affections herpétiques, et surtout par un certain nombre de caractères communs qu’il importe de mettre en relief. Fréquemment éveillées par une maladie intercurrente, un malaise des voies digestives, la grippe, etc., elles sont tantôt multiples, passagères, intermittentes et erratiques, rarement périodiques, tantôt fixes, tenaces et paroxystiques. Ainsi, elles ne peuvent être confondues avec les névralgies hystériques le plus souvent limitées à un seul côté et notamment au côté gauche, pas plus qu’avec les névralgies de l’alcoolique qui, habituellement symétriques, affectent de préférence les nerfs intercostaux, et se manifestent presque toujours à la suite d’un état gastrique. Elles se dillerencient des névralgies impaludiques, qui sont unilatérales, par une périodicité imparfaite; c’est néanmoins avec ces dernières qu’elles ont le plus de ressemblance, aussi les voit-on céder à l’emploi du sulfate de quinine, ce qui rend leur diagnostic encore plus difficile. Celui-ci ne repose guère alors que sur les antécédents morbides et les phénomènes concomitants.

Névralgie faciale. — Les caractères qui distinguent la névralgie de la cinquième paire ont été mis en lumière par Valleix, qui s’est appliqué à déterminer les endroits où la pression est particulièrement douloureuse. Ces endroits sont : le point sus-orbitaire à la sortie du nerf

frontal, ou un peu au-dessus; le point palpébral situé le plus souvent sur la paupière supérieure; le point nasal à la partie supérieure et latérale du nez; le point sousorbitaire à la sortie du nerf de ce nom; le point malaire au niveau du bord inférieur de cet os ; le point mentonnier bien circonscrit au pourtour du trou qui porte ce nom ; le point pariétal qui se trouve près de la bosse ainsi désignée, et enfin le point temporal. Ces points sont le siège habituel d’élancements insupportables, et la pression y détermine une sensation douloureuse très vive, surtout au moment des paroxysmes. La douleur tantôt reste fixe, tantôt s’étend dans des directions diverses, suivant le trajet des branches nerveuses; elle est parfois déchirante et persistante au point d’arracher des cris aux malades, et de produire un amaigrissement notable.

La névralgie faciale est assez ordinairement accompagnée de larmoiement et de coryza, et lorsqu’elle se renouvelle etdure pendant quelque temps, elle peut être suivie de désordres matériels plus ou moins sérieux. Ainsi, une femme de quarante ans, observée par nous en '1879 etatteinte depuis 1872 de névralgies faciale et occipitale, se trouvait privée de toutes les dents delà mâchoire supérieure qui, pour me servir de son expression, s’en étaient, allées en poussière. En même temps les cheveux de la voûte crânienne étaientblanchis et en partie tombés, tandis que ceux des régions occipitale, temporale et frontale avaient conservé leur abondance et leur coloration noire.

Névralgie cervico-occipitale. — Moins commune que la névralgie faciale, cette névralgie a pour siège les branches postérieures des quatre premières paires cervi-

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cales. Caracléi’isce par une douleur gravalive, continue et paroxistique, elle présente plusieurs points douloureux, qui sont le point occipital situé entre l’apophyse niastoïde et les premières vertèbres cervicales, le point cervical superficiel au lieu d’émergence des principaux nerfs qui concourent à former le plexus du même nom, le point pariétal commun cà cette affection et à la névralgie trifaciale, le point mastoïdien sur l’apophyse mastoïde, le point auriculaire sur la conque de l’oreille. Elle est en général peu tenace, intermittente; de même que la névralgie faciale, elle existe presque toujours avec d’autres accidents.

Névralgie cervico-brachiale. — Cette névralgie, que j'ai observée chez plusieurs de mes malades, est souvent une manifestation de la disposition herpétique; elle survient quelquefois, comme je l’ai vu, à un âge avancé de la vie, se révèle par une douleur continue, gravative, par des élancements et par des douleurs provoquées. Les élancements se font sentir depuis l’extrémité supérieure du membre jusqu’à l’extrémité inférieure en suivant le trajet des nerfs; la douleur continue occupe le même siège.

Les points douloureux déterminés par la pression sont multiples. On distingue un point cervical inférieur, un peu en dehors des dernières vertèbres cervicales, un point post-claviculaire dans l’angle formé par la clavicule et l’acromion, un point deltoïdien ou circonflexe à la partie supérieure du deltoïde, un point axillaire, un point épitrochléen à l’endroit où le nerf de ce nom contourne l’humérus, un point cubito-carpien vers l’articulation du

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cubitus et du carpe, un point radio-carpien vers l’articulation du radius et du carpe, enfin des points digitaux. Les mouvements du bras sont pénibles et augmentent la douleur surtout dans l’épaule; la face dorsale de la main et l’avant-bras sont fréquemment tuméfiés et œdématiés.

Névralgie dorso-iîstercostale. — La névralgie intercostale, relativement rare dans la maladie qui nous occupe, se montre néanmoins avec ses trois points postérieur ou vertébral, latéral et antérieur ou sternal. Chez une femme de trente ans, ayant des migraines, nous avons constaté, tout dernièrement, les signes de cette névralgie deux jours après l’apparition d’un érythème noueux des régions antérieure des genoux, postérieure des avant-hras.

Névralgie lombo-abdominale. — Cette névralgie, l’une de celles dontla femme lierpétiqueait le plus à se plaindre, est fréquemment accompagnée de troubles utérins : pertes blanches, métrorrhagies, etc. La douleur spontanée se fait sentir à l’hypogastre, un peu en dehors de la ligne blanche et dans une étendue de 3 à G centimètres; elle est habituellement désignée sous le nom de colique par les malades, qui éprouvent dans la partie inférieure de l’abdomen une sensation de chaleur et de torsion pénible. Dans quelques cas, elle occupe l’utérus (névralgie utérine) ou encore les grandes lèvres; chez l’homme, elle peut siéger dans les testicules et le scrotum. Les points douloureux que découvre la pression sont ; le point lombaire un peu en dehors des premières vertèbres de ce nom, le point iliaque au-dessus du milieu

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de la crêle de l’os des lies, le point hypogastrique au niveau de l’anneau inguinal et en dehors de la linge blanche, le point inguinal vers le milieu du ligament de Fallope, le point scrolal, et enfin le point utérin que vient révéler le toucher vaginal. Celte névralgie est, chez quelques femmes, très tenace et peu tolérable.

Névralgie sciatique. — Cette affection est observée dans l’herpétisme, quand surtout celte maladie se complique de tuberculose pulmonaire. Elle se manifeste par des élancements douloureux violents sur le trajet du nerf sciatique, par des sensations de froid ou de brûlure, ou encore par des crampes plus ou moins fortes dans le membre aftecté. Parmi les points douloureux provoqués par la pression, on distingue le point lombaire immédiatement au-dessous du sacrum, le point sacroiliaque au niveau de l’articulation du même nom, le point fessier au sommet de l’échancrure sciatique, le trochantérien verslebordpostérieur du grand trochanter, le poplité dans le creux du jarret, le rotulien sur le bord externe de la rotule, le péronier au niveau de l’endroit où le nerf contourne le péroné, le malléolaire à la partie postérieure et inférieure de la malléole. Cette névralgie, assez peu fixe dans l’espèce, est quelquefois accompagnée d’œdème du dos du pied, d’altération des ongles rarement ou jamais d’atrophie musculaire; elle se montre principalement dans les temps froids et peut survenir à la suite d’une fatigue. Les attaques sont ordinairement légères et ne méritent que le titre de douleurs sciatiques.

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